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Chiens battus ou abandonnés : une policière forme ses collègues à la détection de cas de maltraitance animale

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Les associations estiment que 100.000 animaux sont abandonnés chaque année en France
Les associations estiment que 100.000 animaux sont abandonnés chaque année en France
© AFP - FRED TANNEAU

Ce samedi 25 juin 2022 est la journée de lutte contre les abandons d'animaux, considérés comme une forme de maltraitance. Rencontre avec une policière qui a, avec son association, formé plus de 3 000 de ses collègues à la défense du bien-être animal.

"Nous sommes partis du constat que les forces de l'ordre ne sont pas formées à la lutte contre la maltraitance animale et le traitement des infractions". Céline Gardel, capitaine de police, présidente de l'association "Les 4 pattounes", a donc décidé de remédier à ce qu'elle considérait comme une lacune. Il y a un an et demi, elle décide de mettre elle-même en place une formation pour sensibiliser policiers, gendarmes, mais aussi pompiers et magistrats à la cause animale. Et, notamment, repérer les cas de maltraitance.

Souvent, ce sont des témoins qui appellent pour signaler un animal décharné, ou un chien qui ne cesse d'aboyer. Céline Gardel invite alors ses collègues à vérifier l'attitude de l'animal, s'il se montre peureux, porte des marques physiques de mauvais traitements. Mais également les papiers nécessaires, si l'animal bénéficie de conditions de vie appropriées, et…"si le propriétaire a des croquettes chez lui, ce qui n'est pas toujours le cas".

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"Concomitant à des violences intrafamiliales"

A cela s'ajoutent les conseils de comportement, en présence d'un chien : "Ne pas se mettre entre le chien et le maître puisque l'animal n'a plus de visu sur son propriétaire et, comme il est là pour le défendre, peut vriller. Ne pas le fixer droit dans les yeux mais, à la fois, il faut qu'il qui nous voie, les lunettes de soleil sont donc à proscrire. Le fait aussi, bien sûr, de ne pas y aller en criant, demander tout simplement à la personne le prénom du chien".

Cette formation est plutôt bien accueillie, selon la policière, qui explique à ses collègues les plus réticents que lutter contre le délit de maltraitance animale fait aussi partie de leurs missions. D'autant que, derrière, peuvent se cacher d'autres faits : "C'est souvent concomitant à des violences intrafamiliales. La violence, est malheureusement, un mode de fonctionnement et de communication particulier. Quand les enfants ou la femme prennent, l'animal a souvent pris avant. C'est également souvent concomitant avec des stups : les chiens de catégorie, les malinois, sont parfois là pour garder des stupéfiants. Cela nous intéresse donc aussi de croiser ces infractions-là".

Mais pas besoin d'en arriver-là pour que la justice soit saisie : depuis décembre 2021, la loi punit de jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende le fait de commettre des actes de maltraitance sur un animal, y compris en cas d'abandon.

Abandon

Souvent, ce sont des voisins qui signalent les aboiements incessants d'un chien. Car l'idée de l'animal abandonné sur une aire d'autoroute tient du stéréotype. "Il y a peu de temps, nous sommes intervenus dans un appartement dans lequel il y avait deux chiens laissés respectivement chacun dans une cage grillagée avec un cadenas. Les éléments constitutifs de l'abandon ont été rapidement identifiés : nous avons fait une enquête de voisinage, les gens avaient déménagé depuis sept jours. Les animaux étaient donc délaissés et personne ne subvenait à leurs besoins vitaux".

"Nous avons les moyens, dans le cadre de ce délit, de procéder à une ouverture de portes pour soustraire les animaux d'une mort certaine", précise Céline Gardel. Mais avant toute intervention, rappelle la policière, il est nécessaire de vérifier que l'animal est réellement livré à lui-même pour une longue durée : "Si quelqu'un passe donner à manger et à boire à l'animal, l'abandon n'est pas constitué"

L'association "Les 4 pattounes" va diffuser, ce dimanche 26 juin, une nouvelle formation en ligne. Sa sensibilisation sera, par ailleurs, proposée dans les écoles de gardiens de la paix à la rentrée. Céline Gardel espère ainsi toucher, via ce module de 8h, 5 000 futurs policiers chaque année. Des interventions qu'elle mène avec le procureur de Saint-Gaudens, une avocate, une vétérinaire, un gendarme, et un collègue policier.

"Je dis ça avec un petit peu d'humour, mais quand on voit un pompier qui sauve un chaton, ça fait la Une. Sur les réseaux sociaux, ça tourne pendant trois semaines, alors que je me dis que, parfois on a des interventions très dures et qui sont moins gratifiantes aux yeux de la population", note la capitaine de police.