Publicité

Cinéma - "The Father" de Florian Zeller divise les critiques du Masque & la Plume

Photo extraite du film "The Father" de Florian Zeller avec Olivia Colman et Anthony Hopkins
Photo extraite du film "The Father" de Florian Zeller avec Olivia Colman et Anthony Hopkins
© AFP - 7E ART / FILM4 / PHOTO12

Pour son premier film, le dramaturge et metteur en scène français Florian Zeller aux deux Oscars met en scène Anthony Hopkins, qui incarne un homme de 81 ans en pleine dégénérescence mentale, perdant peu à peu le contrôle de son esprit, aux côtés de sa fille (Olivia Colman). Un bilan contrasté des critiques du Masque.

Le film présenté par Jérôme Garcin

C'est l'adaptation en anglais de la pièce Le père, qui avait été créée en 2012, au Théâtre Hébertot, avec l'immense Robert Hirsch dans le rôle titre, qui était vraiment déjà un très grand comédien et qui l'a jouée plus de 300 fois. Il a porté cette pièce à ses débuts, jusqu'au bout. 

Le rôle d'un homme veuf frappé par la maladie d'Alzheimer, à la fois colérique, désemparé, qui perd peu à peu la raison, la mémoire, retombe en enfance sous le regard de sa fille, interprétée par Olivia Colman. Le propre de la pièce comme du film qui est déplacé de Paris à Londres, c'est que le spectateur est en même temps dans la tête très confuse du père et dans celle de sa fille, d'où les quiproquos et notre sentiment d'être sans cesse entre le vrai et le faux, entre le cauchemar et la réalité. 

Publicité

Cette pièce, Philippe Le Guay l'avait portée à l'écran déjà dans "Floride", avec Jean Rochefort, dont c'était d'ailleurs le dernier rôle au cinéma, en 2015. Florian Zeller s'y est lui-même collé. Un film d'1h37. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Charlotte Lipinska bluffée par les usages cinématographiques inédits du film

"Souvent, quand il y a des adaptations de pièces de théâtre au cinéma, le réalisateur, dans son adaptation, s'efforce d'écrire des scènes en extérieur pour justifier la transposition au cinéma. Là, ce n'est pas du tout le cas, Zeller assume complètement le huis clos de son film. On reste enfermé, à part quelques plans extrêmement furtifs, on est véritablement enfermés dans cet appartement. 

Florian Zeller utilise tous les outils du cinéma pour nous faire plonger dans ce chaos mental du personnage.

Par des effets de montage, de narration, où les scènes se répètent sans être tout à fait exactement les mêmes, par un décor qui est identique et qui, en même temps, a des légères modifications, par des jeux de lumières, de décoration, d'objets qui sont déplacés, tous ces outils-là du cinéma, voire même de genre, puisqu'il y a des pistes un peu de thriller, qui sont esquissés au début du film, nous font plonger véritablement dans la tête de ce pauvre monsieur qui perd les pédales. 

On est tous aussi perdus et désarmés que lui. Le film, à mon sens, s'apprécie si on accepte au bout d'un moment d'arrêter de vouloir tout comprendre.

On est toujours, en tant que spectateur, à vouloir être un peu plus malin que le metteur en scène et à vouloir anticiper les réactions des personnages. Là, c'est vain et je trouve ça très intéressant. 

Une fois le film terminé, si on remet toutes les pièces du puzzle ensemble, il y a toujours un truc qui cloche, ça ne fonctionne jamais. 

L'état de confusion, on le ressent véritablement. Après, effectivement, Anthony Hopkins est dément. C'est un rôle génial pour lui.

On l'a toujours vu dans des rôles d'hommes puissants, tout le temps dans le contrôle, dans l'ambivalence, et le voir dans cet état de faiblesse et d'extrême vulnérabilité, c'est très surprenant, même pour nous, en tant que spectateur. Moi, je ne l'avais jamais vu dans un rôle comme ça et rien que pour ça, ça vaut vraiment le coup".

Eric Neuhoff l'a vu trois fois : ce film est tout ce qu'il aime !

"Je peux vous dire qu'il fait moins le malin Hannibal Lecter là-dedans ! (rires) Il est joué par Anthony Hopkins et on voit que c'est le rôle à Oscar et il en profite au maximum. 

J'ai vu le film trois fois.

Le film est tellement troublant, bourré de trouvailles purement cinématographiques, qu'on se demande si les morceaux vont s'imbriquer. Parce qu'on est vraiment dans le labyrinthe qu'est la tête du personnage de ce vieux malade, presque sénile. Et ça ne s'emboîte jamais tout à fait. Je trouve ça très, très fort. De même qu'il a trouvé un tas de petits détails de changements de décor, de tableaux qui disparaissent, et il montre qu'on est censé avoir perdu nos sens. 

Tout est pas mal. Et cette idée de faire jouer les personnages par des acteurs différents, on est aussi paumé que le père en question et le film est d'une élégance. L'appartement rappelle celui de "Carnage", de Roman Polanski (2011). 

Et c'est peut-être lui aussi le personnage principal, cet appartement. Il n'est pas idiot du tout Florian Zeller parce qu'il a demandé à Christopher Hampton d'adapter la pièce qu'il avait déjà traduite en scénario. Il a pris Yorgos Lanthimos comme opérateur, qui n'est pas un manchot non plus. Cette modestie lui a réussi". 

Le film est très troublant, très bouleversant, très intelligent, juste, cruel et tendre. C'est tout ce que j'aime.

Xavier Leherpeur regrette un film qui, à vouloir être parfait, devient trop mécanique, théorique et frénétique…"

"C'est le genre de film où j'ai l'impression d'être assis à côté du metteur en scène qui commence déjà à faire le commentaire qu'on trouvera dans le DVD… Regardez comme mon travelling est précis ! Regardez comme mon changement de vue a du sens ! Regardez comment ma modification de lumière va vouloir tirer quelque chose ! Regardez comme c'est extrêmement maîtrisé ! … Le metteur en scène dérive avec son double décimètre, son équerre, son compas, à vouloir absolument bien respecter les règles. 

Sauf que ça devient rapidement et totalement artificiel, voire factice… 

Ce n'est pas la peine de voir le film trois fois pour comprendre qu'on était dans le mental de cet homme… On sait où est-ce que ça va se terminer. Ça signifie qu'on n'est plus du tout dans l'émotion de la pièce ni de la dramaturgie. 

Moi, personnellement, je regarde ça comme une espèce de metteur en scène brillant, mais qui en tant que enfant du théâtre, Zeller veut absolument montrer qu'il fait du cinéma. 

C'est un petit peu frénétique. Il en rajoute tout le temps, et là où, généralement, il ne faut pas… 

Olivia Colman d'ailleurs est absolument magnifique, les compliments sont allés à juste titre, aussi à Anthony Hopkins. Mais, franchement, je trouve ça extrêmement mécanique avec certes, de temps en temps, des moments d'incarnation sublimes, mais qui n'enlèvent rien au côté très théorique du film". 

Pour Camille Nevers "c'est comme du John Carpenter raté… Très sage et sans folies…"

"C'est un film confiné qui sort en salle. On est ravi mais, franchement, on préfèrerait rester confiné vu les films qui sortent en salles en ce moment, c'est un peu l'enfer. Je suis très désespérée, rien ne me plaît. Et ce film-là, encore moins que Falling qui, finalement, s'en tire plutôt mieux. 

Il n'y a pas vraiment d'enjeu puisqu'on est dans la tête de ce monsieur qui est en pleine dégénérescence mentale. 

Le film me paraît être un peu comme du John Carpenter raté, l'antre de la folie. On est dans la tête de quelqu'un et puis, l'espace change au fur et à mesure, et ça manque un tout petit peu de folie… 

Quitte à faire un premier film, autant risquer des choses. Là, c'est vraiment pour plaire, pour avoir l'Oscar. Mais rien ne dépasse, c'est très sage et très douillet..

Le film

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"The Father" de Florian Zeller

8 min

► Retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Toutes les autres critiques de films du Masque et la Plume sont à retrouver ici