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Cinq questions sur le rapatriement par la France de 35 enfants et 16 femmes retenus dans les camps syriens

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Le camp de Roj, en Syrie, ici en mars 2021
Le camp de Roj, en Syrie, ici en mars 2021
© AFP - DELIL SOULEIMAN /

Trente-cinq enfants de djihadistes français, retenus dans un camp du nord-est syrien, ont été rapatriés ce mardi, a annoncé le Quai d'Orsay. L'opération inclut également le retour de 16 femmes. Les associations espèrent y voir la fin de la politique "du cas par cas" prônée par Paris.

Leur avion a atterri ce mardi matin sur le tarmac de Villacoublay, dans les Yvelines. "La France a procédé ce jour au retour sur le territoire national de 35 enfants mineurs français qui se trouvaient dans les camps du nord-est de la Syrie", a annoncé le ministère des Affaires étrangères. "Cette opération inclut également le retour de 16 mères en provenance de ces mêmes camps", précise le communiqué. C'est le premier rapatriement de cette envergure opéré par Paris depuis la chute de l'organisation État islamique, il y a un peu plus de trois ans. Le Collectif des familles unies, qui regroupe des familles de Français partis en zone irako-syrienne, s'est "félicité de cette opération menée en quelques heures", tout en regrettant une décision survenue trop tardivement.

Que sait-on de ces enfants et de ces femmes ?

Ces enfants de djihadistes et ces femmes étaient retenus dans le camp de Roj, contrôlé par les Kurdes, dans le nord-est syrien. Sur les 35 enfants arrivés ce mardi sur le sol français, sept sont ce que le parquet national antiterroriste (PNAT) appelle des "enfants isolés", autrement dit des orphelins.

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Quant aux 16 femmes rapatriées, âgées de 22 à 39 ans, toutes ont la nationalité française, à l'exception de deux d'entre elles qui ont des enfants français, précise le PNAT. Douze sont revenues avec leurs enfants.

Parmi ces femmes figure Émilie König, 37 ans, l'une des recruteuses françaises les plus actives de Daech, et inscrite depuis 2015 sur la liste noire américaine des terroristes internationaux. Elle devrait être mise en examen et incarcérée.

Que va-t-il se passer à présent ?

Comme à chaque fois, les mineurs ont été pris en charge par les services d'aide à l'enfance, sous la protection de juges des enfants, et soumis à des examens médicaux. Les femmes, elles, ont été remises aux autorités judiciaires. "Huit d'entre elles ont été placées en garde à vue en exécution d'un mandat de recherche", selon le PNAT. Huit faisaient l'objet d'un mandat d'arrêt. Un mineur a également été placé en garde à vue, en raison "d'éléments susceptibles de caractériser sa participation à une association de malfaiteurs terroriste".

Combien d'enfants français et leurs mères se trouvent encore dans les camps syriens ?

Depuis 2016, 126 enfants ont été rapatriés vers la France. Ils sont encore 160 à ce jour dans les camps syriens, ainsi qu'une soixantaine de femmes.

Quelle est la politique de la France sur le sujet ?

Jusqu'ici, au grand dam des associations et des ONG, l'exécutif prônait une politique "au cas par cas" concernant les éventuels retours de femmes et enfants de djihadistes français capturés en Irak et en Syrie. C'est la première fois que Paris procède ainsi à un rapatriement incluant des mères avec leurs enfants. "Cette première opération doit sonner le glas d'une politique inhumaine qui dure depuis des années", a réagi le Collectif Familles unies, qui évoque les fratries séparées, les enfants "arrachés à leurs mères abandonnées dans le camp".

Que font les autres pays ?

Confrontés à la délicate question du retour des enfants et femmes de djihadistes, les pays européens n'ont pas tous la même approche. Ainsi, en mars 2021, le Premier ministre belge avait promis de "tout faire" pour rapatrier les enfants de moins de 12 ans dont la filiation belge était prouvée. Seize enfants et six mères ont ainsi été exfiltrés du camp de Al-Hol le mois dernier, près d'un an après la première étape d'une opération qui avait permis de rapatrier dix mineurs et six femmes majeures. L'Allemagne a elle aussi mené plusieurs rapatriements d'ampleur. "La majorité des enfants allemands" du camp de Roj ont ainsi été rapatriés, indiquaient en mars dernier les autorités allemandes.