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Centrale de Zaporijjia bombardée : la Russie et l'Ukraine alertent sur un risque de catastrophe nucléaire

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Un militaire devant la centrale nucléaire de Zaporijia, le 1 mai 2022.
Un militaire devant la centrale nucléaire de Zaporijia, le 1 mai 2022.
© AFP - Andrey BORODULIN

Russes et Ukrainiens se rejettent la responsabilité du bombardement de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, à Zaporijjia. Le patron de l'agence nucléaire ukrainienne, et un ingénieur ukrainien qui a travaillé plusieurs mois sur le site, craignent une catastrophe nucléaire.

Sans qu'on sache pour l'instant si elles sont russes ou ukrainiennes, plusieurs roquettes de type Ouragan sont tombés ce week-end à proximité de la plus grande centrale nucléaire d'Europe, à Zaporijjia. Depuis mars, la centrale est tenue par la Russie. Cette centrale, la plus grande d'Europe, peut alimenter en électricité près de quatre millions de foyers.

Les deux belligérants s'accusent mutuellement de bombarder cette centrale située dans le sud de l'Ukraine, sans qu'aucune source indépendante ne puisse confirmer. Coté russe, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, pour qui le bombardement est le fait de l'Ukraine, "pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour une vaste zone, y compris pour le territoire européen". Coté ukrainien, le patron de l'agence nucléaire, et un ingénieur ukrainien qui a travaillé plusieurs mois sur le site et que France Inter a pu contacter craignent aussi une catastrophe nucléaire.

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Des containers très vulnérables

Le patron de l'agence nucléaire ukrainienne Energoatom, Petro Kotine, a appelé lundi à déloger les occupants russes et à créer une "zone démilitarisée" sur le site de la centrale.

Cette entreprise publique affirme que 174 containers de combustible nucléaire sont entreposés à l'air libre. "La situation de la centrale s'est sérieusement dégradée ces trois derniers jours. Ces containers sont très vulnérables, ils peuvent être touchés avec deux ou trois missiles seulement, ce qui peut provoquer une fuite radioactive dans l’air. La situation est très dangereuse", alerte Petro Kotin. Des informations jugées "de plus en plus alarmantes" par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).

"Un bouclier pour stocker les armes et munitions"

Petro Kotin en appelle à la communauté internationale pour qu'elle fasse "le nécessaire en vue d'un retrait des envahisseurs du secteur de la centrale et en vue de la création d'une zone démilitarisée". Il estime qu'une équipe de casques bleus devrait être envoyée sur place. Ce lundi matin, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a qualifié ces attaques contre la centrale nucléaire de "suicidaires". Elle avait déjà été la cible de frappes à la mi-juillet. Dans le même temps, quatre nouveaux cargos chargés de céréales ont quitté des ports ukrainiens ce dimanche.

La centrale de Zaporijjia est située au sud-est du pays.
La centrale de Zaporijjia est située au sud-est du pays.
© AFP - VINCENT LEFAI, SABRINA BLANCHARD, KENAN AUGEARD

"Une catastrophe nucléaire s'ils n'avaient pas été précis"

Une inquiétude partagée par Olexsandr, un ingénieur à qui France Inter a pu parler, qui a travaillé pendant quatre mois sur ce site. "Quand les Ukrainiens ont commencé à les cibler, les Russes ont utilisé la centrale comme bouclier pour stocker les armes et les munitions. Il les ont mises dans les blocs 1 et 2. Sur notre site il y a des sites de combustibles nucléaires usés et samedi soir, l'armée russe a frappé à côté. S'ils n'avaient pas été précis, ç'aurait été une catastrophe nucléaire", détaille sur France Inter celui qui ne se trouve plus sur place. Même si la centrale reste sous contrôle russe, ce sont toujours les employés ukrainiens d'Energoatom qui la font fonctionner.

Aucune "élévation du niveau de radioactivité" pour l'instant

Pour l'instant "aucune élévation du niveau de réactivité n'a été constatée à ce stade", indique par ailleurs à France Inter un cadre de l'institut francais de radioprotection et de sureté nucléaire (ISRN)... Les experts de toute l'Europe restent en veille et l'IRSN doit publier une note sur la centrale de Zaporijia dans les prochaines heures.