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CARTE BLANCHE - Amandine Gay : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" réflexion sur l'adoption

La réalisatrice, comédienne, sociologue et afroféministe française  Amandine Gay en mars 2021 à Paris
La réalisatrice, comédienne, sociologue et afroféministe française Amandine Gay en mars 2021 à Paris
© AFP - Bruno Coutier

Invitée de l'émission Boomerang à l'occasion de la sortie de son documentaire "Une histoire à soi", la réalisatrice, comédienne, sociologue et afroféministe a lu ce texte sur l'adoption. Un appel à inverser notre pensée de la gratitude dans cette pratique familiale révélatrice de notre passé colonial.

Amandine Gay lit un extrait de son essai Une poupée en chocolat qui paraîtra le 23 septembre :

"Jeter les bases d’une réflexion qui historicise et politise les transferts d’enfants et les politiques familiales de la France est la condition sine qua non pour révéler le pouvoir qui est exercé, d’abord sur les femmes esclavisées ou indigènes et leurs enfants métis, ensuite sur les femmes pauvres ou racisées du Sud et du Nord global et leurs enfants. 

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Les puissances colonisatrices ne s’y sont pas trompées, en investissant la question de l’enfance dès le XVIIe siècle

Insister sur le rôle de l’État dans la mise en place d’une politique de la famille permet ainsi d’inscrire l’adoption transnationale ou transraciale dans la logique universaliste et assimilationniste développée dans le cadre de l’histoire coloniale française. Ceci est le meilleur argument à opposer à la rhétorique de la gratitude. 

Les enfants sont une ressource, l’avenir d’un pays ou d’une communauté. L’argument civilisateur a été remplacé par l’argument humanitaire, la nécessité de gérer les enfants métis dans les colonies a fait place à celle de sauver des enfants de la misère dans les pays du Tiers-monde. 

Mais une constante demeure : les droits, le bien-être et l’équilibre affectif, mental et culturel des premières concernées (les mères de naissance et les enfants placés ou adoptés) sont systématiquement ignorés.

Les adoptées transraciales ou transnationales n’ont donc aucune gratitude à avoir envers leurs familles, et encore moins envers l’État français

Pour que nous intégrions vos familles, il a fallu que notre droit à devenir des adultes avec un passé, une histoire, une culture et une généalogie soit bafoué. 

Nous sommes les témoins vivantes des péchés de vos ancêtres, de leur complaisance et de leur absence d’empathie pour celles et ceux qui nous ressemblent.

Le travail n’a pas été fait de regarder ensemble cette histoire, de nous pencher sur l’abîme de la déshumanisation et du pillage et sur leurs conséquences, ici et là-bas. 

Pourtant je le sais et vous le savez aussi : je ne serais pas ici, née d’une Marocaine sans-papiers et d’un Martiniquais inconnu, si vos ancêtres n’étaient pas venus semer le chaos et la destruction chez les miens.

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Je n’aurais jamais atterri dans une famille blanche française de la campagne lyonnaise. Ce pays nous doit beaucoup ; nos familles doivent beaucoup à son histoire génocidaire, esclavagiste et coloniale. 

Ma mère l’avait bien compris, qui rembarrait les grossières personnes venues la féliciter pour sa « bonne action ». Dans l’adoption transraciale ou transnationale, la gratitude doit changer de camp."

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