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Cinq questions sur l'affaire de l'enseignant de Sciences Po Grenoble suspendu de ses fonctions

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Une manifestation contre l'islamophobie avait été organisée le 9 mars [photo d'illustration].
Une manifestation contre l'islamophobie avait été organisée le 9 mars [photo d'illustration].
© AFP - Philippe DESMAZES

Un enseignant de Sciences Po Grenoble accusé d'"islamophobie" puis de "propos diffamatoires" a été suspendu de ses fonctions. Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a interrompu les financements accordés à l'établissement par la collectivité. Retour en cinq questions sur cette affaire.

Un enseignant de Sciences Po Grenoble a été suspendu pour quatre mois de ses fonctions par la direction de l'Institut d'études politiques (IEP). Ce professeur a été accusé d'"islamophobie" en mars dernier et depuis, l'IEP l'accuse d'avoir tenu des "propos diffamatoires". 

Qu'est-il reproché à cet enseignant ?

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à fin 2020. En novembre et décembre, le professeur, Klaus Kinzler et une collègue historienne avaient échangé des courriels véhéments à propos d'une journée de débats intitulée "Racisme, antisémitisme et islamophobie". Ce dernier terme pose problème au professeur d'allemand puisqu'il en conteste le caractère scientifique. Surtout, le professeur écrit notamment, dans des extraits qu'il a lui-même publié un temps sur son site internet, qu'il "n'aime pas beaucoup cette religion" qui lui fait parfois "franchement peur (...) comme elle fait peur à beaucoup de Français". Dans un mail d'excuses, il reconnaît s'être "par moments laissé emporter" dans ces échanges.

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Pourquoi cette affaire a pris de l'ampleur au niveau national ?

L'affaire prend une autre tournure le 4 mars dernier, lorsque le nom de Klaus Kinzler et celui d'un autre enseignant sont placardés à l'entrée de l'IEP avec cette inscription : "Des fascistes dans nos amphis. L'islamophobie tue." Un affichage relayé en photo par des syndicats d'étudiants sur les réseaux sociaux.

Après un signalement effectué par la direction de l'IEP, une enquête pour "injure publique" et "dégradation" avait été ouverte par le parquet de Grenoble. Sabine Saurugger, la directrice de l'IEP, avait condamné "très clairement" ces affiches. Dans un entretien à l'Agence France-Presse (AFP), elle soulignait toutefois "qu'il y a un ton qui est extrêmement problématique dans ses propos, avec des idées qui sont développées parfois un peu rapidement, et donc un rappel à l'ordre et une incitation au dialogue ont été entreprises".

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La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal, qui était elle-même au cœur d'une polémique pour ses propos sur l'"islamo-gauchisme" à l'université, avait dénoncé des "menaces", "injures" et "pressions", qui "n'ont pas leur place dans l'enseignement supérieur". Elle avait aussi annoncé son intention de diligenter une mission de l'inspection générale de l'Education "afin d'établir les responsabilités de chacun et de contribuer à rétablir la sérénité au sein" de l'établissement.

Les étudiants ont-ils été sanctionnés ?

À l'appui des conclusions du rapport commandé sur l'affaire, la ministre avait préconisé dans une interview au Figaro des sanctions à l'encontre des étudiants de l'IEP impliqués. Le 26 novembre, 16 des 17 étudiants poursuivis devant une instance disciplinaire ont été relaxés. Un seul a fait l'objet d'une exclusion temporaire avec sursis. 

"Tous les acteurs de cette affaire ont commis des erreurs d'appréciation, des maladresses, des manquements et fautes plus ou moins graves", soulignait ce rapport de l'inspection de l'Éducation nationale. Elle indiquait par ailleurs n'avoir trouvé, au fil de son enquête, "aucun témoignage permettant d'accréditer les rumeurs d'islamophobie" des deux professeurs.

Pourquoi le professeur a-t-il été sanctionné ?

L'affaire a été relancée ce lundi 20 décembre quand Le Figaro a révélé que Klaus Kinzler a été suspendu de ses fonctions le 14 décembre dernier pour quatre mois par la direction de l'IEP. Dans son arrêté, la directrice reproche notamment à l'enseignant d'avoir tenu "des propos diffamatoires dans plusieurs médias contre l'établissement d'enseignement supérieur dans lequel il est en poste ainsi que contre la personne de sa directrice". 

Il s'agit d'interviews accordées au site de l'hebdomadaire Marianne, au quotidien L'Opinion et à la chaîne CNews. L'enseignant y décrit l'IEP comme un institut de "rééducation politique", en accusant un "noyau dur" de collègues, adeptes selon lui des théories "woke", d'endoctriner les étudiants, et la direction de l'IEP de laisser faire. Le professeur d'allemand a, selon la directrice, "gravement méconnu à plusieurs obligations", notamment en matière de "discrétion professionnelle". "Il y a lieu à saisir le conseil de discipline", ajoute-t-elle. 

Pour ses avocats, qui dénoncent une "chasse aux sorcières", Klaus Kinzler "a été contraint de prendre la parole afin de se défendre" après avoir été mis en cause "sur la place publique". "Ça empoisonne ma vie, mais il faut peut-être aller jusqu'au bout pour savoir qui a le droit de dire quoi et dans quelle situation", a déclaré l'enseignant à l'AFP, évoquant un possible recours devant le tribunal administratif.

Pourquoi Laurent Wauquiez s'invite-t-il dans le débat ?

En désaccord avec cette suspension du professeur, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, a décidé de suspendre les financements accordés à l'établissement par la collectivité - environ 100.000 euros par an hors investissement sur projets. Le président Les Républicains de la Région a justifié cette décision par une "longue dérive idéologique et communautariste", qui vient selon lui de "franchir un nouveau cap". Selon lui, "une minorité a confisqué le débat" au sein de l'établissement, "sans que la direction ne prenne la mesure de cette dérive préoccupante".

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Une décision "politique" regrettée par la direction de Sciences Po Grenoble ce mardi. Dans un communiqué, elle précise que "le soutien financier de la Région (...) ne consiste pas en des subventions mais essentiellement en l'attribution de bourses aux étudiants". "L'IEP de Grenoble-UGA fait désormais l'objet d'accusations ineptes de 'dérive idéologique et communautariste'" ce qui n'a "aucun fondement ni réalité dans son fonctionnement", poursuit le communiqué. La direction estime par ailleurs s'être tenue "sans réserve" aux côtés des deux professeurs incriminés et avoir pris "les mesures nécessaires" pour leur sécurité. Elle appelle le président de la région à "revenir sur sa décision dans l'intérêt des étudiants".