Cinq questions sur la neutralité de l'Ukraine "étudiée en profondeur" par le président Zelensky

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Cinq questions sur la neutralité de l'Ukraine "étudiée en profondeur" par le président Zelensky

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 25 mars 2022, dans son bureau à Kiev.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky le 25 mars 2022, dans son bureau à Kiev.
© AFP - Ukrainian presidential press-service

Le président Volodymyr Zelensky a ouvert la porte à la neutralité de l'Ukraine, alors que les négociations reprennent entre Kiev et Moscou. C'est l'une des conditions fixées par Vladimir Poutine pour aboutir à un accord de paix.

C’est un point crucial des négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine qui débutaient lundi en Turquie : la question de la neutralité au plan international. Le président ukrainien Voldymyr Zelensky reconnaît étudier cette piste "en profondeur". Moscou réclame, en plus de la "dénazification" du pays, la démilitarisation de l’Ukraine et sa neutralité. Un pays neutre est un État faisant le choix de ne pas s’immiscer dans un conflit ou une guerre, que ce soit directement ou indirectement. En Europe, la Suède, l'Autriche et la Suisse revendiquent ce statut, chacune à sa manière.

Quelle est la déclaration précise de Zelensky ?

Voldymyr Zelensky s’est entretenu en russe dimanche avec des journalistes de la chaîne de télévision d’opposition Dojd et des sites indépendants Meduza, Kommersant et Novaya Gazeta. Ces deux sites sont bloqués en Russie. L’interview a duré plus d’une heure et demie. Elle a notamment été diffusée sur la chaîne Telegram de l'administration présidentielle ukrainienne.

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Je comprends qu’il est impossible de libérer totalement le territoire, de forcer la Russie. Cela conduirait à la troisième guerre mondiale, je sais tout ça. C'est pourquoi que je dis : ceci est un compromis.

Voldymyr Zelensky assume aussi que "les garanties de sécurité et la neutralité, le statut dénucléarisé de notre État" fassent partie des clauses de la négociation. "Nous sommes prêts à l'accepter (...) Ce point des négociations(...) est en discussion, il est étudié en profondeur", a-t-il assuré.

Le mémorandum de Budapest, c'est quoi ?

"Mais je ne veux pas que ce soit encore un papier du style du mémorandum de Budapest", ajoute le président, en référence à des accords signés par la Russie en 1994, le mémorandum de Budapest_. "L’Ukraine a rétrocédé ses armes nucléaires à la Russie. En échange les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie ont signé un document garantissant l’intégrité territoriale de l’Ukraine"_ et des ex-républiques soviétiques rappellent Alexandra Goujon, spécialiste de l'Ukraine, maîtresse de conférences à l’université de Bourgogne. 

"Voldymyr Zelensky dit assez clairement qu’il veut des garanties de sécurité, déjà présentes dans le mémorandum de Budapest" souligne l’auteure de "L'Ukraine : de l'indépendance à la guerre". L'accord entre les deux partis devra être "obligatoirement ratifié par les parlements des pays garants" affirme Voldymyr Zelensky, répétant qu'il serait soumis à un référendum. 

Qu'est ce qu'un Etat neutre ?

Si l’Ukraine fait le choix de la neutralité, le pays ne soutiendra plus aucune nation et se refusera d’intervenir hors de ses frontières. Elle ne pourra pas non plus accueillir de bases militaires d’armées étrangères. "Un pays neutre ne rejoint pas d’alliance militaire, comme l’Otan", explique Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l'institut Thomas-More. En Europe, l’Autriche, la Suède et la Finlande sont officiellement des pays neutres.

Souhaiter négocier la neutralité, est-ce une concession ?

Adhérer à l’Otan était pourtant l’une des principales revendications de l’Ukraine ces dernières années. En février 2019, le pays a inscrit dans sa Constitution son aspiration à intégrer l’Union européenne et l’Otan, ce à quoi s’oppose Moscou. L’Ukraine serait alors devenue un Etat tampon entre la Russie et les pays de l’alliance militaire.

"Le président Zelensky cherche à ouvrir le champ des possibles pour faciliter des négociations. Sur un plan sémantique, c’est une forme de concession", estime le spécialiste des questions de sécurité en Europe Jean-Sylvestre Mongrenier. "Il y a une part d’exercice de diplomatie publique, montrer à l’opinion internationale qu’il cherche une voie de sortie, qu’il est de bonnes volonté." La spécialiste de l'Ukraine Alexandra Goujon remarque que le chef d’Etat ukrainien "reste extrêmement prudent". "Il ne dit pas qu’il souhaite une neutralité, il dit qu’il peut négocier une neutralité." 

Cette annonce peut-elle changer la nature du conflit ?

"Je ne suis pas ce que cela changera. La question est de savoir comment cette neutralité peut-être garantie" répond le chercheur Jean-Sylvestre Mongrenier. "Je ne suis pas certaine que cette question de la neutralité soit un point clef des négociations, on est bien au-delà aujourd’hui. Il y a des signaux côté russe qui sont maximalistes" complète Alexandra Goujon. Tous deux se rejoignent dans leur analyse. 

"Quand l’Ukraine a été attaquée en 2014, son statut officiel était celui d’Etat non allié. Elle avait renoncé à toute candidature à l’Otan, et cela n’a pas empêché la Russie d’attaque l’Ukraine" rappelle Jean-Sylvestre Mongrenier. "Il ne suffit pas d’écrire neutralité sur un panneau indicateur pour que le pays en question soit préservé des fracas du monde." Selon ce chercheur, "ça ne résout pas le problème fondamental, l’intention hostile de la Russie." Alexandra Goujon retient surtout "des négociations où les deux camps semblent avoir des positions irréconciliables". "Ce sont des négociations en temps de guerre" conclue-t-elle.