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"Ça devient difficile de ne pas l'avoir" : en France, le taux de réussite exponentiel du baccalauréat

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Des lycéens découvrent leurs résultats au baccalauréat à Périgueux, le 6 juillet 2021.
Des lycéens découvrent leurs résultats au baccalauréat à Périgueux, le 6 juillet 2021.
© AFP - ROMAIN LONGIERAS / HANS LUCAS

Les lycéens vont découvrir ce mardi s'ils ont obtenu leur baccalauréat. Si beaucoup ont déjà une idée de leur note, très peu d'entre eux devraient redoubler. En 20 ans, le taux de réussite à cet examen a explosé, atteignant ces dernières années plus de 90%.

Les résultats du bac seront affichés aujourd'hui dans les lycées, à des horaires différents selon les académies. Pour la première fois cette année, les épreuves du nouveau bac ont toutes eu lieu quasiment normalement. Les résultats seront-ils aussi élevés qu'en 2020 et 2021 ? Ils avaient alors atteint des sommets, en raison du contrôle continu mis en place à cause de la pandémie. Toutefois, la tendance n'est pas nouvelle : depuis 20 ans, le taux de réussite au bac est exponentiel.

Près de 94% de réussite au bac en 2021

L'an dernier, le taux de réussite au bac a atteint près de 94% et même 97,5% en filière générale. Le record absolu est de 95% de reçus en 2020, toutes filières confondues. Durant cette année particulière, les épreuves n'avaient pas eu lieu en raison du Covid-19 et avaient été remplacées par le contrôle continu. Mais si l'on observe la courbe depuis 1995, on note que le taux de réussite a augmenté de 20 points ! On comptait seulement 75% d'admis en 1995. Depuis la hausse a été continue. En 2019, dernière année normale de l'ancien bac, le taux de réussite s'établissait à 88%.

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En pourcentage d'une génération, on est aujourd'hui à près de 84% de diplômés du bac. Alors que cette proportion a longtemps stagné entre 1995 et 2008 -à 60% environ, l'accélération est due principalement à la progression du nombre de bacheliers professionnels.

"Pour rater le bac, il faut vraiment faire des efforts !"

Pour les 709.399 candidats cette année, c'est donc la fin du suspense. Faux suspense pour la plupart puisqu'avec la réforme du baccalauréat, les élèves des filières générales et technologiques ont pu calculer en partie leur note, qui repose à 40% sur le contrôle continu. Les épreuves finales et le bac de français comptent pour 60%.

Les jurys de délibération, qui valident cette note finale, se sont tenus hier. Une professeur de philosophie, qui a fait partie d'un jury ayant examiné 270 dossiers, et qui souhaite rester anonyme, raconte : "Sur les 270, on n'en a pas un seul qui passe au rattrapage. Pour rater le bac, il faut vraiment faire des efforts ! Je dis cela parce que [par le passé - Ndlr] on a eu des notes catastrophiques, mais il suffisait de regarder un petit peu ce qui s'était passé pour se rendre compte que l'élève ne s'était pas présenté à deux épreuves ou bien avait eu 1/20 en mathématiques. Dans ce cas, il n'y avait pas de doute possible. Ce sont des élèves qui ont vraiment tout fait pour rater le bac", poursuit-elle.

Contrôle continu et remontées de notes

Pour les autres élèves, les notes sont exceptionnelles, selon cette enseignante : "La question n'est plus de savoir si on réussit le bac mais si on va avoir la mention très bien", explique-t-elle. "Des élèves qui auparavant auraient eu 12/20 de moyenne générale se retrouvent avec des moyennes oscillant entre 15 et 16. Et c'est devenu assez commun."

Deux explications sont avancées : d'abord le contrôle continu dans l'année, "qui vaut aux professeurs sous pression de faire enfler les notes", selon elle, mais aussi les notes des épreuves de spécialité, qui ont été remontées.

"Le bac est devenu une mascarade", regrette-t-elle encore, "que ça ne veut rien dire, le point n'a plus de valeur. Nous, on est là pour rajouter des points, des points du jury, qui sont des points de gentillesse. Comme dit le philosophe Foucault, le bac n'a de valeur que pour ceux qui ne l'ont pas."

Un risque de difficultés dans l'enseignement supérieur ?

La conférence des associations de professeurs spécialistes dénonce également une surestimation des copies des candidats, un bac dévalué. Christine Guimonnet, secrétaire de la conférence, s'inquiète de l'arrivée de ces bacheliers dans l'enseignement supérieur. Ils n'auront, selon elle, pas tous le niveau pour suivre. "Cela risque de fausser la sélection sur Parcoursup", renchérit la professeur de philosophie.

"Tout est basé sur une forme de mensonge. Ce n'est pas très honnête de la part des adultes que de faire croire aux candidats qu'ils ont un niveau exceptionnel. Ce n'est pas leur rendre service."