Publicité

#BalanceTonBar : quand les établissements de nuit se forment pour lutter contre les violences sexuelles

Par
Piqûres et drogues cachées dans les verres sont les principaux stratagèmes utilisés par les agresseurs
Piqûres et drogues cachées dans les verres sont les principaux stratagèmes utilisés par les agresseurs
© AFP - Amaury Cornu / Hans Lucas

Continuer à faire la fête, mais en sécurité : alors que les dénonciations d’agressions sous l’emprise du GHB et les cas de piqûres en soirée se multiplient, certains bars, clubs et organisateurs de soirées proposent à leurs personnels des formations.

C’est une journée de plein soleil sur la Friche de la Belle de Mai à Marseille. Mais c’est dans l’obscurité de la salle du Cabaret Aléatoire que Clémentine Roul et Safiatou Mendy reprennent les bases de la notion de consentement devant les salariés de ce club et salle de concert et de musiques actuelles. Les deux jeunes femmes, membres de l’association Consentis, donnent également des clés pour réagir face à des situations critiques : "Si vous voyez quelqu’un qui titube, vous ne savez pas si la personne est consentante, vous pouvez vous approcher, lui demander si tout va bien. Cela lui laissera quelques minutes de répit pour comprendre si elle a envie de continuer ou non », propose Clémentine.

Ces situations de fragilité, sous l’emprise d’alcool ou parfois de drogue, c’est justement ce que guette Thomas. Régisseur bar du Cabaret Aléatoire, il est souvent en salle, derrière le comptoir : "Il faut avoir toujours un œil sur ce qui se passe devant nous. Le bar est éclairé et donc on y voit mieux ce qui s’y joue. On peut apporter une certaine autorité si besoin face à une dispute ou un comportement bizarre. Cette formation nous permet d’avoir les bons réflexes". Des réflexes pour repérer ou anticiper les situations à risque.

Publicité

Des fouilles contre les piqûres

Mais repérer les agressions est loin d’être toujours évident. La semaine dernière, une cliente a dénoncé une intoxication au GHB après une soirée, via les réseaux sociaux : l’équipe lui a répondu immédiatement pour mieux comprendre ce qui c’était passé. Car plusieurs mesures sont déjà en place. "Il y a par exemple des fouilles pour pouvoir dès l’entrée faire de la prévention sur les violences et notamment les piqûres qui aujourd’hui ne sont pas détectables autrement qu’à la palpation", assure Justine, chargée de projet responsabilité sociétale au Cabaret Aléatoire. "Pour tout ce qui est soumission chimique [ndlr : cela recouvre l’administration à son insu de substances type GHB ou antidépresseurs annihilant la volonté de la personne] on réfléchit à investir dans des couvercles de verre. Plus nous mettrons de choses en place et plus nous arriverons à protéger les publics", explique la jeune femme.

Balance ton Bar versus Safe Bar

Agir c’est une question de responsabilité sociale et humaine défendent aujourd’hui les membres du Cabaret Aléatoire. C’est aussi devenu indispensable pour l’image des établissements. Sur Twitter les victimes n’hésitent plus, sous le hashtag Balance ton Bar, à donner le nom des lieux où elles ont été agressées. L’association Consentis fait d’ailleurs face à une demande croissante des établissements qui veulent être formés. Elle a déjà mené 38 interventions depuis le début de l’année, et d’autres structures comme le collectif féministe Nous Toutes propose des actions auprès des établissements de nuit et de fête.

Mais l’intervention de Consentis n’est pas un blanc-seing ou un label. "C’est toujours compliqué de dire que tel ou tel établissement est parfaitement sûr, on ne sait pas qui y vient" nuance Safiatou Mendy, l’une des formatrices, "mais ce sont des structures qui ont été formées à la réduction des risques liés aux drogues et aux violences sexistes et sexuelles. Le staff est formé, cela a été pensé aussi pour créer des espaces bien éclairés. S’il se passe quelque chose, en tous cas, la victime y sera prise en charge correctement", assure la jeune femme. Pour ces établissements le terme de "safe bar", bar sûr, commence d’ailleurs à émerger et à se diffuser à son tour sur les réseaux sociaux.