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"Ça empêchait les patients de se reposer" : en réa, le CHU de Rennes traque les alarmes intempestives

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Au CHU de Rennes, on tente de diminuer le nombre d'alarmes pour améliorer la prise en charge des patients.
Au CHU de Rennes, on tente de diminuer le nombre d'alarmes pour améliorer la prise en charge des patients.
- CHU de Rennes

Pour améliorer la prise en charge des patients et les conditions de travail des soignants en réanimation, le CHU de Rennes travaille à diminuer le nombre d'alarmes dont 70 à 80% ne sont pas pertinentes et dont le son est, au contraire, source de stress.

"Ah, là, c’est la sirène d’un respirateur. Vous m’excusez, je vais y aller !" Au CHU de Rennes, alors que nous sommes dans son service de réanimation médicale depuis plus d'un quart d'heure, c’est seulement sur cette alarme plus aigüe et plus longue que les autres que le docteur Adel Maamar a dressé l’oreille, regardé le scope au milieu des chambres et s’est précipité au chevet du patient désigné : "Celle-ci, c'est une alarme rouge, une alarme vitale, donc on va réagir vite. Mais par contre, il y a d'autres alarmes qui sont des alarmes dites techniques ou des alarmes dites jaunes, de niveau intermédiaire et sur lesquelles notre taux de réaction n’est pas aussi rapide que ça."

Mais le médecin revient, à peine deux minutes plus tard : "C’était une désaturation normale pendant le soin. Une autre alarme non-pertinente." Selon les études menées en services de réanimation, 70 à 80% des alarmes qui retentissent sont, comme celle-ci, non pertinentes. Souvent, pour des raisons très terre-à-terre, constate son collègue de réanimation chirurgicale, Yohann Launay : "Il y a des alarmes techniques quand il y a des mauvais positionnements des capteurs."

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Justement, une nouvelle alarme se déclenche et une aide-soignante se rend rapidement dans une chambre, avant de ressortir aussitôt : "Je pense qu'un capteur s’est déconnecté", analyse le médecin. C’est sans doute un défaut de contact. En général, c'est la surveillance de la fréquence cardiaque qui doit être mal collée, vous savez le petit patch qu'on met en place sur la poitrine du patient."

Un bruit de fond et un stress pour tout le monde

Ces alarmes intempestives créent des coupures dans la prise en charge des patients et un énorme stress pour tout le monde. C’est ce dont témoigne Nathanaël Mangeard, infirmier dans le service de réanimation depuis quinze ans. "J'ai toujours été très sensible au bruit en réanimation. J'ai travaillé longtemps la nuit et c'est quelque chose qui me touchait parce que ça empêchait les patients de se reposer. Et puis pour nous aussi, c'était un désagrément important. Ça nous arrivait même d'entendre les bruits en rentrant chez nous le soir avant de s'endormir. C'était vraiment un ressenti très désagréable."

Le docteur Adel Maamar insiste aussi sur le stress qui peut saisir les patients : "C'est hyper angoissant. D'abord pour les familles, qui sont dans une chambre et quand d'un coup, ça sonne, elles se demandent pourquoi on ne vient pas vite, alors qu'en fait, nous, on n'est pas inquiets", constate-t-il. "Mais c'est encore plus angoissant pour les patients. Pour ceux qui sont conscients, cela a un impact hyper fort. Je pense d’ailleurs que cela peut générer de véritables états de stress post-traumatique."

Pour les soignants aussi, ce bruit de fond est un problème. "Le risque, c'est qu'au bout d'un moment, on finisse par ne plus les entendre, ces alarmes, parce qu'elles font partie du décor", ajoute le docteur Maamar. "C'est comme d’habiter au bord du périphérique. L'objectif, c'est de revenir à une ambiance de bibliothèque."

Des alarmes personnalisées en fonction du patient

Pour retrouver cette sérénité, l'équipe de réanimation a travaillé avec Philips pour de meilleures pratiques, mais aussi pour des réglages plus fins des machines. "Il y a des seuils d'alarme qui sont mal réglés et qui se déclenchent alors que pour le patient dans sa situation, ce n'est pas forcément un problème", explique le docteur Launay.

Un problème qu’a bien saisi Stéphanie Bunel. La directrice conseil des transformations à l'entreprise Philips Health a accompagné les équipes pour de nouveaux réglages des seuils après avoir identifié les problèmes que causaient ces alarmes intempestives et les raisons pour lesquelles elles se déclenchaient. Aujourd’hui, elle se félicite : "L'important, c'est que les alarmes soient personnalisées au patient, à sa pathologie. Les seuils sont réglés au fur et à mesure qu’on apprécie mieux ses besoins.

"Désormais, les seuils sont différents dès l'admission, c'est-à-dire que le réglage par défaut ne sera pas le même si c’est une infection grave ou un traumatisme crânien ou une détresse respiratoire", renchérit le docteur Launay. "Ensuite, les seuils vont évoluer au cours de l'hospitalisation de façon à ce qui colle au mieux à l'évolution du patient."

Plus de sérénité

Les équipes de réanimation médicale et chirurgicale ont aussi travaillé à la formation des soignants afin, par exemple, que les capteurs soient bien positionnés pour ne pas engendrer d’alarmes intempestives. Et les bonnes pratiques se transmettent de soignant en soignant. Aujourd'hui, le nombre d'alarmes non-pertinentes a déjà baissé de 20 % et la sérénité de tous s'est améliorée. "Ça sonne moins, mais ça sonne mieux", constate le docteur Maamar. "Nathanaël, par exemple, va moins interrompre ses tâches, mais quand il va l'interrompre, ce sera de façon efficace et efficiente. Ce ne sera pas pour rien." Et il ajoute : "À partir du moment où on travaille sur la qualité de vie, on améliore la sécurité des soins avec des soignants qui sont mieux dans leur peau et qui sont mieux au travail. Donc ils font moins d'erreurs et ils assurent de meilleurs soins. Donc, en fait, tout cela permet d'améliorer la qualité de prise en charge des patients."

Le travail finalement ne fait que commencer et les équipes se veulent un exemple à suivre pour d’autres confrères. Stéphanie Bunel espère particulièrement exporter ces bonnes pratiques et ces nouveaux fonctionnements en réanimation pédiatrique et néonatale. "C’est un sujet très important dans les services de néonatalogie pour le développement des nourrissons", explique-t-elle. "Le bruit peut aussi avoir un impact très nuisible à leur développement."