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Carte blanche - "À ma mère" : Anne Parillaud rend un double hommage à sa maman

Carte blanche - Anne Parillaud rend un double hommage à sa maman qui vient de disparaître dans Boomerang
Carte blanche - Anne Parillaud rend un double hommage à sa maman qui vient de disparaître dans Boomerang
© Getty - Jamie Grill

L'actrice était l'invitée de "Boomerang". Au micro d'Augustin Trapenard, Anne Parillaud a souhaité rendre hommage à sa mère, qui vient de disparaitre, par la lecture d'un extrait de "De profundis" d'Oscar Wilde puis une lettre d'amour que son personnage lit à sa mère dans son nouveau livre "Les Abusés".

À l'occasion de la sortie de son livre Les Abusés chez Robert Laffont, l'actrice, célèbre pour son rôle de "Nikita" de Luc Besson (1990), est venue se confier sur le rôle essentiel que joue le cinéma dans sa vie, ce refuge dans lequel elle puise ses moyens d'existence, se cultive, se rencontre et se façonne elle-même, tout en convoitant et s'appuyant sur le regard de l'autre. Elle est également venue partager sa définition de l'amour, de l'écriture, de l'autre, de l'art

Avec beaucoup d'émotion, Anne Parillaud a souhaité lire un extrait de son tout dernier livre Les Abusés, un merveilleux moment où elle partage la lettre que lit son héroïne dans son livre à sa mère. Une lettre d'amour par laquelle la comédienne rend une nouvelle fois hommage à sa propre mère qui vient de disparaître :

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"À ma mère"

Maman. J’adore ce mot. J’aime l’entendre. J’aime le dire

Carte blanche - Anne Parillaud s'adresse à sa mère dans son dernier livre "Les abusés"

3 min

"Cinq lettres qui me bercent. J’aime le bruit qu’il fait, l’écho qu’il crée, l’onde de paradis qu’il émet. Un adoucissant pour vie calcaire. Un enchantement sans hiver. Il me bouleverse. M’attendrit autant qu’il m’attriste, sans que je comprenne ce qu’il éveille dans le sanctuaire qu’est mon être. Mystère que je n’ai pas cherché à percer. 

J’ai préféré nous protéger, me protéger du regret de ne pas avoir tout à fait la maman qu’il me fallait. J’ai préféré la rêver que d’entrevoir la réalité, et ainsi ne pas la dégrader de son titre de noblesse. 

J’aurais tellement souhaité lire une lettre de toi comme celle que je t’écris à travers les larmes. J’aurais tellement espéré ces paroles qui consolent. J’aurais tellement désiré que tu me portes dans ton cœur comme tu m’as portée dans ton ventre. J’aurais tellement aimé que tu m’aimes, plus tôt, plus fort, plus grand, plus comme une maman. 

Tout ça m’a manqué terriblement, et depuis très longtemps je t’attends. Même si je suis une grande, je reste une enfant qui s’ennuie de sa mère. Moi je crois que je suis née parce que je voulais être avec toi, être avec ma maman, tant j’ai besoin de ton amour. Du tien, de celui de mon père, de ceux de ma sœur, de mes frères. 

« La Mère » a toujours été pour moi quelque chose de sacré. Comment ne pas devenir folle en éprouvant le miracle de la maternité ? Si toutes les mères avaient la clairvoyance d’en prendre conscience, humilité, sagesse, mais surtout reconnaissance seraient de mise devant un tel prodige. Mais tel ne fut pas le cas pour toi ma maman. Ma naissance, sans être un événement malheureux, n’en fut probablement pas un heureux, et, de ce fait, ne le fut pas pour moi. 

Enfanter devrait être un pacte d’amour entre une mère et son enfant pour l’éternité. Je ne te juge pas. Je ne te jugerai jamais. Je crois sincèrement que tu as fait du mieux que tu pouvais avec ce que tu avais. Et je t’aime trop pour me permettre de te faire du mal, mais tu peux imaginer la souffrance provoquée par ta distance, voire ton absence. Mes proches pourraient en témoigner, et te révéler combien « la Mère », « ma Mère », est une composante essentielle de mon existence. 

Comment ils m’ont regardée, peinée et déséquilibrée, poursuivre tristement mon chemin. Dommage pour toi, dommage pour moi, tu t’es réveillée un peu tard, mais pas trop tard, car je n’ai jamais cessé d’y croire. Et j’ai trop faim pour daigner refuser le pain que l’on me donne, surtout quand il provient de celle qui m’a donné la vie. Retrouver sa mère, c’est comme retourner dans sa chair. C’est regagner la paix, la chaleur, le bonheur, l’amour. 

Alors aime-moi maman. Que je puisse prononcer sans souffrir ce mot que j’aime tant.

La comédienne a choisi également un extrait de De Profundis du romancier et poète Oscar Wilde. Un texte qui interroge l'amour, son apprentissage surtout et les questions infinies qu'il pose au quotidien. Il faut rappeler que l'écrivain écrit, à ce moment-là, une lettre à son amant, Lord Alfred Douglas, depuis le cachot de la prison de Reading où il est enfermé, début 1897. La comédienne se saisit de ce cri d'amour, qui résonne notamment dans son tout dernier livre, pour rendre un premier hommage à sa maman :

"Mais crois-tu vraiment que tu étais digne de l'amour que je te témoignais alors, ou que, pour un seul instant, je t'en ai cru digne ? 

Crois-tu vraiment qu'à une période quelconque de notre amitié tu fus digne de l'amour que je te témoignai, ou que, pour un seul instant, je t'en ai cru digne ? 

Je savais que tu ne l'étais point. Mais l'amour ne fait pas de trafic sur une place de marché et n'use pas de la balance du revendeur. 

Sa joie, tout comme celle de l'esprit, est de se sentir vivre. 

Le but de l'amour est d'aimer, ni plus ni moins

Tu étais mon ennemi, un ennemi tel qu'aucun homme n'en eut jamais. Je t'avais donné ma vie et, pour satisfaire les plus basses et les plus méprisables de toutes les passions humaines, la Haine, la Vanité et l'Avidité, tu l'as sacrifiée. 

En moins de trois ans, tu m'as entièrement ruiné à tous les points de vue. Pour mon propre bien, il ne me restait rien d'autre à faire que t'aimer. 

Si je me laissais aller à te haïr, je savais que, dans l'aride désert de l'existence qu'il m'a fallu traverser et que je traverse encore, chaque rocher perdrait son ombre, chaque palmier se flétrirait, chaque puits serait empoisonné à sa source. 

Commences-tu maintenant à comprendre un peu ? 

Ton imagination s'éveille-t-elle de la longue léthargie dans laquelle elle était plongée ? 

Tu sais déjà ce qu'est la haine. Commences-tu à entrevoir ce qu'est l'amour et ce qu'est la nature de l'amour ? Il n'est pas trop tard pour que tu l'apprennes, bien que, pour te l'apprendre, il m'ait sans doute fallu aller jusque dans une cellule de prison". 

Carte blanche : Anne Parillaud lit un extrait de "De Profundis" d'Oscar Wilde

1 min

Aller plus loin 

🎧  RÉÉCOUTER - Boomerang : Anne Parillaud à fleur de peau

LIRE - Anne Parillaud : Les abusés (Robert Laffont)

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