BD : Le Roman des Goscinny, la leçon de dessin de Catel

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Catel : Comment j'ai dessiné "Le Roman des Goscinny"

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Astérix, Lucky Luke, le grand vizir Iznogoud, le petit Nicolas, ces héros ont été scénarisés par René Goscinny. Il est aujourd'hui lui-même héros d'une bande dessinée signée Catel. La dessinatrice nous explique comment elle s'y est pris pour dessiner ce géant de la BD.

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Catel : "J’ai fait le portrait de René Goscinny avec des accessoires qui l’entourent qui sont ceux d’Astérix, son personnage fétiche. René Goscinny, je l’ai dessiné d’abord à partir de photos que sa fille Anne m’a fournies parce que j’ai dû dessiner René à toutes les époques de sa vie : depuis bébé jusqu’à sa mort à 51 ans en 1977. Donc il y a plusieurs René Goscinny. Là je vais faire homme, plutôt jeune homme. Il faut savoir que René Goscinny a souvent été dessiné parce qu’il a une tête très particulière, un visage très reconnaissable, presque une tête de héros de bande dessinée. Ça tombe bien. Je pouvais facilement en faire un héros de bande dessinée parce qu’il a une tête assez ronde. Il a des yeux très coquins, très malins, il a un nez pointu et une bouche rieuse d’autant plus rieuse qu’il avait cette particularité qui le distingue de tous : c’est ces fameuse petites fossettes qui le rendent tellement sympathique. Il le disait lui-même que bébé, tout bébé, il amusait tout le monde. Il attirait la sympathie de tout le monde parce qu’il avait ces petites fossettes, il avait une bonne bouille, « une bouille marrante » comme il disait. Je crois que cette bouille marrante, il l’a gardée toute sa vie. 

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Elle retranscrivait bien le fond de son âme. C’était quelqu’un qui dès son plus jeune âge à la maternelle disait que son but dans la vie était de se marrer et de faire marrer les autres. Et c’est ce qu’il a réussi à faire. Une belle ambition. En dépit de la vie difficile qu’il a eue, parce que sa vie n’a pas toujours été un long fleuve tranquille de bonheur et de réussite. Même si on connait ses héros de bande dessinée qui ont marqués mon enfance comme Astérix, Obélix, bien sûr ou Lucky Luke avec Morris ou aussi Le Petit Nicolas créé avec Sempé qui sont des personnages tellement drôles, tellement positifs, parfois poétiques, mais la vie de René n’a pas toujours été drôle, amusante et légère. Mais d’abord avant tout, moi le René que je dessine, c’est le René des années 1950/1960, début des années 1960, un homme rigolo, un homme heureux, en dépit d’une enfance relativement difficile puisque il est né à Paris, mais il vient d’une famille ukrainienne et polonaise qui a fuit les pogroms au début du siècle et qui s’est installée à Paris en France au début du XXème siècle. 

C’est son père qui a rencontré sa mère dans les années 1920. Anna Beresniak, sa mère venait d’une famille d’imprimeurs juifs et son père était ingénieur chimiste et ils sont partis très tôt avec leurs deux enfants : Claude, le grand frère de René, et René, né en 1926. Ils ont partis en Argentine, et donc René a passé son enfance à Buenos Aires, une enfance très heureuse, insouciante où il amusait les autres. Cette enfance s’est arrêtée brutalement quand il a eu 17 ans car son père en 1943 est mort d’une crise cardiaque, certainement en rapport avec les lettres qu’il recevait du reste de la famille restée en Europe en France en particulier, où les Beresniak écrivaient qu’on leur avait cousu l’étoile jaune sur leur veste, qu’ils ne comprenaient pas ce qu’il se passait, qu’ils vivaient un cauchemar. Les trois quart de la famille de René est partie dans les camps de concentration. 

Là, je lui fais un petit peu la cravate, parce qu’il était toujours très bien habillé. Il faut savoir que René Goscinny avait une classe incroyable. Il voulait toujours paraître élégant, distingué… Il avait une vraie élégance naturelle, et il avait cette conscience de devoir paraître toujours impeccablement l’œil pétillant, le nez pointu. Et là les fameuses fossettes, ce qui fait qu’on ne peut pas le confondre avec quelqu’un d’autre. Cette fossette qui le rend tellement sympathique, qui lui donne cet air coquin.

J’ai traité ma bande dessinée en deux couleurs. J’ai donné à René la couleur bleue, parce que c’est la couleur des photos que j’avais, enfin des photos d’époque, un peu bleuie, en monochrome, c’est-à-dire l’époque avant les années 1950/1960. Et dans ma bande dessinée, j’ai aussi fait figurer Anne, sa fille. Donc j’ai mis Anne dans la bande dessinée parce que j’ai fait un double portrait de René Goscinny et sa fille Anne. Et j’ai utilisé une couleur pour chacun : René, chez choisi le bleu, et pour Anne, le orange. Je vais montrer comment j’ai traité la couleur de René. On va faire une sorte de clair-obscur. 

Sa fille Anne m’a donné des interviews de son père. Plus de 1000 pages d’interviews que j’ai décryptées où il raconte de fil en aiguille, sa vie. J’ai passé mon temps à recomposer ses interviews à les enfiler comme des perles, pour en faire une histoire chronologique qui se suit. Ce qui fait que dans le livre, c’est sa propre histoire racontée par lui-meme. 

Son sens de l’humour, je pense que c’était quelque chose d’inné. Son papa avait visiblement beaucoup d’humour parce qu’un jour son père lui a demandé quel métier, il voudrait faire plus tard, et René qui avait cinq ans, lui a répondu : « moi, ce que je veux faire plus tard, c’est un métier rigolo ». Et son père a rigolé en disant : « Tu as bien raison, mon fils ! ». D’après René. Ce qu’il raconte aussi, c’est qu’il était extrêmement timide, extrêmement pudique et que l’humour lui servait dans sa manière de s’exprimer presque de défense. Il faisait aussi des dessins d’humour. Il a fait au moment de la guerre des dessins sur Hitler, sur Staline … Il disait là que c’était une défense, une manière de s’affirmer de se montrer de s’exprimer tout en restant dans son bureau un peu caché. Peut-être qu’autour de lui, je vais rajouter les symboles, les symboles qui font Astérix. 

Simplement le symbole du casque permet de comprendre que c’est Astérix. Alors Astérix, c’est aussi la gourde, la potion magique, c’est la petite épée aussi… Ce sont un petit peu les accessoires d’Astérix. Je trouve que ça va bien avec le personnage puisque ça le représente finalement totalement dans son sérieux et son côté loufoque. Et tellement drôle. Catel

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