Publicité

Bernard Tapie, mort d'un ambitieux

Bernard Tapie en 2013
Bernard Tapie en 2013
© AFP - FRED DUFOUR

L’homme d’affaires avait annoncé en 2017 être atteint d'un cancer de l'estomac, mais aussi de l'œsophage, et enfin des poumons en 2019. Bernard Tapie est décédé ce dimanche à 78 ans. Avec lui, c'est un personnage controversé et protéiforme du paysage politique, économique et sportif de la France qui disparaît.

Homme d'affaires, acteur, chanteur, producteur télé, homme politique, grande gueule de plateaux télés, patron de club de foot plusieurs fois poursuivi (et condamné) par la justice... Bernard Tapie, môme de banlieue, "fils de personne", est décédé ce dimanche matin à 8h40, a annoncé sa famille à France Info, confirmant une information donnée par plusieurs médias. "Imaginez, quand vous partez, vous regardez derrière et vous voyez plein de gens qui pleurent et quelques uns qui rient. Eh bah vous êtes pas mécontent d'avoir vécu", avait-il expliqué amusé au micro de Léa Salamé en 2018, interrogé sur la peur de mourir. Le bilan de sa vie est immense, il a bâti un parcours à la hauteur de ses ambitions : la célébrité dans de nombreux domaines, à défaut de réussir partout.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie chanteur

Tapie, fils d'ouvrier de banlieue parisienne, a commencé, dès l'adolescence, à faire des boulots d'été, comme transporter des sacs de charbons, mais de sa jeunesse prolétaire, il raconte surtout avec plaisir comment, à seize ans, il se retrouve à pousser, après avoir gagné un radio-crochet, la chansonnette dans un casino de Vendée ("J'étais le petit Frank Sinatra de Saint Jean de Monts", dans l'autobiographie Gagner, ed Robert Laffont), qui finira par l'embaucher plusieurs étés de suite.

Publicité

D’abord sous le pseudo légèrement maquillé de Bernard Tapy, Tapie vise les plateaux-télé, les mêmes qu'il occupera des années plus tard, en poussant la chansonnette, et même à plusieurs reprises. D'abord avec un répertoire"fleur bleue" raccord avec l'esprit yéyé ("je ne crois plus les filles") avant de jouer, avec "Réussir sa vie", la carte du "self-made man" à l'américaine, celui qui s'est bâti tout seul, rôle qui sera le principal fond de commerce de ses débuts fulgurants d'homme d'affaire dans les années 80.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie, business man

Son talent de commercial, Tapie le découvrira avec la télé, d'ailleurs mais pas sur les plateaux : à ses débuts , quand il démarre comme vendeur de téléviseurs au porte-à-porte. Dès lors, c'est dans les affaires que le jeune Bernard va exceller. La longue liste des entreprises qu'il a ensuite rachetées et gérées sera sa plus belle manière de conjurer la malédiction sociale : 

Je suis né dans un tiroir, le plus bas que tu puisses imaginer, même de banlieue, fils de personne (…) Normalement quand on naît dans ce tiroir, dans ce pays, on y reste

Le vendeur de télé va vite monter une première société, ("Le grand Dépôt", société de distribution de produits grand public dans le cadre d'une association de consommateur), qui lui vaut aussitôt de premiers démêlés avec la justice (des salariés de la société utilisé pour des travaux personnels) et sa première mise en faillite, mais l'épisode lui servira, dit-il, de leçon : "L'affaire du Grand Dépôt a réveillé en moi l'envie de vaincre". Dès lors, Bernard Tapie va se faire une spécialité : le rachat d'entreprises en déclin pour les remettre à flots : Look, Terraillon, ManuFrance, Wonder... L'image du sauveteur d'entreprises en difficulté est lancée, et bien relayée sur le petit écran, quand il se met lui-même en scène pour les publicités des piles Wonder : 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie star de la télé

Bernard Tapie l'entrepreneur a donc compris très tôt la force de frappe de la télévision, ce média dont la popularité explose dans les années 80 et qui lui servira de tremplin médiatique : dans la lumière pour le meilleur, et parfois aussi pour le pire, quitte à enfiler le jogging et un marcel bien échancré pour une émission spéciale de "Gym Tonic" animée par Véronique et Davina : 

Sa plus belle réalisation télé restera "Ambitions", le magazine que TF1, fraîchement privatisée, lui offre pendant près d'un an, en 1986, dans lequel il mettra en application ses principes de gestion d'entreprise, pour aider, à l'écran, un jeune chef à monter sa société. 

Nanard, c'est 90 kilos de barbaque monté sur burnes

Plus tard, tout cet amour que Bernard Tapie lui a porté, la télé le lui rendra au centuple, à travers sa marionnette des "Guignols de l'Info", émission ultra populaire de Canal+, qui fait de "Nanard" et de ses expressions fleuries, l'un des personnages les plus appréciées des spectateurs : 

Bernard Tapie, mâle des années 80

Karatéka, pilote de jet, pilote de voiture de course, Bernard Tapie incarne parfaitement le modèle du yuppie en vogue dans les années 80 : le meneur, le gagnant, celui qui prend en main son destin aussi bien que son physique. Ce passage dans l'émission culte "Gym Tonic" est à la fois une pépite de kitsch, mais surtout une magnifique démonstration des valeurs de l'homme d'affaire, dont les journaux télé se régalent aussi à dresser le portrait : 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Le plus beau modèle du 'yuppie' à la française fait rêver tout le monde, y compris Thierry Ardisson qui lui consacre un portrait et questionne : "Tapie est-il vraiment Bernard?"

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie, comédien

Personnalité débordante, bagou intarissable et chef des formules verbales ambiance "Tontons Flingueurs",  Tapie fait aussi rêver bon nombres de réalisateurs : c'est Claude Lelouch qui franchit le pas le premier, et fait passer Bernard Tapie devant sa caméra avec "Hommes-femmes, mode d'emploi", en 1996.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie restera fidèle à la télé, mais côté fiction cette fois, avec la série "Commissaire Valence", et tâtera même des planches, plusieurs fois, dans des pièces de théâtre de boulevard ("Oscar", "Un Beau salaud", "Les montagnes russes"), mais pas que ("Vol au dessus d'un nid de coucou").

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Son image d'homme d'affaires fort en gueule et capable de tenir tête aux juges dans ses démêlés judiciaires en fera même, chez certains, une idole chez les caïds de quartiers ou les rappeurs, jusqu'à faire un duo et un clip avec Doc Gyneco : 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie, l'amoureux de foot marseillais

En 1986, il tente de réussir aussi dans le football, en reprenant l'Olympique de Marseille, qui végétait alors à la 15e place du classement, sans aucun titre depuis 1976. Il paye un franc symbolique pour racheter le club, et le tire vers le haut pendant toute sa présidence.

C'est sous Tapie que sont recrutés de futurs stars du football française : Jean-Pierre Papin, Éric Cantona, Basile Boli, Didier Deschamps, Marcel Dessailly, Fabien Barthez entre autres. L'OM gagne quatre titres de Champion de France consécutifs entre 1989 et 1992, gagne une Coupe de France, et atteint deux fois la finale de la Ligue des Champions, remportant même la victoire en 1993 face à Milan, une première pour un club français.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Les supporters marseillais de toutes génération garderont pour Bernard Tapie une reconnaissance sans borne, en faisant un véritable héros local.

Bernard Tapie, homme politique

C’est François Mitterrand qui le lance en politique en 1988, à l'époque où ce dernier, président de la République, tente un second septennat : il cherche alors des personnalités «d’ouverture ». A l’époque, l’industriel est à son sommet de popularité, et se lance à l’assaut de Marseille dont il vient de racheter le club de foot, terrain de conquête idéal pour le président socialiste. Plus encore, Tapie mène un combat personnel contre Jean-Marie Le Pen, souvent illustré sur les plateaux télé, et Mitterrand voit en lui le seul adversaire capable de contrer le vote lépeniste dans la région marseillaise. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Après un premier échec l’année précédente, Tapie devient député des Bouches-du-Rhône en 1989 grâce à un recours contre son adversaire Guy Tessier. Il le restera jusqu’en 1995, date à laquelle il quitte la politique, stoppé dans son élan par le début de ses ennuis judiciaires. Dans le même temps, il sera aussi passé par la case "ministre" dans le gouvernement Bérégovoy : nommé ministre de la Ville en avril 1992, il reste en poste moins de deux mois, à cause de sa mise en examen pour abus de bien social. Il reprend ses fonctions en janvier 1993, après un non-lieu dans l'affaire, mais sera évincé lors de la débâcle du PS aux législatives suivantes, au printemps. 

C'est lors des élections européennes de 1994 que survient son fait d'arme, quand il mène sa campagne sur la liste du Parti Radical. Ses 12% de résultats battent de 2 points de la liste conduite pour le PS par Michel Rocard, ce qui a stoppé net les espoirs de carrière européenne de l'ex-Premier ministre de François Mitterrand.

Sa popularité, à Marseille comme en politique, Tapie la devra en grande partie à son verbe haut, autant qu'à sa condition de fils de prolétaire,, qu'il défendra longtemps encore sur les plateaux télé, comme en décembre 2016 sur le plateau de Paris Première, face à Eric Zemmour : 

Ringard, moi?  Je vais me lever et t’en mettre une!

Bernard Tapie face à la justice

Le nom de Bernard Tapie fut cité dans de nombreux dossiers judiciaires, dont les deux plus importants restent l'affaire OM-PSG et son litige avec le Crédit Lyonnais. Dans ce dossier, l'actuel propriétaire du groupe de presse La Provence devait répondre d'escroquerie et de complicité de détournement de fonds publics, et avait été renvoyé, en décembre 2017, en correctionnelle pour cette affaire d‘arbitrage qui lui a permis en 2008 d'obtenir 403 millions d'euros pour règlement de son litige avec le Crédit lyonnais. 

Le dossier, complexe, dure depuis plus de 20 ans, depuis la fin des années 90. Suite à la dégradation de son état de santé ces derniers jours, la défense de Bernard Tapie avait demandé le report du procès en appel sur cette affaire, demande refusée par la cour d'appel de Paris qui estimait que l'affaire s'éternisait un peu trop.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Bernard Tapie, la rédemption ?

Bernard Tapie, après l'annonce de son cancer en septembre 2017, se confiait ainsi longuement en novembre suivant dans l'émission "19h dimanche" de Laurent Delahousse : 

Ma nature d’origine, c’est d’être en bas de l’échelle 

Là encore, l'homme provoque son moment télé, en larmes quand il évoque le soutien affiché des supporters de l'OM après l'annonce de sa maladie en septembre : ces derniers avaient affiché une banderolle "Bernard à jamais le premier" dans les tribunes du stade Vélodrome, en soutien à l'ancien dirigeant de l'Olympique de Marseille qui avait apporté la première coupe d'Europe du football français.

Une seule chose marche, c’est l’énergie.