Publicité

Cinq courbes qui montrent que l'on va vivre le plus risqué des trois déconfinements

Par
Jean Castex et Olivier Véran lors de leur conférence de presse du 22 avril dernier
Jean Castex et Olivier Véran lors de leur conférence de presse du 22 avril dernier
© AFP - Xose Bouzas / Hans Lucas

Alors que le gouvernement prévoit ce lundi la réouverture progressive des écoles, suivie de la levée des restrictions de déplacement la semaine suivante, les chiffres montrent que depuis le début de l'épidémie, on n'a jamais déconfiné avec autant d'incertitudes sur l'évolution de la situation.

Avec la rentrée des classes qui a lieu ce lundi, c'est une nouvelle étape pour le projet de levée progressive des restrictions décidées par Emmanuel Macron fin mars. Jean Castex a confirmé vouloir mettre fin au confinement une semaine plus tard, le 3 mai, et envisage toujours une première vague de réouvertures (commerces, lieux culturels) mi-mai.

Un horizon très proche, mais où le gouvernement espère que la situation épidémique se sera largement arrangée. "Le pic de cette troisième vague semble être derrière nous", assurait ainsi jeudi dernier le Premier ministre. Mais au vu des chiffres, tout est dans le "semble".

Publicité

Des indicateurs bien moins clairs que pour le confinement précédent

Si l'on observe le taux d'incidence, par exemple (le nombre de cas en une semaine pour 100.000 habitants), on ne voit pour l'instant qu'une amorce de baisse. Au 21 avril, il était de 319,7, contre 409,7 au début des nouvelles restrictions, le 4 avril. Or ce niveau avait déjà atteint quelques jours plus tôt, le 5 avril (il était alors de 336,2), avant une remontée à son niveau initial du 4. Impossible de dire avec certitude si la baisse actuelle sera ou non suivie d'une telle remontée.

C'est ce que l'on peut constater sur ce graphique, avec en rouge les périodes de confinement (le premier confinement n'y apparaît pas, puisque les tests Covid n'ont commencé qu'après sa fin le 11 mai) :

À titre de comparaison, une semaine avant le déconfinement du mois de novembre 2020, cela faisait trois semaines que le taux d'incidence dégringolait (de près de 500 le 1er novembre, il avait été divisé par deux le 18). On était alors certains que l'épidémie reculait sur le long terme : aujourd'hui, c'est loin d'être le cas.

En s'intéressant au taux de positivité (le nombre de tests Covid positifs chaque jour par rapport aux nombre de tests réalisés), on constate même qu'il n'y a eu aucune baisse en 20 derniers jours : il est passé de 7,36 % le 4 avril à 9,6 % le 21.

Cet indicateur est toutefois à prendre avec prudence : les vacances scolaires ont sans doute eu pour effet une baisse du nombre de tests, et donc mécaniquement une hausse du taux de tests positifs.

Contrairement aux deux déconfinements précédents, les hôpitaux sont toujours dans le rouge

Les chiffres dans les hôpitaux ne sont pas très rassurants non plus. La fin du premier puis du deuxième déconfinement avait été décidée à un moment où la situation y était nettement moins tendue. Cette fois, on peut analyser le contexte des trois déconfinements : lors du premier, on était passé de 3.578 à 609 nouvelles hospitalisations par jour entre le pic de la vague et le 11 mai ; lors du second, de 2.846 à 1.456.

En revanche, pour initier le troisième déconfinement, le gouvernement n'a pas attendu une telle baisse des hospitalisations quotidiennes. Le 24 avril, on était encore à 1.836 nouveaux patients par jour (en moyenne sur sept jours). Soit à peine moins que le 13 avril, où l'on en comptait 2.148. Des chiffres presque identiques à ceux du début des mesures de restrictions le 4 avril, où les hôpitaux voyaient arriver 1.995 patients chaque jour en moyenne. Pour annoncer ce troisième déconfinement, on n'a donc pas attendu, comme pour les précédents, que les hôpitaux ne soient plus surchargés.

Même constat pour les entrées en réanimation, donc les cas les plus graves. Entre le 4 et le 24 avril, on en a compté entre 435 et 495, un plateau qui, a priori, ne devrait pas baisser tout de suite puisque les hospitalisations et entrées en réanimation sont liées mécaniquement au nombre de cas positifs, avec un décalage d'une semaine à 15 jours.

Enfin, le gouvernement semble aussi avoir renoncé à attendre une embellie du côté du nombre de morts que fait chaque jour le Covid-19. Un chiffre qui, lui non plus, n'a presque pas bougé depuis le 4 avril, oscillant entre 260 et 323 décès par jour. Pire : depuis le 2 novembre 2020, la moyenne du nombre de morts quotidien de patients atteints du Covid n'est jamais passée sous la barre des 240 décès par jour.

Bien plus que lors des confinements précédents, on peut donc parler de "pari" de l'exécutif sur une future situation épidémique encore largement dans le brouillard.

La vaccination, un bon argument pour aller plus vite ?

Cette accélération de la procédure de sortie de déconfinement est assumée par le gouvernement, qui mise sur un nouvel élément dans l'équation : l'arrivée des vaccins en début d'année. Son porte-parole Gabriel Attal explique ainsi sur France Inter qu'à la fin du deuxième confinement, "on n'avait qu'un seul critère, une seule boussole, pour se projeter, c'était le nombre de contaminations. Aujourd'hui, on a la vaccination, qui nous permet de nous projeter avec davantage d'assurance : chaque personne vaccinée est protégée du risque de faire une forme grave. Or notre grand critère c'est évidemment la saturation des services hospitaliers."

Cet argument ne rend toutefois pas certaine la baisse tant espérée du niveau de l'épidémie. D'abord parce qu'il y a encore plusieurs obstacles à l'objectif de toucher la plus vaste population en un minimum de temps : le retard au démarrage sur le nombre de doses, le vaste cafouillage autour du vaccin AstraZeneca et la crise de confiance qui l'a suivie, ou encore le fait que la vaccination soit toujours liée uniquement à des critères d'âge et pas à l'exposition des populations (pas de priorité pour les enseignants ou les policiers, par exemple).

Ensuite, parce que si les vaccins sont une nouveauté indéniable par rapport aux deux confinements précédents, il y en a une autre : les variants, dont certains (comme le variant britannique) sont bien plus contagieux. Autrement dit, si le risque d'être contaminé a été réduit par les vaccins, il a dans l'autre sens été aggravé par les variants. Et il est difficile de savoir de quel côté penche désormais la balance.