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Birmanie : "Nous devons nous préparer à un afflux massif de réfugiés"

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Les forces de sécurité birmanes dans une rue de Rangoon, le 3 avril
Les forces de sécurité birmanes dans une rue de Rangoon, le 3 avril
© AFP - STR

La vague de terreur qui secoue la Birmanie ne semble pas près de s'arrêter. Au moins 550 personnes ont été tuées au cours de la répression menée par la junte. Thomas Andrew, rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l'homme en Birmanie, juge insuffisante la réponse de la communauté internationale.

Plus de deux mois après le coup d'État ayant renversé le gouvernement d'Aung San Suu Kyi, la junte birmane poursuit sa répression féroce, tandis que des dizaines de milliers de personnes continuent de manifester de façon quasi-quotidienne. Le pays semble sur le point de basculer dans la guerre civile. Pour autant, les réponses de la communauté internationales ont jusqu'ici été très mesurées. Thomas Andrew rapporteur spécial des Nations Unies pour les Droits de l'homme en Birmanie, appelle à élargir les sanctions contre la junte. Entretien. 

FRANCE INTER : Comment décririez-vous la situation sur le terrain en Birmanie ?

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THOMAS ANDREW : "C'est une situation horrible... et ça empire !  Nous disposons dorénavant de rapports crédibles faisant état d'usage par la junte militaire d'armes de guerre, d'armes lourdes dont des roquettes et des mitrailleuses lourdes contre les civils. La junte birmane vise aujourd'hui un spectre assez large de personnes : les militaires ont attaqué les équipes d'urgence, les ambulanciers qui amenaient des blessés à l'hôpital. Ils ont même occupé des hôpitaux et des écoles.

Cinquante-six journalistes ont été arrêtés et 550 personnes ont été tuées dont 40 enfants. Ils s'attaquent en fait à tout le monde et n'importe qui... y compris ceux qui restent chez eux. Ils font des descentes dans les appartements des gens, et certains ont été tués à leur domicile. Il y a en Birmanie de moins en moins de personnes préservées par cette vague de terreur, initiée par la junte militaire."

On a commencé à voir des réfugiés, des civils, se diriger vers les frontières sud du pays, vers la Thaïlande, ou vers le Nord, vers l'Inde. Considérez-vous que ce soit là une tendance lourde ?

"Oui ! De plus en plus de monde se dirige vers ces frontières et nous devons nous préparer à un afflux massif de réfugiés, les gens fuient pour sauver leurs vies. Les pays limitrophes [Bangladesh, Inde, Chine et Thaïlande, ndlr] ont le devoir moral de leur accorder sécurité et protection. Quant à la communauté internationale, elle doit se préparer à aider ces pays à accueillir de larges proportions de réfugiés ; la situation ne va pas vers un mieux, bien au contraire."

"Il faut s'attendre à ce que de plus en plus de personnes essaient de fuir le pays dans les prochains jours ou les prochaines semaines."

Puisque l'on évoque les réactions internationales, le conseil de sécurité des Nations Unies a condamné ce jeudi, dans une déclaration âprement négociée avec les Chinois et les Russes, les "violences" en Birmanie. Cela vous parait-il suffisant ?

"Non c'est insuffisant ! Totalement insuffisant ! Et si le Conseil de Sécurité ne peut rien faire, c'est à nous, les pays, d'agir, de faire ce qu'il faut ! Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont déjà imposé des sanctions visant les financements de la junte birmane, notamment ces conglomérats qui sont leur principale ressource. Mais je crois qu'il faut élargir ces sanctions, et surtout viser le secteur des hydrocarbures. C'est la première source de revenu des militaires birmans : c'est là qu'il faut imposer des sanctions !"