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Carte blanche - Camille Kouchner : "Il est temps que la pierre se résolve à fleurir"

 Le lecteur restitue son humanité à l’auteur
Le lecteur restitue son humanité à l’auteur
© Getty - d3sign

Invitée de l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard à l'occasion de la sortie de l'édition de poche du livre "Familia grande", Camille Kouchner a lu un texte inédit sur la réception de son ouvrage sur l'inceste auprès des lecteurs.

Camille Kouchner : "Cette année, j’ai lu Emma, Elsa, Manon, Nathalie, Didier et tant de merveilleux auteurs.

Cette année, tant de gens ont écrit, tant de gens ont choisi, avec Duras, de « hurler sans bruit »

Invités à libérer la parole, ils ont, auprès de moi et par l’écriture, préféré se taire. Ils ont dit, en savourant la possibilité « de ne pas parler ».

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Avant cette année, j’avais évidemment réfléchi à l’acte d’écrire. Nourrie de la beauté des mots de Semprun, j’avais perçu que l’écriture ne serait, pour moi, ni « un jeu ni un enjeu » mais plutôt « une façon de se déprendre de soi en prenant sur soi ». 

Je voulais, par l’écriture mettre « au monde l’autre que l’on est toujours ». Machado m’ouvrait la voie. Je construisais mon chemin et tentais de m’en remettre à la « joie avant la volonté », comme je le faisais petite fille. Je choisissais de « devenir ce que je suis ».

Cette année, l’une de mes plus belles rencontres a commencé par ce mail 

« Chère Camille

En vous écrivant, j'ai souvent eu l'impression de marcher sur une longue plage de sable vert. Une plage d'un vert intense qui prolonge la lumière et retient le bruit…

Sans vraiment savoir pourquoi, et au risque de paraître un peu folle, cette impression, je voulais vous la partager. Peut-être parce que lire "les autres" permet finalement de donner une forme, un contour à ce qui ne fait pas sens chez soi, comme des mots-images... Comme des plages de sable vert. ».

Cette année, et en lisant ce mail, j’ai à nouveau réfléchi à l’acte d’écrire.

J’ai surtout mesuré ce que c’était qu’être lue.

Le lecteur restitue son humanité à l’auteur

Quel que soit l’endroit où il l’assigne, il le met en lien. En lisant à mon tour tous les récits qui m’étaient envoyés, j’ai su l’importance et la beauté des silences. Silence par la forme, silence dans le fond. Ceux que seule permet la littérature.

Je ne sais pas comment remercier chacun de tant de partage.

Juste peut être les inciter à écrire encore et encore, et, avec Paul Celan, leur dire : « Il est temps que la pierre se résolve à fleurir. Il est temps qu’à l’incessante absence de repos batte un cœur.. Il est temps que le temps advienne. Il est temps »."

ECOUTER | Camille Kouchner invitée de Boomerang