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Avis aux randonneurs, les drones ne sont pas les bienvenus en montagne, surtout dans les Parcs nationaux

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Le glacier de la Meije au nord du Parc national des Écrins.
Le glacier de la Meije au nord du Parc national des Écrins.
© Maxppp - Patrice Hauser

Sortir son drone pour filmer des paysages ou s’approcher d’animaux est interdit dans certains secteurs en montagne. Ces engins effraient les bouquetins et dérangent les oiseaux.

Il y a bien une chose que Thomas n’oublie pas avant de partir en montagne, à l’instar de sa gourde, sa montre et ses lunettes de soleil : pas question de laisser son drone chez lui. Ce lyonnais de 26 ans a, comme terrain de jeu, le massif des Bauges, de la Chartreuse et les Écrins pour randonner. "C’est assez cool de prendre des photos des sommets, comme si c’était le point de vue d’un faucon" explique-t-il. Il l’admet**, il lui arrive parfois de filmer dans des zones protégées malgré une alerte visible sur son téléphone**, "sauf quand il y a de nombreux randonneurs, ou en hiver quand un hélicoptère peut à tout moment survoler le massif" tient-il à préciser. "Le drone, ça dérange les promeneurs, il fait beaucoup de bruit. On ne va pas à la montagne pour entendre le bruit d’un énorme moustique". Car le phénomène s’amplifie en montagne, surtout en été car les sommets sont plus accessibles pour le grand public

Un coucher de soleil, un bouquetin pris sur le vif, revenir avec des photos et des vidéos aériennes de sa randonnée, avouons-le, c’est un beau souvenir et ça fait classe sur les réseaux sociaux. Pourtant, des règles très strictes existent, mais pas assez connues.

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Le drone assimilé à un prédateur par les animaux

Si un drone peut déranger des randonneurs, il perturbe surtout la faune. "Il peut être perçu comme un prédateur par les bouquetins et les isards" raconte Franck Reisdorffer, technicien de l’environnement au Parc national des Pyrénées. Il souvient de cette vidéo publiée en tout début d’année : "Un vidéaste est venu faire dans images dans le cœur du parc, des paysages sur la neige immaculée. Il a suivi les isards avec les drones." Mais paniqués, "ils ont foncé droit dans l'un des couloirs les plus dangereux du coin, avec le risque de déclencher une avalanche et les voir être ensevelis. Heureusement ils ont traversé." Le danger est similaire pour les oiseaux, le drone n’est pas un objet très gros, ses mouvements sont vifs, ils peut très vite apparaître comme un prédateur et faire fuir des oiseaux de leur nid par exemple. 

Dans d’autres cas, les drones sont considérés comme des intrus et des rapaces vont les prendre en chasse. Dans le Parc naturel régional des Bauges, les règles sont légèrement différentes que dans les autres parcs, seules certaines zones sont interdites, comme autour du mont Pécloz, l’Arcalod et l’Armenaz. "Il y a dans notre parc des Tétras lyres et des Gélinottes des bois qui sont des espèces protégées", témoigne Philippe Gamen, le maire du Noyer en Savoie et président du Parc régional, "les populations sont très diminuées et très fragiles, cela peut être très préjudiciable de les déranger, en été comme en hiver."

Jusqu’à 1 500 euros d’amende

Faire voler un drone dans les limites d’un Parc national est strictement interdit, le site Geopartail dévoile la carte des restrictions. "Globalement les gens que l’on croise sont de bonne foi, ne connaissent pas les règles et ne sont pas conscients des enjeux" affirme Franck Reisdorffer. Il a déjà rencontré des vidéastes amateurs à la limite du parc, ou dedans, mais en train de ranger leur drone. Ses collègues sont déjà intervenus pour arrêter un vol, avec à la clef, une amende pour le fautif. Comme si c’était pour un vol d’hélicoptère, la contravention peut monter jusqu’à 1 500 euros. "On travaille toujours sur la sensibilisation avant d’interdire" prévient Philippe Gamen, qui remarque que le phénomène reste marginal dans les Bauges.

Quand on voit, sur les réseaux sociaux, des photos magnifiques prises par un drone, on intervient et on précise qu’ils n’ont pas le droit de faire ça dans la réserve.

Franck Reisdorffer rappelle que "diffuser une vidéo où l’on voit un drone voler là où il ne faut pas, revient à commettre une infraction". Alors quand il trouve sur Facebook ou YouTube une vidéo de la sorte, il demande à son propriétaire de la supprimer et lui rappelle la réglementation.

Comme dans le Parc national des Pyrénées, dans les Écrins, c’est tolérance zéro. Les autorisations sont données au compte-goutte. "C’est arrivé pour aller chercher des vaches dans des endroits perdus ou repérer des effondrements de montagne, souvent liés au changement climatique, pour éviter que les secours prennent des risques" détaille son directeur, Pierre Commenville. Même quand le Tour de France passe par le Parc des Écrins, aucune prise de vue par drone ou hélicoptère n’est acceptée. Pierre Commenville rappelle également que les drones sont dangereux pour les pilotes d’hélicoptère chargés des secours, surtout si l’un d’entre eux se retrouve sur son chemin. 

En montagne, de plus en plus de sportifs programment leur drone pour les suivre quand ils vont faire du trail, de l’escalade, du parapente, sans penser aux conséquences.