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Bill Gates, les labos ukrainiens, les vaccins : la variole du singe suscite une avalanche de fake news

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Le Covid-19 a préparé le terrain aux nouvelles théories du complot autour de la variole du singe
Le Covid-19 a préparé le terrain aux nouvelles théories du complot autour de la variole du singe

La variole du singe a offert aux mouvances antivax et conspirationnistes l'occasion de réactiver les théories apparues pendant la crise sanitaire liée au Covid. Voici un décryptage des cinq théories complotistes les plus virales.

La variole du singe n'échappe pas aux théories du complot. À cette heure, la variole du singe reste une maladie bénigne, qui se transmet peu à l'homme, mais dont la diffusion inhabituelle inquiète les autorités sanitaires dans le monde entier. La France compte à cette heure seulement 16 cas confirmés. Depuis ce mardi, la Haute autorité de Santé recommande la vaccination des adultes qui ont eu un contact à risque (prolongé) avec un malade.

Il n'en faut pas plus pour que les mouvances antivax, et complotistes en général, se mobilisent pour faire éclore une vérité qui nous est forcément cachée. Elles colportent la majeure partie des théories développées pendant la crise sanitaire (et désignent toujours les mêmes bouc-émissaires) : la Maison Blanche, Bill Gates, ou encore le contrôle des populations par la peur. Passage en revue.

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"Alerte : Bill Gates avait prédit une pandémie de la variole"

Bill Gates est la cible numéro 1 des complotistes depuis le début de la crise du Covid-19. Le philanthrope est donc de nouveau soupçonné ou accusé d'avoir planifié ce qui pourrait devenir une épidémie de variole du singe. " Que se passerait-il si un bioterroriste apportait la variole dans dix aéroports ? Comment le monde y répondrait ? ", s'interrogeait Bill Gates dans une interview vidéo à Policy Exchange datant de novembre 2021.

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Il n'en fallait pas plus pour que le site conspirationniste "Le Courrier du soir" ne ressorte dès le 19 mai un extrait de l'interview dans un article intitulé "Alerte : Bill Gates avait prédit une pandémie de la variole et 6 mois plus tard, la variole du singe terrorise le monde ". En réalité, l'Américain ne faisait qu'utiliser un cas concret pour plaider pour la mise en place d'une task force spéciale pandémie par l'Organisation mondiale de la santé, pour avoir une meilleure réponse en cas de nouvelle crise sanitaire. Mais ce n'est pas la seule accusation qui concerne le milliardaire depuis la mi-mai.

Bill Gates veut parachever le contrôle du monde avec la variole

Sur Twitter, l'internaute francophone @SoloBucketpond, le 20 mai 2022 a obtenu une belle viralité, avec plus de 3 000 retweets, en développant l'idée que, comme par hasard, un exercice de simulation international basé sur une pandémie de variole du singe avait été réalisé en mars 2021, et que, comme par hasard, sa Fondation Bill-et-Melinda-Gates y avait participé.

Le site de désinformation France Soir l'a également évoqué dans un article, dans lequel il se demande si nous verrons "un retour des restrictions sanitaires et une généralisation de la vaccination contre la variole du singe dans les prochains mois". Mais comme bien souvent, une information bien réelle est détournée et amplifiée pour collerau récit complotiste.

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En mars 2021, l'ONG américaine Nuclear Threat Initiative, spécialisée dans la prévention des risques liés aux attaques chimiques, biologiques et nucléaires a organisé un exercice de simulation d'attaque terroriste. De cet exercice est né un rapport publié en novembre 2021 qui en détaille les résultats, afin de mieux préparer la gestion de crise au niveau international. Mais la menace fictive choisie se révèle être une aubaine pour la sphère complotiste qui s'en est emparée à la mi mai 2022 alors qu'apparaissaient les premières alertes de multiplication des cas de variole du singe en Europe :

"Le scénario de l'exercice met en scène une pandémie mortelle qui implique une souche inhabituelle de la variole du singe, apparue dans le pays imaginaire de Brinia et qui s'est propagée dans le monde en 18 mois."

Pendant l'exercice, les participants ont pu découvrir que le scénario prévoyait que l'épidémie était due à une attaque de terroristes qui ont mis la main sur le pathogène dans un laboratoire présentant de nombreuses failles de sécurité. L'attaque terroriste se serait déroulée le 15 mai 2022 et le début de l'épidémie en Brinia le 5 juin 2022. Àla fin du scénario, la pandémie, faute de bonne coordination internationale, aurait causé trois milliards de malades et 270 millions de morts.

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L'auteur du thread a visiblement parcouru le rapport et détaillé ses découvertes, en accusant notamment "ils" d'avoir monté un coup sans préciser de qui il s'agit : "Le rapport est sorti en novembre 2021 lorsqu'ils se sont rendus compte que le variant Omicron ne ferait plus rien ou mettrait un terme à la pandémie de Sars-Cov-2".

Dans un des tweets du thread, il pointe le fait que qu'un membre éminent de la Fondation Bill-et-Melinda-Gates, Christopher Elias, a participé à cette simulation. Dans un autre, il rappelle que "le devin mondial autoproclamé a de nouveau tapé dans le mille" en prédisant une nouvelle pandémie dans l'interview à Policy Exchange. Tout cela vient encore alimenter la thèse très populaire du complot des Gates qui seraient déjà derrière l'épidémie de Covid, en ayant planifié l'épidémie pour certains, développé le virus pour d'autres. Avec des motivations également diverses : surveillance de la population avec des puces dans les vaccins, stérilisation forcée, etc...

Face à la propagation de ces théories, Nuclear Threat Initiative a mis en ligne une foire aux questions, qui revient notamment sur le choix de la variole du singe pour l'exercice. L'ONG précise ainsi qu'il était plus intéressant pour la simulation que le pathogène présente des caractéristiques différentes du SARS-CoV-2, pour que les participants soient confrontés à des problématiques qui n'ont pas déjà été mises en lumière par la pandémie de Covid.

"La variole du singe n'est rien d'autre qu'un corona 2.0"

"Ils ne s'attendaient pas à ce que nous soyons si nombreux à nous réveiller", et à comprendre ce qui se trame derrière la "pandémie" de Covid-19, c'est pourquoi "ils" ont eu besoin de "trouver un nouveau récit" : la multiplication des cas de variole du singe. "Ils essayent de nous sortir la même histoire" qui maintiendrait les gens dans la peur, sous contrôle, donc "La variole du singe n'est rien d'autre qu'un corona 2.0". Ce raisonnement est celui d'un avocat allemand, Reiner Fuellmich. Le 25 mai 2022, il est invité d'Info Wars, l'émission de la figure de proue du conspirationnisme aux Etats-Unis, Alex Jones. Dans un extrait vu et partagé plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux et sur des boucles Telegram, l'avocat allemand intègre l'élément variole du singe directement comme la suite du complot du Covid-19 des élites pour contrôler les populations mondiales.

La fin de la démonstration tombe, comme souvent, comme un cheveu sur la soupe, avec un "autre récit" à venir selon lui pour continuer à controler le monde par la peur : "La guerre en Ukraine, qui va probablement s'étendre en Allemagne et ensuite dans le reste de l'Europe".

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Reiner Fuellmich est bien identifié outre-rhin depuis le début de la crise du Covid-19 comme l'un des porte-voix de la complosphère. Co-fondateur du petit parti politique né des mouvances anti restrictions sanitaires et antivax en Allemagne en 2020, Die Basis, il s'est également illustré début 2022 avec le "Comité corona", aussi appelé "Nuremberg 2.0", sorte de tribunal populaire qui devait se tenir afin, comme l'écrivait France Soir, "de faire la lumière sur les réalités de la pandémie Covid-19" et "sa conclusion suite à une série d’entretiens avec plus de 100 éminents experts dans le monde, est sans appel : il n’y a pas de pandémie, seulement une fausse pandémie de cas positifs, rendue possible par le dépistage intempestif au moyen des tests RT-PCR, détournés de leur fonction d’origine et peu fiables". Sur le banc des accusés bien sûr : Bill Gates (toujours lui) ou encore les dirigeants de Pfizer, Big Pharma par extension.

La variole du singe vient du vaccin contre le Covid...

Si les vaccins contre le Covid-19 contiennent des adénovirus de chimpanzé, les vaccins sont-ils à l'origine de la variole du singe ? Là aussi, l'interrogation teintée de complotisme est basée sur une information vraie mais par la suite déformée. Plusieurs tweets, dès le 19 mai, puis retweetés près de 2 000 fois, veulent établir un lien (inexistant en réalité) entre les deux virus.

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Certains vont citer un rapport de la Haute autorité de santé datant du 20 novembre 2020 et qui traite des aspects immunologiques et virologiques du Covid, et d'autres la notice du vaccin AstraZeneca. Deux documents vrais mais qui ne démontrent rien.

Le vaccin d'AstraZeneca, qui rappelons-le n'est pas à ARN Messager, fonctionne bel et bien avec un adénovirus de chimpanzé, le ChAdOx1. Comme l'explique le document de la HAS, cela consiste à utiliser un virus peu pathogène, inoffensif, pour provoquer une réponse immunitaire. Ces virus dits "nus", il en existe plus de 90. Les vaccins qui en utilisent, appelés vaccins à vecteur viral, sont développés depuis une trentaine d'année.

Mais il n'existe aucun lien de cause à effet entre l'adénovirus de chimpanzé et la variole du singe, car l'un est un adénovirus, l'autre est un poxvirus. Deux familles différentes. Contrairement à ce que des internautes bernés ou des antivax viennent à penser, l'un n'engendre pas l'autre.

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Le rôle des laboratoires ukrainiens financés par Washington

Dans le cas présent, il ne s'agit pas d'une théorie du complot venue de la sphère publique, mais d'un organe officiel d'un Etat. Elle est notamment rapportée par l'agence de presse TASS, la voix officielle du Kremlin, et on la retrouve par la suite sur le site Le Courrier du Soir. Le 27 mai 2022, dans une déclaration officielle, Igor Kirillov, le chef de l'unité russe de protection contre les radiations, les produits chimiques et biologiques a fait le lien de façon implicite entre la présence de cas de variole du singe au Nigeria et une prétendue influence américaine sur quatre laboratoires dans au moins trois villes du territoire : Lagos, Abuja et Zaria.

"Dans un contexte marqué par de nombreuses situations de violation des conditions nécessaires à la biosécurité et de faits de négligences autour du stockage de matériaux pathogènes, nous en appelons à l'Organisation mondiale de la santé pour enquêter sur les activités des laboratoires financés par les Etats-Unis à Abuja, Zaria, Lagos et informer la communauté internationale des résultats".

Il s'agit là d'un sous-entendu étonnant de la part d'Igor Kirillov, qui a habitué à des d'accusations plus directes depuis le début de la guerre en Ukraine. Le 10 mars 2022, il avait affirmé détenir les preuves d'un plan de Washington visant à former des chercheurs ukrainiens à utiliser des oiseaux migrateurs comme armes biologiques. La dénonciation a même été portée le 13 mai 2022 pendant une réunion du conseil de sécurité de l'ONU. Mais comme l'a déjà précisé Désintox d'Arte, s'il y a bien des financements américains de laboratoires en Ukraine (ce qui n'a rien d'un secret), il s'agit non pas de travaux sur des armes biologiques mais de surveillance sanitaire.