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CARTE BLANCHE - Edouard Louis lit un extrait de "Combats et métamorphoses d’une femme" Feat Woodkid

L'écrivain Edouard Louis vient de sortir son nouveau livre "Combats et métamorphoses d'une femme" (seuil)
L'écrivain Edouard Louis vient de sortir son nouveau livre "Combats et métamorphoses d'une femme" (seuil)
© AFP - Leonardo Cendamo / Leemage

L'écrivain, connu pour sa réflexion sur les mécanismes d'exclusion sociale, était l'invité de Boomerang à l'occasion de la sortie de son nouveau livre "Combats et métamorphoses d’une femme". Au micro d'Augustin Trapenard, pour sa carte blanche, il a lu un extrait de son roman sur fond d'une musique de Woodkid.

Ce qui a toujours compté à ses yeux, c'est de mettre sa plume au service des plus démunis et des plus précaires, tout en renvoyant ses messages universels à sa propre condition intérieure, celle de ses origines sociales. Dans Combats et métamorphoses d’une femme, l'auteur adresse un message à toutes les femmes qui, comme sa mère autrefois, peuvent aujourd'hui se sentir exclues et écrasées par les enjeux de la violence sociale générée par la société actuelle. Un livre par lequel il s'attache à extraire l'oppression sociale de son invisibilisation et invite les personnes qui en sont victimes à penser leur propre liberté, et trouver ainsi une nouvelle voie.

Pour sa carte blanche, Edouard Louis a choisi de lire un extrait de son roman "Combats et métamorphoses d'une femme" sur une musique composée spécialement par Woodkid : 

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La Carte blanche de Edouard Louis - Lecture d'un extrait de son roman "Combats et métamorphoses d'une femme" Feat Woodkid

2 min

"L'année où elle a voulu partir en vacances, elle est entrée dans la cuisine et elle nous a dit que sa décision était prise : on partirait. 

Elle avait vu une assistante sociale la veille. L'assistante lui avait expliqué qu'il existait des programmes de l'Etat pour les familles comme la nôtre et elle s'est mise à espérer. 

Elle a commencé à faire des allers-retours jusqu'au petit bâtiment où les services sociaux avaient leurs bureaux, à la lisière des champs.

Elle revenait tous les jours avec des piles de papiers sous les bras, des justificatifs et une énergie que je n'avais jamais vu en elle avant, ni dans son corps ni sur son visage. 

Elle posait les documents sur la table et elle les dépliait pour les montrer à mon père, mais il ne détachait pas son visage de la télévision. Il répondait que ça ne l'intéressait pas et elle restait là, immobile.

Elle demandait à mon père les documents administratifs qu'un jour, l'année d'avant, il avait tous rangés et triés, mais il disait, avec un léger sourire de cruauté sur le visage, qu'il ne savait plus où il les avait mis.

Alors elle attendait. Elle attendait qu'il soit parti au café pour fouiller les tiroirs. Elle ne se contentait pas de les ouvrir. Elle les extrayait de la structure du meuble et elle posait les petits caissons par terre. Elle s'asseyait sur le carrelage et elle sortait les piles de papiers une par une. Elle téléphonait, laissait des messages. Elle rappelait quand on ne lui répondait pas, elle traversait les rues, remplissait encore des formulaires. Jusqu'au jour où elle nous a dit que c'était fait. Elle avait gagné. Sa phrase a recouvert le bruit de la télévision : on part en vacances l'été prochain. Elle souriait.

Mon père a dit qu'il ne partirait pas avec nous, qu'il était mieux chez lui, mais rien de ce qu'il disait ne pouvait l'atteindre à ce stade.

Elle le méprisait maintenant grâce à sa victoire sur lui

Ce jour où elle nous a annoncé la nouvelle, la certitude du départ, elle m'a chuchoté, pour que mon père ne l'entende pas : je vais enfin être heureuse. 

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Aller plus loin 

🎧  RÉÉCOUTER - Boomerang : Edouard Louis au nom de la mère

LIRE - Edouard Louis : Combats et métamorphoses d'une femme (Seuil)

🎧  SUIVRE - Tous les entretiens d'Augustin Trapenard, du lundi au vendredi à 9h05  

▶︎▶︎▶︎ @BoomerangInte