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Avec les correcteurs du bac : "Le report des épreuves de spécialité a été salutaire pour bon nombre d'élèves"

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Les élèves s'en seraient bien sortis cette année, selon des correcteurs interrogés.
Les élèves s'en seraient bien sortis cette année, selon des correcteurs interrogés.
© AFP - MYCHELE DANIAU / AFP

Les professeurs qui corrigent les nouvelles épreuves écrites du bac doivent rendre les notes ces jours-ci. Reportées en raison de l'épidémie de Covid, elles représentent les plus gros coefficients pour les candidats. Et les élèves s'en seraient bien sortis, selon des correcteurs interrogés.

Les épreuves du bac ont suscité beaucoup de questions et beaucoup d'inquiétudes en raison de leur report de mars à mai, mais les premiers retours sont finalement encourageants. Chaque correcteur a reçu une bonne trentaine de copies, plutôt satisfaisantes, selon Charles, qui enseigne les sciences économiques et sociales et a mis des notes s'échelonnant de 4 à 20 : "Les copies que j'ai eu personnellement sont plutôt réussies, on a des paquets de copies qui sont totalement anonymes donc on ne sait pas de quel lycée cela peut venir, peut être que je suis tombé sur un bon paquet de copies. Le sujet de jeudi était peut-être un peu plus difficile que celui de mercredi mais c'était tout à fait jouable. Si un élève avait bien préparé, il y avait de quoi avoir de très belles notes".

Des bonnes notes grâce à une meilleure méthodologie

Son collègue, en SES également, Cédric Hounsou, abonde dans ce sens : "J'ai de très bonnes copies, j'ai des copies qui montent à 20 donc je suis assez agréablement surpris, j'ai aussi des copies qui descendent jusqu'à 7. Cela s'explique facilement puisque finalement on n'avait que sept chapitres à traiter d'ici le mois de mars et on a eu jusqu'au mois de mai pour revenir sur des points méthodologiques plus précis." Ce correcteur de l'académie d'Orléans-Tours remarque que "les élèves ont plutôt bien compris ce qu'on attendait d'eux. Par rapport aux années précédentes, on a une meilleure méthodologie."

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C'est ce qu'a constaté aussi Simon, dans une autre spécialité : Sciences de la vie et de la terre. "Effectivement, de nouvelles qualités sont apparues", dit-il, "sur la construction de l'argumentation. Les élèves présentent des connaissances avec un appui plus important qu'avant sur des exemples issus de l'expérimentation scientifique. Ils ont rajouté à leur palette de compétences un élément complémentaire qui est le fait de s'appuyer sur une partie d'expériences pour faire le lien entre l'expérimentation et la connaissance. Je crois que c'est plutôt positif. Cela permet de donner du sens aux apprentissages."

Un autre enseignant, Richard, fait observer : "Ce que j’ai corrigé me laisse penser que mes collègues ont, comme je l’ai essayé, fait du mieux possible pour préparer et entraîner les élèves à l’épreuve, leur donner des repères de méthode. En anglais, il s’agit d’établir des liens entre les documents du sujet pour, idéalement, aller vers une analyse assez poussée qui dépasse la paraphrase. Quasiment toutes les copies témoignent d’un effort des élèves pour au moins relier les documents, même si c’est parfois très maladroit et incomplet. La nature et la conception mêmes de l’épreuve sont très ardues pour des élèves de fin de lycée, et les exigences affichées sont très élevées, ce qui fait que beaucoup s’appuient sur quelques 'trucs' de méthode sans vraiment répondre aux attentes."

Deux mois supplémentaires qui se révèlent indispensables

Simon a corrigé 34 copies. L'épreuve de SVT est une épreuve qui est notée à l'écrit sur 15 points puisque les élèves qui ont choisi la spécialité SVT ont également 5 points pour des Travaux pratiques. Ses notes vont de 2 à 14 sur 15. "Le fait d'avoir repoussé les épreuves en mai a été salutaire pour bon nombre d'élèves", ajoute-t-il, "notamment pour les plus fragiles. Nous aurions eu des travaux de qualité inférieure si l'épreuve avait eu lieu en mars comme prévu initialement."

Tous les professeurs s'accordent à dire que les deux mois de plus pour travailler ces épreuves étaient indispensables. "Le bilan que j'en fais", précise Cédric Hounsou, "c'est qu'il faut laisser du temps aux élèves pour intégrer certaines choses et qu'effectivement un bac en mai est moins illogique qu'un bac en mars. Nos élèves en terminale ont une sorte d'éveil intellectuel, ils sortent de leur cocon, il y a une maturité qui se fait en milieu d'année, vers le mois de mars. On avait fait un bac blanc dans mon lycée, peu avant les épreuves de mars telles qu'elles étaient prévues initialement, mais nos élèves ne l'ont absolument pas réussi. Le problème du mois de mai, c'est que cela désorganise complètement les lycées".

De nombreux professeurs plaident donc pour un retour des épreuves au mois de juin, comme pour l'ancien bac. "Que les épreuves soient toujours censées avoir lieu en mars l’an prochain est une aberration absolue", lance Richard, "si rien n’est modifié, il faudra continuer de tenir les élèves à bout de bras pendant un trimestre entier, alors que c’est déjà compliqué aujourd’hui. Ces épreuves désorganisent le fonctionnement de tout l’établissement scolaire, au lieu du temps dédié qui était celui des épreuves terminales de juin. Tous les collègues avec qui j’ai échangé sur la question partagent ce constat et cette amertume."

De la souplesse et de l'indulgence dans la correction

Compte tenu des circonstances, et des deux années perturbées par le Covid, les correcteurs ont reçu des consignes pour faire preuve de bienveillance. Des réunions d'entente se sont tenues mi-mai. "On a une grille de correction où on met les attendus, on s'harmonise tous avant de corriger, juste après que les épreuves de bac aient eu lieu", explique Charles, pour la spécialité SVT. "On s'organise entre professeurs et on convient de ce que l'on accepte comme réponse, quelles données statistiques on attend, quelles notions, quelles explications. Globalement on essaie de faire en sorte que tout le monde corrige de la même façon, même s'il y a toujours des variations entre professeurs sur certains points, mais on fait attention à ce que ces variations soient les plus faibles possibles."

Selon les disciplines, les barèmes sont plus ou moins précis, comme l'a constaté Sophie, qui enseigne l'anglais depuis 4 ans. "Quand les inspecteurs nous ont convoqués pour la réunion d'entente, pour nous expliquer comment corriger", dit la jeune femme, "j'ai trouvé que c'était flou. Il y avait pas de directives claires. On nous a dit : ce n’est pas grave si l'élève n'a pas fait ceci ou cela, soyez souples, soyez indulgents. C'était aussi lié à ma matière. J'imagine que pour les maths, on a faux, on a bon, en revanche en anglais, ce n'est pas pareil, surtout vu le format de l'épreuve qui est une synthèse de documents. Chaque candidat peut l'aborder à sa manière et il n'y a rien de faux tant qu'on peut le démontrer, tant qu'on peut se justifier. Les inspecteurs ne nous ont pas fourni de corrigé, ils nous ont dit qu'ils nous faisaient entièrement confiance d'où mon impression de flou. J'aurais aimé qu'on nous dise l'introduction doit être comme ceci, la conclusion comme cela, il faut qu'il y ait tels éléments dans le développement. Mais c'est à nous de nous débrouiller."

Richard, lui aussi professeur d'anglais, partage ce constat : "Les grilles d’évaluation incitent à la bienveillance, ce qui peut expliquer que les moyennes ne soient pas catastrophiques. Mais la formulation des critères est parfois absconse et laisse beaucoup de place à la subjectivité du correcteur. Ceci vaut pour tout un pan de l’enseignement des langues vivantes".

Les aléas de la dématérialisation

Le fait que les épreuves se déroulent sur deux jours pour une même spécialité a pu faire craindre que des élèves soient lésés, puisque les sujets n'étaient pas les mêmes. Cédric Hounsou se veut rassurant : "Lors des réunions d'entente entre les correcteurs, il y a eu des discussions pour faire en sorte que les élèves du jeudi ne soient pas pénalisés par rapport à ceux du mercredi."

La dématérialisation des copies et la correction sur écran ont pu déstabiliser certains correcteurs, comme le raconte Sophie : "J'ai la chance d'être jeune", dit-elle, "j'ai 25 ans, je suis habituée à ces outils, j'ai trouvé la prise en main assez facile mais je crois que ce n'est pas le cas de tous mes collègues et j'ai senti que certains collègues avaient eu beaucoup de mal à s'adapter à la dématérialisation. Pour des générations un peu plus âgées, ce n'était pas du tout naturel pour eux."

Simon rapporte que le seul souci rencontré avec la dématérialisation concerne l'ordre des pages des copies. "Lorsqu'on ouvrait notre outil de correction, les copies n'étaient pas dans le bon ordre. Pour une copie de 8 pages par exemple, j'avais d'abord les pages 5,6,7,8 puis les pages 1,2,3,4 donc cela nécessitait de descendre et de remonter dans le document pour avoir une lecture continue du propos de l'élève. En revanche, la qualité des scans est très bonne, les outils d'annotation sont très simples à utiliser et on a également un outil statistique en temps réel qui fait qu'on a un retour sur les notes et sur les moyennes, exercice par exercice et on a la possibilité de comparer cette moyenne avec les moyennes des autres correcteurs de l'académie. C'est un indicateur qui nous permet d'ajuster éventuellement l'application du barème."

Les notes seront harmonisées avant d'être validées. Les élèves les découvriront le 5 juillet au moment de la publication des résultats du bac.