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Bien mais peut mieux faire : l'Institut Montaigne dresse le bilan du dédoublement des classes

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Emmanuel Macron dans une école de Poix-de-Picardie, au mois de juin 2021
Emmanuel Macron dans une école de Poix-de-Picardie, au mois de juin 2021
© AFP - JACQUES WITT / POOL

S'il considère que les réformes structurelles mises en œuvre par Jean-Michel Blanquer devraient avoir un effet positif à long terme, le think tank libéral estime néanmoins qu'elles n'ont pas encore libéré leur "plein potentiel".

À moins d'un an de la présidentielle, le temps des bilans est arrivé. En 2017, le candidat Macron promettait "une école plus juste et plus soucieuse de l'accompagnement comme de l'orientation de chaque élève". Qu'en est-il, alors qu'approche la fin de son mandat ? L'Institut Montaigne, think tank libéral qui a inspiré le programme d'Emmanuel Macron, dresse un état des lieux de sa mise en œuvre. Au vu de la priorité donnée au primaire, l'effet des réformes sur les parcours scolaires est "difficilement appréciable", souligne le rapport en préambule. "Pour autant, l’ampleur et la cohérence de l’action engagée sont perceptibles et semblent assez largement appréhendées par le grand public. À plus long terme, les mesures mises en œuvre devraient avoir un effet positif sur la réduction de l'échec scolaire."

Dédoublement des classes : une mesure qui n'a pas encore "libéré son plein potentiel"

L'un des grands chantiers entrepris par le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a été le dédoublement des classes de CP et de CE1 dans les zones d'éducation prioritaire, en limitant à 12 élèves par enseignant la taille des 12 000 classes concernées. À la rentrée 2020, la mesure s'est étendue aux classes de grande section. En dehors des zones d'éducation prioritaire, les effectifs ont été plafonnés à 24 élèves pour toutes classes de grande section de maternelle, les CP et les CE1

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L'Institut Montaigne salue la rapidité avec laquelle cette réforme structurelle a été menée : "10 800 nouvelles classes ont été créées en moins de trois ans". "En 2022, un million d'écoliers environ auront bénéficié de la politique de dédoublement des classes et du plafonnement des effectifs", note l'auteur de la publication. 

Pour quels résultats ? Comme le rappelle l'institut Montaigne, la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l'Éducation a déjà cherché à évaluer l'impact du dédoublement des classes de CP. Elle conclut que le dispositif permet de faire baisser le nombre d'élèves en très grande difficulté, de 7,8% en français, et de 12,5% en mathématiques. "L'effet sur la performance des élèves en français est moindre que celui constaté en mathématiques", relève l'institut Montaigne. Selon lui, "pour libérer son plein potentiel", le dispositif suppose encore "un effort significatif de formation des enseignants aux techniques d'enseignement de la lecture éprouvées par les projets de recherche scientifique". 

Il estime aussi nécessaire que les enfants présentant le plus de difficultés scolaires puissent bénéficier des "meilleurs enseignants". Or, la promesse d'Emmanuel Macron d'affecter en zones d'éducation prioritaire des professeurs des écoles ayant au moins trois ans d'ancienneté est restée lettre morte, déplore le rapport. Cumulée au dédoublement des classes, elle représenterait pourtant une aubaine pour les élèves de REP et REP+. Alors qu'avec le système actuel, ces postes, perçus comme moins attractifs, sont le plus souvent attribués à des enseignants débutants. 

Encore peu d'effets "tangibles" pour la réforme du lycée

Dans l'enseignement secondaire, la grande réforme a été celle du bac. Celle-ci a "encore peu d'effets tangibles", selon l'auteur de la note. "Les inégalités liées aux genre ou à l'origine sociale n'ont pas connu de changement significatif". La part de garçons qui choisissent mathématiques est toujours 20 points supérieure à celles des filles. Les maths sont choisis par 80% des élèves d'origine favorisée, contre 62% de ceux d'origine défavorisée. 

Autre regret exprimé : "l'orientation post-bac est demeurée le parent pauvre de la réforme".

Le lycée professionnel sur la touche

Le lycée professionnel quant à lui n'a pas fait l'objet de réforme d'ampleur, regrette l'Institut Montaigne. "L'ambition affichée par Jean-Michel Blanquer d'en faire un véritable lieu d'insertion professionnelle n'a pas encore été suivie par des réalisation majeures. La voie professionnelle devra faire l'objet d'une réforme ambitieuse durant le prochain quinquennat". Dont acte.