Bientôt une usine européenne délocalisée... dans l'espace

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Bientôt une usine européenne délocalisée... dans l'espace

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Vue en images de synthèse de la future usine spatiale
Vue en images de synthèse de la future usine spatiale
- Orbital Views

Ce n'est pas de la science-fiction mais le projet bien réel d'un entrepreneur français installé aux États-Unis : le PDG de "Space Cargo Unlimited" dévoile ce jeudi un véhicule entièrement autonome, capable de produire dans l'espace des matériaux, graines ou molécules grâce à l'absence de gravité.

Les premiers plants de vigne dans l'espace, c'était lui. L'année dernière, Nicolas Gaume avait envoyé dans la Station spatiale internationale 320 plants de Cabernet Sauvignon et de Merlot. Pendant 14 mois passés en apesanteur, la vigne a subi un stress énorme. Mais une fois replantée, elle s'est révélée modifiée : "Cette variété de vigne qu'on a suscitée par cette exposition spatiale est naturellement plus résistante au stress du changement climatique", explique-t-il. "C'est-à-dire qu'elle est plus capable de survivre au stress hydrique, au stress thermique et surtout, elle a une résistance accrue au mildiou."

"Tout est parti de ce constat : la gravité est le seul paramètre de la vie qui n'a jamais bougé depuis que la vie existe sur Terre", raconte Nicolas Gaume. "Donc quand on enlève la gravité, ça crée un stress absolument incomparable à tous les stress naturels sur Terre. Et ça provoque des évolutions en accéléré. La vie trouve un chemin pour trouver des méthodes de réponse : sur les 320 plants envoyés, tous sont revenus vivants, mais chacun avait réagi différemment."

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"Sans gravité, vous faites des alliages parfaits"

Au-delà des applications pour l'agriculture, Nicolas Gaume est donc convaincu que 30 années de recherche en micro-gravité peuvent désormais déboucher sur la fabrication de produits dans l'espace. Il évoque par exemple les nouveaux matériaux : "Quand vous mélangez des nouveaux matériaux sur Terre, le matériau le plus lourd va en bas et le plus léger en haut : c'est la gravité. Mais quand vous n'avez plus de gravité, vous faites des alliages parfaits. Dans les sciences de la vie aussi, tout ce qui va toucher l'industrie pharmaceutique, quand vous voulez cristalliser des protéines et développer des solutions médicamenteuses, vous obtenez des cristallisations de bien meilleure qualité que sur Terre."

On pourrait même aller encore plus loin, "notamment imprimer des organes", assure-t-il. "Typiquement, sur Terre, il y a beaucoup de complexités avec la gravité, mais l'absence de gravité permet de le faire."

Dans cette usine de l'espace, l'absence d'opérateur humain doit limiter les coûts de production, forcément plus importants que sur Terre. C'est la première fois qu'une plateforme de production est ainsi proposée pour des usages commerciaux. Le marché pourrait atteindre 20 milliards d'euros par an d'ici 2035. Le vaisseau-usine reviendra tous les trois mois avant de repartir. Il sera fabriqué par l'européen Thalès Alenia Space, pour un premier décollage prévu fin 2025.