Cinq personnes LGBT nous racontent les heures et les minutes qui ont précédé leur coming out

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Cinq personnes LGBT nous racontent les heures et les minutes qui ont précédé leur coming out

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Eric, Océane, Aurélie et Arnaud nous racontent leur coming out.
Eric, Océane, Aurélie et Arnaud nous racontent leur coming out.
© Radio France - Victor Vasseur

Comment et quand faire part de son homosexualité à ses proches ? Pour France Inter, Eric, Océane, Aurélie, Fanny et Arnaud nous racontent leur histoire, à l'occasion de la journée mondiale du coming-out.

"Il n'y a pas un coming out, mais plusieurs", lâche d'emblée Océane, 27 ans. En famille, avec ses amis, au travail aussi. À l'occasion de la journée internationale du coming out, France Inter a recueilli cinq témoignages de coming out. Une annonce parfois impulsive, dans d'autres cas très réfléchie, voire crainte. Éric, Océane, Aurélie, Fanny et Arnaud nous raconte les jours, les heures et les minutes qui ont précédé.

Eric, 56 ans : "Trois jours de névrose avant d'en parler à mon père"

Eric est l'ancien directeur territorial d'AIDES en Ile-de-France, il a adopté ses deux filles, elles ont aujourd'hui 23 ans et 18 ans.

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Eric est l'ancien directeur territorial d'AIDES en région parisienne.
Eric est l'ancien directeur territorial d'AIDES en région parisienne.
© Radio France - Victor Vasseur

"Je suis originaire de la banlieue nord de Paris, à Garges-lès-Gonesse. La cour d'école n'était pas un bon souvenir. J'ai vécu l'homophobie intériorisée, j'étais mon propre ennemi. J'ai fait mon coming out au milieu des années 90. Quand mon père voyait Patrick Juvet, il disait : 'Oh la folle.' Je vivais des relations clandestines. Un jour on s'est un peu fâchés à table avec ma mère, elle disait : 'On ne sait rien de toi.' J'ai répondu : 'Tu veux savoir ?' Et c'est sorti. Elle s'est mise à pleurer. Il n'y a pas eu de rejet, d’insulte, ni de mépris. 

Sa première réaction a été de dire qu'elle n'aurait pas de petits-enfants, puis elle craignait la réaction de mon père.

Trois jours de névrose commencent. J'appelle mon père pour lui dire que je veux lui parler de quelque chose d'important. J'investis sa pensée. On se retrouve pour manger avec une peur terrible, très angoissé. Je mimais la scène, je faisais des scénarios dans ma tête. J'étais en apnée. Au restaurant, j'ai commandé à manger car il fallait le faire. Mon père fait la conversation. Je voulais qu'il m'aide : 'Éric, tu voulais me dire quelque chose ?' Il commande une pêche Melba en dessert. Je me dis que le temps passe et rien ne va se passer. Tout d'un coup, je lui dis que j'ai quelque chose d'essentiel à lui dire. Ni une ni deux : 'Écoute, j'ai vu maman, je lui ai dit quelque chose brutalement. Elle a peur de ta réaction.'

Il me regarde, je lui sors : 'Je n'aime pas les filles, j'aime les garçons, je suis homosexuel.' Je revois la pêche face à lui, avec le sirop bien orange. Pas de réaction. 'Dis quelque chose, hurle, gueule, ris.' Il met sa cuillère, la ressort, et dit : 'Et bin ça fait drôle.' Et il continue de manger. C'est passé crème, comme la chantilly dans la pêche Melba."

Océane, 27 ans : "J'étais décontenancée, je bégayais"

Océane est responsable d'une association, HES LBGTI+, Homosexualités et socialisme, une association affiliée au Parti socialiste.

Océane, aux Butte-Chaumont à Paris.
Océane, aux Butte-Chaumont à Paris.
© Radio France - Victor Vasseur

"J'avais 25 ans quand j'en ai parlé à ma mère. Avant de partir au Brésil. Elle m'a appelé et demandé de manière très brute : 'T'es lesbienne ?' J'étais décontenancée, je bégayais : 'Pourquoi tu me poses cette question ? Ça veut dire quoi ?' Et j'ai répondu : 'Bah oui.' Ma mère : 'Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ?' Elle est très ouverte. Ce n'est pas le cas de sa famille, qui est très chasse pêche et tradition. Je viens d'une petite campagne de Touraine. Mon père est antillais, sa famille est évangélique...  

J'attendais qu'elle me le demande. J'imaginais le jour où j'allais le dire à ma mère, avec les clichés, une réunion de famille, à table, et faire un discours entre le rôti et les frites. Mais j'ai fait mon premier coming out à ma sœur. J'étais au lycée, j'avais 16 ans et je me souviens bien. J'étais avec des copines de mon équipe de basket, à l'internat, il y avait beaucoup de lesbiennes. C'était la première personne de mon entourage familial à qui je le disais. 

Je lui ai envoyé un SMS, 'faut que je te parle, je sors avec Aurélia'. Elle me dit que je l'ennuie, car 'je dois toujours te couvrir auprès de maman quand tu sors en boîte'. Elle n'avait pas compris, 'c'est ma copine !'. Je reçois 'ok'. Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je me fais des nœuds au cerveau. J'étais dans tous mes états. Je l'ai revue quelques jours plus tard. En fait, elle était très contente pour moi."

Aurélie, 46 ans : "S'ils le prennent mal, ce n'est pas un job pour moi"

Aurélie a deux filles, de sept ans et dix ans et demi. Elle dirige LHH, une filiale d'Adecco, qui compte 500 salariés en France.

Aurélie, dans unn bar parisien près de Montparnasse.
Aurélie, dans unn bar parisien près de Montparnasse.
© Radio France - Victor Vasseur

"L'un de mes coming out professionnel s’est fait en plusieurs étapes. L'an passé, j'ai été 'chassée' pour occuper le poste que j'ai aujourd'hui. J'étais en train de discuter avec la chasseuse de têtes qui m'a dit que j'étais retenue, mais j'ai posé une dernière question : 'Je suis mariée avec une femme et j'ai deux petites filles, je ne veux pas bosser dans un environnement où ce serait un sujet, qu'est-ce que vous pensez ?' Elle a pris 24 heures avant de revenir vers moi.

Elle était étonnée par ma question, mais je me suis interrogée avant de la lui poser. J'avais hyper envie de prendre ce job. Il y a toujours cette appréhension. Il y a une petite musique qui nous dit, 'Est-ce que l'on va plaire avec ce paramètre-là' (sous-entendu, être homosexuelle). Je pose cette question comme pour me protéger, s'ils le prennent mal, c'est qu'ils sont cons et ce n'est pas un job pour moi. On se dit que c'est un peu bizarre en 2020 de devoir poser cette question.

J'ai accepté le poste, puis j'ai parlé à la DRH de la boîte, et puis quand je suis arrivée, et quand je me suis présentée à ce qui devenait mon ComEx, je leur ai dit que j’étais mariée avec une femme et que j'avais deux filles. Cela est passé super simplement, ce n'est pas un sujet. Et je l'ai réaffirmé plusieurs fois.

J'ai eu plusieurs témoignages de mes salariés, me remerciant de le dire aussi simplement. 

L'une m'a dit qu'elle se sentait beaucoup plus 'safe' d'être dans un environnement dirigé par une femme homo. C'est sûr qu'il y aura zéro dérapage. Et je l'ai aussi raconté à tous les dirigeants d'Adecco, ils étaient une quinzaine devant moi. Je n'ai eu que des réactions positives. À moi cela ne coûte rien, mais cela peut rendre les choses plus simples pour d'autres. Ne pas parler de qui on est, c'est se priver d'entrer en relation avec des collègues, nouer des liens plus intimes. Si on ne peut pas dire qui on est, ce n'est pas possible. On n'aura pas envie de raconter ce que l'on a fait ce week-end, avec qui on l'a fait. On ne parlera pas de sa vie."

(Aurélie participera à la cérémonie des Rôles Modèles LGBT+ et Alliés ce 12 octobre, organisée par l'association L'Autre Cercle.)

Fanny, 28 ans : "Ma grand-mère est catholique"

Fanny vit avec sa compagne à Lyon. Elle participera à la journée SOS Homophobie sur Twitch ce lundi.

"J’étais en Terminale, j’avais 16 ou 17 ans. Je l’ai d’abord annoncé à mon papa, je suis très proche de lui, mes parents sont divorcés. J’avais eu des copains plus jeunes, ils le savaient très bien. On discutait beaucoup de mes relations, sans aucun tabou. Mais j’avais quand même un petit peu de pression. C’est peut-être la société qui nous fait ressentir ça, parce ce que l’on se dit différent du modèle que l’on nous donne. En fait, je n’ai pas du tout réfléchi à comment le faire. On était en voiture avec mon père. On va chez ma copine et il me lance une perche en me disant qu’il avait bien compris que j’avais quelqu’un en ce moment. Il a formulé sa phrase au masculin, sous-entendu 'Tu as un copain'. Et je me suis dit 'Allez'. Je lui ai juste balancé : 'Non ce n’est pas un copain, c’est une copine.'

Quand on commence à réfléchir, à se dire si on le fait, on ne le fait pas, on a une pression sur la durée. Plus on attend, plus la peur augmente. 

Ça m’a mise mal à l’aise qu’il dise 'copain'. Mon père ne l’a pas mal pris. Je suis plutôt chanceuse là-dessus. J’avais l’impression de lui cacher quelque chose. Il y a ces images véhiculées par la pop culture, les films, les clips, des images très américaines, où l’on réunit toute la famille autour de la table, où avant on a pleuré dans sa chambre avec du maquillage qui coule. Ce n’est pas ça faire son coming out. Je pense qu'il faut le faire comme on le ressent avec les personnes de la famille avec qui on sent que c'est possible.

Avec ma mère, je lui ai juste balancé comme ça, on n’est pas très proches. En revanche, mes grands-parents, je ne l’ai toujours pas fait, et je reviens à ce que je disais tout à l’heure, plus on attend, plus on a peur. Ma grand-mère est catholique et ancrée dans des préjugés. C'est comme si mon coming out avait duré de mes 17 ans à aujourd'hui et qu'il est encore en train de continuer. Tant que je ne l’ai pas dit à mes grands-parents, ce n’est pas un vrai coming out."

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Arnaud, 30 ans : "Une douleur dans le ventre, il fallait que ça sorte"

Arnaud est comédien. France Inter l'a rencontré en juin dernier, après le procès de ses agresseurs à Paris en 2018.

Arnaud, rencontré à Paris en juin 2021.
Arnaud, rencontré à Paris en juin 2021.
© Radio France - Victor Vasseur

"Un jour, à table avec mes parents, j’ai ressenti le besoin de parler. Le moment était venu. Ce n’est pas que je ne voulais plus mentir. C’est bel et bien que je ne pouvais plus. Comme un rejet physique, une douleur dans le ventre. Il fallait que ça sorte, que la vérité éclate. Mais je ne pouvais pas le faire directement, pas comme ça, pas sans m’y être préparé et pas sans avoir prévu l’après coming out. Alors j’ai attendu plusieurs semaines, plusieurs mois même. Je tenais à respecter deux paramètres.

Le premier paramètre : que mon coming out ne soit pas la révélation de mon homosexualité, mais l’annonce d’une histoire d’amour qui se trouvait être une histoire d’amour avec un garçon. Je ne voulais pas dire 'Maman, papa, je suis gay' mais 'Maman, papa, je sors en ce moment avec un garçon. Il s’appelle un tel. Et j’aimerais que vous l’accueilliez dans la famille, comme vous avez accueilli mes précédentes copines'. Ce premier paramètre me semblait important, et me semble toujours important. Parce qu’il permet de contourner en partie l’injustice du coming out. Pourquoi un jeune LGBT se doit de faire un coming out, alors qu’un jeune hétéro n’a aucune annonce de la sorte à faire ? J’ai donc attendu d’avoir un copain. Un copain sérieux avec lequel je commençais à me projeter.

J’étais libre, enfin moi-même.

Ensuite, le deuxième paramètre : que je sois prêt psychologiquement, au moment de l’annonce, à recevoir toutes les réactions possibles de mes parents. Jusqu’à la rupture totale des relations, jusqu’au rejet de leur enfant. Durant plusieurs semaines, je me suis préparé : j’ai mis de l’argent de côté, et j’ai surtout préparé mon emploi du temps pour y intégrer, avant et après mes cours, des heures où je pourrais prendre un job étudiant pour subvenir à mes besoins si mes parents décidaient de me rejeter.

Lorsque j’ai eu cette relation avec ce copain, Mathieu. Lorsque je me suis senti prêt à être renié, j’ai franchi le pas. Le 21 juin 2014, après un repas chez eux, juste avant de partir et de dire 'bonne soirée', je leur ai dit 'j’ai quelque chose à vous dire'. A ce moment-là, mon corps tremblait dans son intégralité, je n’arrivais pas à rester stable sans m’appuyer sur leur meuble d’entrée. J’ai réussi à leur annoncer, je leur ai dit 'bonne soirée' et j’ai fermé la porte. Arrivé en bas de l’immeuble, je suis monté sur mon vélo. J’ai roulé, roulé, roulé. Tout le trajet en danseuse, explosant de rire, ne pouvant pas contenir ce rire frénétique. Les passants me regardaient sans comprendre. J’étais libre, enfin moi-même." (ce témoignage a été recueilli par écrit)