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CARTE BLANCHE - Nine Antico : "Les garçons jouent encore au ballon, mais les filles leur bouffent du terrain"

Nine Antico à Angoulême en janvier 2020
Nine Antico à Angoulême en janvier 2020
© AFP - Joel Saget

A l'occasion de la sortie de son premier film "Playlist", l'auteur de BD était l'invitée de Boomerang avec Augustin Trapenard. Pour sa carte blanche, elle a lu une ode au féminisme et à la mixité sociale.

Nine Antico : 

"Combien de temps tu as passé à regarder les garçons jouer au ballon, faire du skate, faire les cons ? 

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Toi tu faisais quoi ? T’avais peut être envie de courir La question ne se posait même pas. Tu ne te le serais pas permis. Et tu n’y étais pas invitée. Puis il fallait rester concentrée pour ne pas se prendre un ballon en pleine gueule ou dans le ventre. C’était la façon, pour les garçons, joueurs de ballon, de nous intégrer, nous les filles qui nous serrions sur le côté. 

En grandissant, tu t’es rapprochée de l’objet du désir : les garçons avaient tellement d’histoires folles à raconter. Ils faisaient n’importe quoi, se mettaient dans tous leurs états, pouvaient dormir bourrés dans la rue, si ça leur disait. 

Tandis que toi, quand tu rentrais bourrée, tu te forçais à fixer un point invisible dans le métro pour ne pas loucher, ne pas être une proie, ne pas te faire violer. Sinon toi aussi t’aurais bien montré ton cul dans la rue et gueulé pour dire que tu existais.

Il faut apprendre à l’ouvrir, ne pas avoir peur de se tromper, de merder. S’autoriser à déplaire, ne pas faire l’unanimité, être forcément TROP « quelque chose » pour quelqu’un.

Ne pas choisir le chemin tracé. Refuser la fatalité, éjecter la conscience de notre classe. D’ailleurs, j’aimerais savoir où sont passées mes amies du 93, du collège et du lycée.

Pourquoi dans le milieu du dessin ou de l’audiovisuel, je suis une blanche parmi d’autres blancs .

Et what the fuck la mixité ! J’ai grandi avec, mais elle s’est barrée. Au loin, très loin de l’Art dont il a bien failli ne rester plus rien.

Un jour j’espère dire, Madame la Présidente. 

Je suis quand même contente car les garçons jouent encore au ballon. Mais les filles leur bouffent du terrain, avec leurs chattes et leur poings."