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"Avoir la santé", "être accrocheur" : à quoi reconnaît-on un bon bouquiniste ?

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Un bouquiniste le long de la Seine, à Paris
Un bouquiniste le long de la Seine, à Paris
© Maxppp - YOAN VALAT/EPA

Ils sont un symbole de Paris, inscrits depuis 2019 au patrimoine culturel immatériel français : les bouquinistes recrutent. Dix-sept emplacements sont actuellement à pourvoir le long des quais de la Seine, dans la capitale. Mais n'est pas un bon bouquiniste qui veut.

Ils sont environ 220 à ouvrir régulièrement leurs boîtes que l'on dit "vert wagon" sur les quais de Seine de Paris. Quatre kilomètres de livres anciens, de gravures, de dessins, mais aussi de souvenirs pour les touristes, "parce qu'il faut bien vivre, c'est un mal nécessaire", disent les plus anciens. Comme chaque année, la Ville a lancé un appel à candidatures pour sélectionner de nouveaux libraires à ciel ouvert. Ceux qui sont retenus se verront attribuer une autorisation d'exploitation d'emplacement pour cinq ans, gratuite. Mais à quoi reconnaît-on un bon bouquiniste ?

Avoir la santé et de l'à-propos

Posons donc la question à Jean-Pierre Mathias, installé "en face de la statue de Condorcet, quai Conti". Cet ancien enseignant de philosophie, 75 ans, a choisi cette reconversion il y a plus de vingt ans. "Pour être un bon bouquiniste, il faut avoir d'abord la santé", lâche ce Marseillais qui a gardé l'accent du sud, "parce que là, quand même, il caille. Connaître un minimum les bouquins, les bons comme les mauvais. Et puis être un peu accrocheur par rapport aux gens, avoir des qualités commerciales".

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Parler anglais est devenu quasiment indispensable : "En ce moment, on a les touristes de l'hémisphère sud parce que c'est l'été chez eux. Les Australiens, les Néo-Zélandais... Alors c'est sûr que si j'essaye de leur vendre quelque chose en français, c'est pas gagné !", assure Jean-Pierre, avant de repartir discuter avec une potentielle cliente

Passionnés d'art et de culture

La plupart des bouquinistes sont des hommes, quatre sur dix ont plus de 65 ans. Ce sont pour beaucoup d'anciens libraires, passionnés d'art et de culture. Même si certains arrivent sur les quais après avoir occupé un poste de bureau en mairie, ou "au Palais de Justice tout proche", se souvient Jérôme Callais.

Bouquiniste lui-même, président de l'association qui défend leurs intérêts, il dresse le portrait d'un métier en liberté. "On est notre patron, on dit ce que l'on pense et tant pis pour les fâcheux. C'est aussi un métier où l'on rencontre des gens de tous horizons, c'est un métier de partage incroyable". "En plus le bureau n'est pas mal", ajoute cet amoureux de Paris en regardant passer les bateaux sur la Seine, le Louvre en arrière-plan.

Investissement et petits salaires

Mais s'installer sur les quais demande un petit pactole. Les bouquinistes qui n'en possèdent pas doivent acheter eux-mêmes leurs boîtes vertes, un investissement qui peut coûter entre 1.000 et 8.000 euros. Et le salaire dépasse rarement le SMIC. Ce qui ne semble pas dissuader les postulants. Lors de la dernière édition, ils étaient 72 pour 18 places à pourvoir. Pour cette session, les candidats ont jusqu'au 30 janvier pour déposer leur dossier auprès de la commission de la mairie de Paris. Le comité de sélection se réunira le 7 mars prochain.