Publicité

"Changer : méthode" - Edouard Louis "plus littéraire que jamais" d'après le "Masque & la Plume"

L'écrivain Edouard Louis salué à l'unanimité par les critiques du Masque & la Plume pour son nouveau roman "Changer : méthode" (Seuil)
L'écrivain Edouard Louis salué à l'unanimité par les critiques du Masque & la Plume pour son nouveau roman "Changer : méthode" (Seuil)
© Maxppp - Le Parisien

Dans son nouveau récit, l'auteur d'"En finir avec Eddy Bellegueule" et de "Qui a tué mon père ?" exprime, dans un style plus romanesque, comment il a pris sa revanche sur son passé, comment les rencontres et les hasards de la vie l'ont conduit à effectuer un retour sur lui-même. Un livre qui a passionné "Le Masque" !

Le livre présenté par Jérôme Garcin

À partir de cette question, "Comment est-ce que je pouvais prendre ma revanche sur mon passé et par quels moyens ?", Edouard Louis raconte ses métamorphoses successives de transfuge de classe, le garçon défavorisé d'un village picard, le lycéen d'Amiens, ses débuts balzaciens à Paris jusqu'à l'écrivain à succès d'aujourd'hui. 

Un livre qui est augmenté de petites photos en noir et blanc, des photos personnelles, dans lequel il paie sa dette à celles et ceux qui l'ont aidé, de son amie d'autrefois, Héléna, qui l'a initié à tout, à la musique, à la littérature et qui occupe une grande part du livre jusqu'au philosophe Didier Eribon, l'auteur du "Retour à Reims", sur lequel il écrit vraiment comme s'il parlait d'un maître : "J'absorbais la plus anecdotique de ses phrases, le moindre de ses mouvements". 

Publicité

Dans l'épilogue, où il dit avoir parcouru la planète avec ses livres, gagné beaucoup d'argent, acheté un appartement à Paris, il a soudain ce mot absolument surprenant : "J'écris parce que je crois que je voudrais retourner en arrière. Je ne suis pas nostalgique de la pauvreté, mais des odeurs et des images". 

Olivia de Lamberterie applaudit "un livre bouleversant et renversant"

OdL : "Ces pages sont absolument sublimes, presque "modianesques", d'où la volonté de retourner en arrière pour vivre de manière vivable ce qui ne l'était pas hier. 

L'ironie du titre est trompeuse, comme s'il se moquait des manuels de développement personnel, parce que c'est un livre qui, s'il est habité par la violence de ce qu'il a vécu, est très tendre, très triste et très mélancolique. 

C'est la première fois qu'il touche aussi bien à ce qu'est la littérature

Il ne se contente pas de raconter sa transformation. Il raconte comment les autres l'ont vécue et, pour la première fois, il se met à la place des autres, notamment de ses parents, en se demandant ce qu'eux ont pensé et comment ils ont vécu cette transformation. Pour cela, il fait surgir des images qu'il avait enfouies car tout occupé à la volonté de faire rendre gorge et de se construire contre. 

Puis, tout d'un coup, il raconte comment sa mère lui demandait des photocopies de ses bulletins scolaires et allait les montrer dans le village aux femmes qui l'avaient humiliée, là, je n'ai plus de mots tellement je trouve que c'est bouleversant. La manière dont il raconte aussi à sa mère qu'il a changé de nom, qu'elle se moque de lui, et lui se dit que peut-être elle était affreusement blessée parce que ce nom qu'elle avait choisi, il l'avait changé. 

Ce livre est vraiment renversant. Il va avoir 29 ans. Il est tellement jeune.

Arnaud Viviant salue sa manière de "raconter la même chose en changeant systématiquement de version"

AV : "De toute évidence, il y a un côté Picard chez Edouard Louis, mais au sens surgelé du terme. Une nouvelle fois, il nous raconte son enfance, mais la manière dont il le fait est intéressante. À un moment, il y a une note en bas de page pour expliquer que "c'est une autre facette de la vérité". Je pense que, s'il continue, sa vérité aura au moins six faces et ça fera un cube. Surtout, les choses arrivent toujours presque par hasard. Il prône souvent la coïncidence. 

À chaque fois, il y a quelque chose d'un peu filou, qui consiste à raconter sans cesse la même chose en changeant de version. C'est ce qui finit par me plaire

Ce qui m'a le plus intéressé, c'est la manière dont il parle de l'homosexualité. À un moment, il dit qu'en faisant l'amour avec un homme, il a rejeté toutes les valeurs de son milieu, et est devenu un bourgeois. 

Il livre une vision tout à fait étonnante de l'homosexualité qui devient, sous sa plume, une valeur bourgeoise. C'est une vision de l'homosexualité presque neuve. Personne n'avait osé parler de l'homosexualité comme d'une valeur bourgeoise". 

Pour Elisabeth Philippe "c'est un livre absolument passionnant où l'auteur se confie et se fait plus écrivain que jamais !"

EP : "Je l'ai lu comme ces peintres qui reviennent sur une partie du tableau pour le modifier ou cacher quelque chose qui ne leur plaît pas. Certes, il y a des redondances avec ce qu'on a déjà lu de lui, notamment avec "Eddy Bellegueule". C'est comme s'il avait d'abord dû régler ses comptes avec son milieu pour s'assumer. Il avoue ses fautes, ses trahisons. Il fait son "odyssée de transfuge", qui passe par la transformation du corps pour intégrer un nouveau corps social. 

C'est absolument passionnant. Il se livre comme il ne s'est jamais livré !

Il explique comment il a dû trahir sa famille ; comment il s'est prostitué. Quand il explique qu'il n'a jamais rêvé devenir réellement écrivain, mais devenir célèbre, c'est pour un écrivain, je pense, un des aveux les plus durs à faire. 

Paradoxalement, c'est peut-être avec ce livre qu'il est le plus écrivain. Il y a ce passage où il raconte un peu son dédoublement, où il écrit à la troisième personne et c'est presque "durassien". 

Il est plus littéraire qu'il ne l'a jamais été

Patricia Martin touchée par "un Edouard Louis édifiant et beaucoup plus mature qu'auparavant"

PM : "Ce qui est très fort chez lui, et qui m'a souvent un peu énervée dans ses livres, c'est qu'il reprend mais ne répète jamais, c'est formidable… 

Il a pris du recul, de la hauteur. Il a probablement mûri. Ce qu'il raconte est implacable sur le plan social. On sent le disciple de Pierre Bourdieu, mais le mépris de classe est partout et en même temps implicite. Les photos sont tout à fait édifiantes. 

Cette double nature entre le pauvre et le bourgeois est presque impossible à tenir. Il y a vraiment des stigmates de la pauvreté qu'il met en lumière d'une manière incroyable. On voit bien que c'est difficile pour lui de ne pas se trahir tout en étant un autre. Il n'élude rien, ni ses faiblesses, ni ses errances".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"Changer : méthode" d’Edouard Louis

10 min

📖 LIRE - Edouard Louis : "Changer : méthode" (Seuil)

► LIVRE OUVERT | D'autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre