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Cinq questions sur les accusations de viol qui visent Damien Abad

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Damien Abad lors de la cérémonie de passation de pouvoir au ministère de la Santé.
Damien Abad lors de la cérémonie de passation de pouvoir au ministère de la Santé.
© AFP - XOSE BOUZAS / HANS LUCAS

Deux femmes ont témoigné contre le nouveau ministre de l'Autonomie auprès de Mediapart, l'accusant de viol au début des années 2010. Celui-ci conteste "avec la plus grande force" toute violence sexuelle. Un signalement avait été transmis avant sa nomination à LR et LREM.

L'ex-président des députés LR à l'Assemblée Nationale désormais ministre de l'Autonomie et des personnes handicapées est accusé de viol par deux femmes, qui témoignent dans Mediapart. Les faits se seraient produits, selon le site d'informations en ligne, en 2010 et 2011. Concrètement que contient l'enquête ? Comment a réagi Damien Abad ? Nous vous résumons l'affaire en cinq questions.

Qu'y a-t-il dans l'enquête de Médiapart ?

L'enquête révèle que l'une des deux femmes, âgée de 41 ans et qui témoigne sous le pseudonyme de Chloé, a fait un signalement auprès du nouvel Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique (créé en février par des initiatrices du collectif #MeTooPolitique), qui a procédé à un signalement auprès des partis LREM et LR, avant la nomination du gouvernement Borne.

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"Nous avons transmis le signalement par mail à Stanislas Guerini, Christophe Castaner, Bérangère Couillard et Aurélien Pradié" le lundi 16 mai, précise l'Observatoire à Franceinfo. Une relance a été envoyée "le 19 pour LREM et le 20 pour LR", sans réponse des élus. Interrogés par Mediapart, Christophe Castaner et Stanislas Guerini affirment n'avoir pas pris connaissance de leurs mails à ce moment-là.

Chloé, qui témoigne sous pseudo, raconte à Mediapart une soirée de l'automne 2010, lors de laquelle elle pense avoir été "droguée". Après avoir bu "une coupe" de champagne dans un bar du IXe arrondissement de Paris avec le député, elle fait part d'un "black-out", et raconte s'être réveillée le lendemain matin, "dans une chambre d'hôtel", "en sous-vêtements", le corps "courbaturé et douloureux". Elle dit avoir été profondément choquée, et avoir "mis plusieurs mois à réaliser et à admettre" que c'était "un viol". Le second témoignage, de Margaux, une ancienne militante centriste de 35 ans, relate des séries de SMS insistants envoyés par le député pour recevoir des photos semi-nues, puis une soirée lors de laquelle il lui aurait imposé "une pénétration anale", poursuivie alors qu'elle ne bougeait plus, puis "une fellation".

Comment a réagi Damien Abad ?

Le nouveau ministre de l'autonomie "conteste avec la plus grande force" les accusations de violences sexuelles contre lui, et "avoir exercé quelque forme de contrainte que ce soit sur aucune femme". Il réfute dans un communiqué tout "abus de pouvoir lié aux fonctions" qu'il aurait occupé, précisant que "les relations sexuelles" qu'il a pu avoir durant toute sa vie "ont toujours été mutuellement consenties".

"Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles à raison de mon handicap", se défend par ailleurs Damien Abad, atteint d'une maladie rare, l'arthrogrypose, qui bloque ses articulations et réduit sa mobilité. "L'acte sexuel ne peut survenir qu'avec l'assistance et la bienveillance de ma partenaire", ajoute celui qui fut en 2012 le premier élu handicapé à siéger à l'Assemblée. Dans les témoignages recueillis par Mediapart, l'une des deux femmes l'accuse d'avoir "usé de son handicap pour exercer une pression psychologique sur elle".

Y a-t-il eu des plaintes ?

L'une des deux femmes, âgée de 35 ans, a porté plainte deux fois, en 2012 et 2017. Deux plaintes classées sans suite, la première fois du fait de la "carence de la plaignante", la seconde faute d' "infraction suffisamment caractérisée", selon le parquet. Celui-ci précise avoir également reçu "le 20 mai un signalement émanant de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles, "en cours d'analyse ". A Mediapart, la jeune femme raconte la difficulté de porter plainte contre le député, par peur de lui "nuire" ou des conséquences, quand bien même elle le voit de plus en plus médiatisé. Elle se décide finalement en 2017, ne supportant pas de le voir nommé "porte-parole du candidat François Fillon" à l'élection présidentielle. L'autre femme n'a pas porté plainte.

Que savait son parti ?

Un cadre du parti Les Républicains (que Damien Abad a quitté juste avant de rejoindre le gouvernement) interrogé par Mediapart indique que "tous les gens connaissaient l'histoire" avec l'une des femmes, qui faisait même l'objet de blagues au sein de la formation politique.

Le site d'investigation interroge également Aurélien Pradié, secrétaire général du parti Les Républicains, qui n'entretenait pas de bonnes relations avec M. Abad. Si Aurélien Pradié dit "n’avoir jamais été saisi formellement par des "courriers, mails, ou écrits"",  il raconte avoir " toujours trouvé qu’il avait avec les femmes un comportement étrange",  et ajoute même l'avoir " coincé un jour à l'Assemblée ", pour tenter de lui en parler.

Que dit Élisabeth Borne ?

Interrogée dimanche, la Première ministre Elisabeth Borne dit avoir découvert samedi ces accusations dans Mediapart. "Bien évidemment que je n'étais pas au courant. Je peux vous assurer que s'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision", a-t-elle ajouté en marge d'un déplacement dans le Calvados.

"Je vais être très claire", a-t-elle ajouté, "sur tous ces sujets de harcèlement, d'agression sexuelle, il ne peut y avoir aucune impunité et il faut continuer à agir pour que les femmes qui peuvent être victimes d'agression, de harcèlement, puissent libérer leur parole, qu'elles soient bien accueillies pour déposer plainte", a-t-elle conclu.