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"C'est une sorte de drogue" : qu'est-ce que le Tsundoku, surnommé "syndrome de la pile à lire" ?

Photo d'illustration d'une pile de livres empilés sur un tapis.
Photo d'illustration d'une pile de livres empilés sur un tapis.
© Getty

Ce dimanche, se termine le Festival du livre à Paris. L'occasion de parler des auteurs mais aussi des lecteurs, notamment d'un type en particulier : ceux atteints du "syndrome de la pile à lire". Un phénomène qui pousse à accumuler les livres, parfois par dizaines, sans jamais les lire.

Devant le rayon histoire de la librairie Le comptoir des mots, dans le 20ème arrondissement de Paris, Fabrice ne sait pas encore avec combien de livres il va repartir. "Rien que dans mon salon, j’ai une dizaine de piles à lire, avec parfois une vingtaine de bouquins à l’intérieur… C’est une sorte de drogue, mais c’est vrai que je ne les lis jamais !", s’amuse ce chef de projet informatique. Il a acheté certains de ces ouvrages il y a plusieurs mois, mais ne les a jamais ouverts. Ce client habitué assume avoir le "Tsundoku", un terme japonais qui mélange "Tsunde-Oku", le fait d'accumuler des choses pour les utiliser plus tard, et "Doku-sho" qui signifie "livre." Un terme japonais né au 19ème siècle traduit aujourd’hui en français par "syndrome de la pile à lire."

"Ils ont un côté doudou"

Entre ceux qu’il lit pour le travail, et ceux qu’il achète pour son plaisir personnel, Maxime, le responsable de l’espace dédié aux bandes dessinées, estime de son côté avoir une cinquantaine de livres à lire. Ils s’accumulent ainsi "dans toutes les pièces de la maison, sauf dans la salle de bain." En attendant de les lire, il leur a trouvé une autre utilité : "On les empile, et on met une planche par-dessus, ce qui donne une table et on peut même poser des choses dessus."

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S’asseoir dans son canapé et contempler ses centaines d’ouvrages, Fabrice s’en réjouit : "Ils ont un côté doudou. Je préfère les avoir sous la main et être sûr de pouvoir les lire dès que j’en ai envie, plutôt que de ne plus jamais arriver à les trouver en magasin", argumente-t-il.

Au moment de passer à la caisse, Julie ne se préoccupe pas vraiment de son budget. Passionnée d’essais féministes et de bandes dessinées, la jeune femme se sent bien entre les livres. "Ça me rend joyeuse de savoir qu’il y a encore autant de choses à regarder et à apprendre. Je me dis qu’un jour j’aurai le temps de les lire", se rassure-t-elle

La lecture, "un exercice solitaire qui peut générer de l’angoisse et du vide"

De nombreux clients réguliers de cette librairie s’estiment victime de cette manie : "Je pense que c’est un syndrome qu’on a chez beaucoup de lecteur parce que l’on a une boulimie culturelle", analyse le responsable du rayon BD. Mais selon le psychologue Ruben Rabinovitch, c’est avant tout parce que les individus préfèrent passer du temps en collectif, qu’ils ne lisent pas les livres qu’ils achètent. "La lecture est un moment où nous sommes débranchés des autres, c’est un exercice solitaire qui peut générer de l’angoisse et du vide. Au contraire, quand on regarde une série, par exemple, on peut en parler avec les autres, la commenter et c’est rassurant", précise-t-il. Lire est pourtant un exercice solitaire qui permet de se reposer, continue le psychologue. Selon le Centre national du livre, en 2021, les Français ont lu en moyenne 18 livres.