"Balance ton voleur" : quand les commerçants ripostent sur les réseaux sociaux

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"Balance ton voleur" : quand les commerçants ripostent sur les réseaux sociaux

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Images de vidéosurveillance captées dans une pharmacie
Images de vidéosurveillance captées dans une pharmacie
- Univers pharmacie Petite Rosselle

Lassés et impuissants face aux vols, certains commerçants n'hésitent plus à publier leurs images de vidéosurveillance dans l'espoir que les voleurs soient identifiés par les internautes. L'expression d'un ras-le-bol qui pourrait potentiellement les conduire en prison.

Christophe Deyana gère trois magasins "Cash Express" en Moselle . Chaque année, le vol lui coute de "4000 à 15 000 euros de pertes sèches par magasin", assure-t-il. Il y a dix jours, dans sa boutique de Sarreguemines, une famille dérobe un ordinateur à 1200 euros sous l'œil des caméras. Christophe porte plainte et publie le soir même les images de vidéosurveillance sur Facebook.

Rapidement, les personnes sont identifiées par des internautes, dont la police exige qu'ils viennent compléter la plainte de Christophe. Depuis, il attend des nouvelles des enquêteurs. L'initiative du franchisé a été moyennement appréciée par l'enseigne "Cash Express" et le commerçant a pleinement conscience d'avoir commis un acte illégal : "Les plaintes sont déposées, mais rien ne se passe. On a l'impression que la justice considère que pour une entreprise qui fait du profit, le vol fait partie du jeu [...] Si cela se retourne contre moi, j'en assumerai les conséquences."

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La vidéosurveillance d'un magasin en Moselle.
La vidéosurveillance d'un magasin en Moselle.
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Christophe s'est inspiré d'un confrère, Nicolas Zimmer, gérant d'un dépôt vente à Forbach. En septembre dernier, il découvre sur des images de vidéosurveillance que des clients réguliers ont dérobé près de 400 euros d'objets décoratifs. De retour de la gendarmerie, excédé, Nicolas publie les images sur Facebook. Deux jours plus tard, les voleurs lui restituent les objets, prétextant un oubli de paiement. Nicolas retire sa plainte et les photos. Nicolas Zimmer a lui aussi conscience d'être "dans l'illégalité, comme les voleurs", mais assume son choix "pour faire changer les choses".

Si le mot dièse "Balance ton voleur" ne renvoie qu'à une récente page Facebook crée par Pascal Wallé, un musicien proche des gérants de Troc Forbach, l'initiative a fait tâche d'huile dans le département. Une pharmacie de Petite Rosselle et une boutique de prêt-à-porter ont publié elles aussi des photos de voleurs présumés.

"Doxing" passible de prison

Le fait de diffuser des images de vidéosurveillance en dehors de tout cadre légal est un délit puni d'une peine pouvant atteindre un an de prison et 15 000 euros d'amende. Depuis l'affaire Samuel Paty, le "doxing", qui consiste à diffuser des informations privées sans le consentement des intéressés est même passible de cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Sans compter que ce type d'initiative peut "nuire à des enquêtes en cours", abonde Jérôme Jimenez, responsable communication du syndicat UNSA Police en île de France : "Cela peut ruiner les efforts d'enquêteurs lancés sur la piste de filières liées au crime organisé." Outre les conséquences judiciaires et l'atteinte à la présomption d'innocence, le policier alerte aussi sur les risques de représailles contre le commerçant, contre la personne dénoncée ou contre quelqu'un qui pourrait être reconnu à tort sur des images de mauvaise qualité.