Publicité

Cent chercheurs de Montpellier s’engagent à ne plus prendre l’avion pour rallier Paris

Par
Avant la pandémie de Covid-19, une dizaine de vols reliaient quotidiennement l'aéroport de Montpellier (Hérault) et Paris
Avant la pandémie de Covid-19, une dizaine de vols reliaient quotidiennement l'aéroport de Montpellier (Hérault) et Paris
© Radio France - Romain Berchet

Pendant que les députés poursuivent leurs débats autour du projet de loi Climat, 100 chercheurs de Montpellier signent une tribune contre l’aérien afin de ne plus emprunter la navette vers Paris. Ils appellent à réfléchir aux impacts du développement de l'avion sur l'environnement.

Ils travaillent au CIRAD de Montpellier (le centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), au CNRS, à l'INRAE (l'Institut national de la recherche agronomique) : 100 chercheurs renoncent à utiliser la liaison aérienne entre l’Hérault et Paris. Une décision revendiquée dans le but "d’accélérer la mutation de la recherche vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement." Ils l'affirment haut et fort dans une tribune et appellent à une prise de conscience, en quelque sorte de l'impact, de l'aérien sur l'environnement.

4 min

L'avion plus polluant que le train

Ces chercheurs montpelliérains sont sans doute les plus à même pour évoquer les impacts du réchauffement climatique sur la Terre. Au travers de leur tribune, ils souhaitent ouvrir le débat sur la place de l’aérien en France. "Juste en parlant du CO2, le trajet Montpellier-Paris émet 45 fois plus de dioxyde de carbone en avion qu'en train, la liaison entre Marseille et Paris émet 53 fois plus de CO2 en avion qu'en train pour un trajet de durée équivalente, ou presque, en prenant en compte le temps d'accès et d'attente à l'aéroport", indique Pierre Ganault, docteur en écologie des sols. 

Publicité

"L'accroissement du transport aérien est principalement dû à un plus grand nombre de vols des plus aisés et non l'effet d'une démocratisation" (Tribune des 100 chercheurs montpelliérains)

Les liaisons entre Montpellier et Paris, avant la pandémie de Covid-19, étaient très fréquentes pour les chercheurs héraultais. "À l'Institut des Sciences de l'Évolution de Montpellier, un laboratoire de 250 personnes, il y avait plus d'une centaine d'aller-retour Montpellier-Paris par an (...), il y a en a eu probablement au moins 10 fois moins en 2020", souligne Abigail Fallot, chercheuse au CIRAD. 

Une question de génération ?

Les signataires de la tribune sont également d’accord sur un point : "Dans la recherche, les jeunes générations ont à la fois davantage conscience des conséquences de notre mobilité", affirme Pierre Ganault. Dans ce combat mené pour renforcer les alternatives au "tout-avion ou voiture", les chercheurs estiment qu’à court terme "privilégier l'utilisation du train aux vols nationaux nécessite un développement de l'offre du secteur ferroviaire", d’où la nécessité de réfléchir "améliorations possibles, par exemple de nouveaux horaires de trains, des tarifs en lien avec les empreintes environnementales ou une facilitation des enregistrements de bagages en gare et correspondances train-avion".

"L'intention n'est pas de culpabiliser nos collègues mais de discuter des possibilités de mieux faire" (Abigail Fallot)

Cette tribune est une sorte d’officialisation de ce qui est désormais une règle pour ces chercheurs. Les trajets "simples" se font "pratiquement systématiquement en train". Pour les autres collègues, Stanislas Rigal reconnaît qu’il y a une petite astuce, "ceux qui continuent de prendre l'avion, nous avons suggéré de proposer des réunions commençant à une heure qui leur permettent d'arriver en train"

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Ce doctorant en biologie de la conservation à l'Institut des sciences de l'évolution de Montpellier admet également que "la dégradation du service de la SNCF" n’aide pas à ancrer durablement le train dans les habitudes de ces professionnels. En effet, il y a moins de TGV qui desservent la gare Saint-Roch au centre ville au profit de la nouvelle gare construite à 6 kilomètres de là et reliée au cœur de ville par un bus.

Stopper les projets aéroportuaires

En réaction à cette tribune, le directeur de l’aéroport de Montpellier estimait dans les colonnes du quotidien régional Midi Libre que "c’est tendance de taper sur l’aérien". Les signataires de la tribune évoquent de leur côté un paradoxe "alors même que les injonctions à diminuer globalement nos émissions se font de plus en plus fortes", le secteur de l’aviation "a connu une forte croissance ces dernières années". Ils estiment "plus facile et rapide" de limiter les émissions de dioxyde de carbone dans l’aérien par rapport à d’autres secteurs comme l’agriculture.

"Ne pas réduire les émissions de CO2 dans l’aérien, c'est rendre plus intense et donc plus difficile la réduction pour les autres secteurs" (tribune des 100 chercheurs montpelliérains)

Les chercheurs du CIRAD ou encore du CNRS dénoncent une autre tendance, celle "d'agrandir les aéroports et d'augmenter les flux de passagers, et par conséquent les émissions de CO2". Ils rappellent que les enjeux de long terme sur les questions d’écologie ne doivent pas être ignorés, sinon "ils se rappelleront à nous avec des impacts énormes pour la société et la vie de chacun."