"Bac Nord" : sur la route du succès, le film dépassé par la droite

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"Bac Nord" : sur la route du succès, le film dépassé par la droite

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L'équipe du film "Bac Nord" au festival de Cannes le 12 juillet 2021
L'équipe du film "Bac Nord" au festival de Cannes le 12 juillet 2021
© AFP - Valery Hache

Avec bientôt deux millions d'entrées, le film "Bac Nord" de Cedric Jimenez confirme son succès populaire, et continue aussi d'être politiquement récupéré. Il est cité sans arrêt, depuis sa sortie le 18 août, par l'extrême-droite et la droite, qui s'en servent pour justifier leurs thèses sécuritaires.

Dimanche 3 octobre, à Marseille, des policiers de la Bac Nord (la vraie) sont visés par des tirs de kalachnikov. Deux jours après, Marine Le Pen réagit sur Twitter : "Et certains persistent à dire que le film "Bac Nord" ne reflète aucune réalité", grince la candidate à la présidentielle.

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Même référence chez Eric Zemmour, "la réalité dépasse la fiction", tweete le polémiste, candidat putatif, qui cite régulièrement le film. Exemple lors du débat sur BFM face à Jean-Luc Mélenchon.

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"Je ne sais pas si vous avez vu le film "Bac Nord". Vous voyez la réalité de la police aujourd'hui dans les cités. Vous voyez qu'ils ne peuvent pas rentrer. Ils sont moins armés que les caïds de la drogue qui les méprisent. (...) Dans ces places fortes étrangères, on ne veut pas de la France."

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"C'est pas La Haine"

Un succès de "Bac Nord" auprès de Marine Le Pen et Eric Zemmour que Sébastien Chenu, porte-parole du RN, décrypte :

"Non seulement il est réaliste, mais il sort aussi de la bien-pensance, du politiquement correct." 

C'est pas "La Haine" de Mathieu Kassovitz, on n'est pas du côté du voyou. On a un autre regard, et ce côté un peu politiquement incorrect qui montre une réalité très crue, il permet à des hommes et des femmes politiques de s'emparer de ce sujet artistique pour illustrer le combat politique qu'on peut mener."

"Ils n'ont pas compris que c'était une fiction"

Se servir du film pour illustrer son combat et accréditer ses thèses, c'est aussi ce que fait l'élu LR Eric Ciotti, qui voit dans ce succès la preuve du soutien des Français à la police. Une récupération que dénonce Eric Coquerel, député insoumis de Seine Saint Denis.

"Ils ont peut-être pris ça pour un documentaire, ils n'ont pas compris que c'était une fiction. Zemmour ne connait pas les quartiers, donc tout ce qui lui permet d'entretenir l'idée d'un pays gangréné par des étrangers qu'il faudrait nettoyer pour reprendre ses termes, tout ça lui va bien. Tout sujet est de toute façon maintenant susceptible d'être utilisé par cette vision raciste et de mépris social de l'extrême-droite, que ça soit Eric Zemmour ou madame Le Pen, qui se font la courte échelle."

De son côté, le réalisateur Cédric Jimenez, dans l'émission Signe des temps sur France Culture, appelle lui à "relativiser le pouvoir d'un film", précisant à toutes fins utiles : "Je ne dis pas que la banlieue, c'est "Bac Nord"."

À Cannes, déja, le film accusé de faire le jeu du RN

En juillet dernier, lors de la conférence de presse de présentation du film à Cannes, un journaliste irlandais s'exprimant en français avait accusé le film de faire le jeu de Marine Le Pen. "On est dans une année d’élection. Moi j’ai vu ça avec l’œil d’un étranger et je me dis : peut-être que je vais voter Le Pen après ça", avait-il lancé à l'équipe jugeant que les "gens des cités" étaient présentés dans ce film comme des "bêtes", en "dehors de toute civilisation".

"J'espère que Marine Le Pen ne va pas passer grâce à moi, ça m'emmerderait...", avait réagit Cédric Jimenez, manifestement surpris par la question.

Quelques semaines plus tard, Libération sortait la sulfateuse pour critiquer Bac Nord, un "film pas que fasciste" : "Tendance cinquante nuances de droite sur fond de faux accent marseillais, le film démago et viriliste de Cédric Jimenez est raté"