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Cédric Jimenez : "Je ne veux pas que 'Bac Nord' serve la campagne pseudo sécuritaire de Zemmour et Le Pen"

Par
Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil.
Gilles Lellouche, Karim Leklou et François Civil.
- Jérôme Macé/Chifoumi Production

Depuis sa sortie le 18 août, le film est cité par de nombreux politiques. Éric Zemmour et Marine Le Pen le prennent en exemple, l’utilisent pour faire campagne et illustrer leurs propositions sécuritaires. De quoi ulcérer son réalisateur.

Cédric Jimenez a plusieurs fois imaginé communiquer et répondre directement, sans jamais le faire. À chaque fois, le réalisateur marseillais de Bac Nord a renoncé, "pour ne pas remettre une pièce dans la machine". Car depuis la sortie du film en salle mi-août, la candidate du Rassemblement national Marine Le Pen a plusieurs fois cité son film, pour étayer ses propositions en vue de la présidentielle. Le possible candidat Éric Zemmour a lui aussi fait des références. Échaudé, le réalisateur veut remettre les points sur les i, rappeler le sens de son film et sa juste interprétation. C’est lui qui a contacté France Inter, suite à un article paru il y a quelques jours.

Une mauvaise interprétation du film

"C’est de la pure récupération politique" s’indigne Cédric Jimenez_. "Un film reste un film, c’est une fiction qui raconte un fait divers bien particulier, ça ne raconte pas l’ensemble des quartiers nord."_ Le réalisateur confie ne pas avoir "bien vécu", "j’ai détesté" dit-il même, quand il a vu à plusieurs reprises son film cité par l’extrême droite.

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Cette situation est selon lui "représentative du vide politique" qui peut exister en ce début de campagne présidentielle, où certaines thématiques reviennent sans cesse, comme l’immigration et l'insécurité. "Si le seul argument de campagne c’est un film avec des acteurs, c’est ridicule, c’est dingue !" s’exclame Cédric Jimenez.

"Si un film devient un argument de campagne sur la sécurité, c’est déplorable."

Que ce soit le polémiste Éric Zemmour ou Marine le Pen qui parlent de son film, c’est la même chose. "Je ne réagis pas bien", raconte le réalisateur. "Moi je ne suis pas du tout d’accord avec eux, je ne veux pas être associé à eux. Ils ne représentent pas nos valeurs." Il poursuit : "Je ne veux pas que 'Bac Nord' serve leur campagne pseudo sécuritaire", puis ajoute : "Éric Zemmour prend le mauvais exemple, il interprète le film d’une mauvaise façon. Il n'a que ça à dire ? C’est aberrant. Ce monsieur n’est pas sérieux. Ils utilisent ce film pour dire des choses affreuses, avec lesquelles je suis plus que pas d’accord." Avec ces discours, c’est aussi une certaine image des quartiers nord qui se perpétue : "À force de tambouriner le message, les gens pensent que c’est vraiment comme ça dans les quartiers nord."

Un film tourné en 2019

Le réalisateur rappelle qu’il est né dans les quartiers nord, il a grandi là-bas. "Il y a une grande diversité et beaucoup de joie, j’ai de super souvenirs." Il insiste : "La cité ce n’est pas 'Bac Nord'. 'Bac Nord', c’est une affaire policière. Le film ne s’appelle pas quartier nord !" Pour lui, le long-métrage n'évoque pas les problèmes sécuritaires et d’immigration, mais le travail de la police : "la banlieue, c’est le contexte."

Cédric Jimenez précise également que son film est prêt depuis un an et qu’il a été tourné en 2019. "Il faut prendre du recul. Si le film était sorti il y a un an, je ne serais pas confronté à ça. Je n’allais pas attendre que la campagne se termine pour sortir le film. Je ne pense pas que le film soit un objet politique."

Au fond, il n’est pas dérangé par les réactions de la critique ou des spectateurs engendrés par le film, mais la récupération politique ne lui plaît pas :

"Quand on est candidat à la présidence de la République, on ne prend pas un film comme exemple. Ce n’est pas sérieux, on présente un programme. Surtout en mettant sur le film des valeurs qu'il ne représente pas."

Cédric Jimenez préfèrerait que les candidats présentent des vraies solutions. "Il faut au contraire ouvrir le dialogue social, former les flics pour plus de pédagogie, pour qu’ils soient prêt à communiquer avec les quartiers" conclue-t-il.

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