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Branle-bas de combat industriel dans la Marine

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PathMaster : un drone marin de surface avec son sonar principal remorqué. Il repère et détruit les mines marines trois fois plus vite qu’un Chasseur de mines
PathMaster : un drone marin de surface avec son sonar principal remorqué. Il repère et détruit les mines marines trois fois plus vite qu’un Chasseur de mines
- ©Thales

A l'heure ou la guerre "de haute intensité" fait un retour fracassant en Europe et où la marine chinoise produit l'équivalent de la totalité des bâtiments de la marine française en 4 ans, les Occidentaux, France en tête, tentent d'imaginer les solutions de défense du futur.

Le salon Euronaval qui ouvre ses portes ce mardi au Bourget est l'occasion de présenter les dernières innovations en matière de défense maritime."Il faut changer de logique" assénait ce lundi l'amiral Pierre Vandier, chef d'Etat-major de la Marine Nationale en ouverture du colloque "Naval & Maritime Defense" organisé par Euronaval et la Fondation pour la Recherche Stratégique.

Et l'amiral d'expliquer que, plutôt que de dimensionner une armée - ou une marine - fonction des exigences budgétaires du moment, puis de décider de ce que celle-ci pourrait faire, il est plus que temps d'identifier d'abord la menace pour ensuite dimensionner les forces en réponse. C'est de cette manière que se traduit l'aggiornamento du passage à une "économie de guerre" telle qu'énoncée lors du salon Eurosatory au début de l'été par Emmanuel Macron, chef des armées, et mis en musique depuis.

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Chroniques littorales
4 min

Pour les industriels de défense, la chose ne va pas de soi. S'il s'agit pour eux de se mettre au diapason, il s'agit également de mettre les bouchées doubles : de produire, d'entretenir et d'assurer la maintenance de matériels, jusqu'à très récemment dimensionnés pour une armée de temps de paix.

Mettre les bouchées doubles

A Brest , dans l'usine Thales située juste en face de la base des sous-marins de l'île Longue, on conçoit et construit les radars, sonars et autres drones utilisés par les équipages de la Marine. Certains matériels sont déjà produits à grande échelle comme ces sonars CAPTAS.

Sur leur chaine d'assemblage et de maintenance, six énormes engins attendent leur finition : 4 mètres de haut, 2 de larges, d'un poids dépassant les 2 tonnes, ils sont les instruments principaux de la chasse anti sous-marins, trainés en pleine eau par des bâtiments de surface. "A l'arrière de l'engin, nous avons quatre anneaux de céramique piézoélectrique" détaille Sandrine Heinis, experte en guerre sous-marine chez Thales. "Ils permettent l'émission d'une onde acoustique - un sonar actif qui émet un "Biiip". Et vous avez par ailleurs une antenne linéaire remorquée qui se déploie derrière, et qui fonctionne comme vos oreilles : elle va recevoir l'écho de toutes les cibles que l'onde acoustique aura rencontrées". Ces sonars CAPTAS sont un véritable succès commercial pour Thales. Ils équipent les frégates françaises FREMM, mais aussi les bâtiments d'une bonne douzaine de marines étrangères. Et même l'US Navy, la première marine du monde, vient juste d'en passer commande. Nantie de toutes celles-ci, Thales a de quoi voir venir.

Les Sonars CAPTAS « peuvent repérer un sous-marin à 150 km de distance », assure Sandrine Heinis, experte en guerre sous-marine chez Thales
Les Sonars CAPTAS « peuvent repérer un sous-marin à 150 km de distance », assure Sandrine Heinis, experte en guerre sous-marine chez Thales
- Dominique Leroux / Thales

Mais les commandes de matériels aussi sophistiqués, sont d'ordinaire de l'ordre de quelques unités à peine. Comme le PathMaster par exemple, un système développé par Thales à la demande des marines britannique et française. Il s'agit d'un système complet de guerre des mines, complètement automatisé : un drone de surface, qui ressemble à un petit bateau muni d'une grande antenne, et qui peut déployer sonars et drones sous-marins, en plus d'un robot manipulateur, pour repérer, inventorier et détruire tout un barrage de mines marines.

Le système est destiné à remplacer les embarcations de type chasseur de mines. "C'est le nouveau concept qu'on nous demande de mettre en œuvre", explique Guy Le Bihan, directeur technique "guerre des mines" chez Thales. Il faut "éviter d'avoir des hommes et des femmes sur les zones d'exercice dangereuses. Et typiquement, un chasseur de mines c'est une quarantaine de personnes à bord ; et bien dorénavant on veut éviter ça ; travailler plutôt à distance, avec seulement des drones de surface ou des drones sous-marin".

le poste de contrôle du PathMaster. Bourré d’applis et d’intelligence artificielle, il tient dans un container et peut être installé n’importe où : à terre comm
le poste de contrôle du PathMaster. Bourré d’applis et d’intelligence artificielle, il tient dans un container et peut être installé n’importe où : à terre comm
- Dominique Leroux / Thales

Le PathMaster a été acheté par les marines britannique et française (quatre unités chacune) mais les perspectives d'exportations sont réelles : "on a beaucoup de marchés "export" qui s'ouvrent parce que tout le monde est en train de passer à ces systèmes sans personne à bord ; et puis la flotte des chasseurs de mines va devenir obsolète d'ici cinq à dix ans", remarque encore Guy Le Bihan.

Tout l'enjeu pour les industriels de défense, c'est maintenant de tenir la cadence. "Les marines - et la Marine française en particulier - nous demandent d'accélérer sur 3 axes : la production – notamment celle des munitions - la mise à niveau des équipements, et le soutien : lorsqu'il y a une panne, des avaries, il faut qu'on puisse intervenir beaucoup plus vite. Et sur ces trois axes, Thales est en train de s'organiser pour répondre aux besoins de la Marine", promet Pierre Le Lourec, directeur du site Thales de Brest.

Tous les industriels de défense ont été ainsi sommés de répondre aux mêmes injonctions, ce qui veut dire mettre à niveau leurs matériels… en permanence.