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Cinq questions sur les "méga-bassines" destinées à l'irrigation agricole et décriées par certains

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Les manifestants, ici à la Rochénard en mars 2022, dénoncent notamment l'accaparement de l'eau pour certains agriculteurs.
Les manifestants, ici à la Rochénard en mars 2022, dénoncent notamment l'accaparement de l'eau pour certains agriculteurs.
© AFP - SEBASTIEN SALOM-GOMIS

Ce samedi, des milliers de personnes étaient rassemblées dans les Deux-Sèvres pour protester contre les "méga-bassines" dans le département. Elles dénoncent la privatisation de l'eau quand les partisans assurent que le projet permettrait de régler les problèmes d'irrigation. On fait le point.

Une nouvelle fois, ce samedi 29 octobres, des milliers de personnes manifestaient dans les Deux-Sèvres contre les "méga-bassines", ces réserves d'eau destinées à l'irrigation agricole et prévues à plusieurs endroits dans le département. À la fin d'une année marquée par sa sécheresse historique, des milliers de manifestants se sont rassemblés, malgré l'interdiction préfectorale, autour de Sainte-Soline. C'est à cet endroit que se trouve l'un des chantiers de création d'une nouvelle réserve d'eau.

France Inter revient en cinq questions sur ce conflit qui dure depuis plusieurs années en Poitou-Charentes, et prend une envergure nationale au moment où la question de l'eau touche professionnels et habitants.

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Que s'est-il passé ce samedi ?

Des nuages de lacrymogène et plusieurs blessés. Des milliers de manifestants sont venus ce samedi à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, pour essayer de bloquer le chantier de la construction d'une deuxième réserve d'eau. Ils se sont heurtés à un imposant dispositif de gendarmerie ( 1 600 gendarmes selon France Bleu Poitou). Certains manifestants ont tout de même réussi à forcer un premier barrage. Avant de s'élancer, ils s'étaient rassemblés dans un champ prêté par un paysan, constellé de barnums et d'un chapiteau jaune portant l'inscription "Maïs pour tous, justice nulle part". Cinq gendarmes et deux manifestants sont été blessés.

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Ça n'est pas la première mobilisation de ce type. Depuis plusieurs années, le collectif "Bassines non merci" organise des rassemblements et manifestations pour lutter contre le projet. En mars dernier, entre 5 000 et 7 000 personnes s'étaient rassemblées à la Rochénard, à quelques kilomètres de la première retenue d'eau, sous haute surveillance policière, comme l'avait constaté France Bleu Poitou.

Combien de retenues d'eau prévues en Deux-Sèvres ?

Ces "méga-bassines", comme les appellent les militants, sont des réserves de substitution à ciel ouvert, recouvertes d'une bâche en plastique et remplies grâce au pompage des nappes phréatiques superficielles l'hiver. Elles peuvent stocker jusqu'à 650.000 m3 (soit 260 piscines olympiques) d'eau pour irriguer l'été. Dans le département des Deux-Sèvres, qui abrite la deuxième zone humide de France, un projet de 16 retenues d'eau qui se concentrent dans le sud du département a été élaboré par un groupement de 400 agriculteurs réunis dans la Coop de l'eau. Leur objectif : pouvoir, à terme, contenir presque 7 millions de m³ d'eau et "baisser de 70% les prélèvements en été", selon la Coop de l'eau. Pour le moment, une seule bassine est en fonctionnement, à Mauzé-sur-le-Mignon.

Si la mobilisation se concentre dans les Deux-Sèvres, d'autres retenues d'eau sont installées ou prévues dans l'Ouest de la France. Dans le département d'à-côté, en Vendée, 25 grandes bassines du même type ont été installées entre 2007 et 2017, permettant de contenir au total 11 millions de m³ d'eau. Le projet avait été, à l'époque, imaginé pour permettre aux agriculteurs ( notamment ceux cultivant le maïs, très gourmand en eau), de pouvoir garder leurs rendements. Dans la Vienne, un projet du même type prévoit la construction de 41 bassines depuis 2013, mais nombre d'entre elles sont au point mort après des recours judiciaires. Au total, 82 bassines sont prévues dans ces trois départements.

Pourraient-elles régler les problèmes d'irrigation ?

On ne sait pas vraiment. Selon une étude du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le projet pourrait, par rapport à la période 2000-2011, augmenter "de 5% à 6%" le débit des cours d'eau l'été, contre une baisse de 1% l'hiver. Mais ce chiffre ne prend pas en compte l'évaporation potentielle des futures réserves, ni la menace de sécheresses récurrentes liée au réchauffement climatique. Et puis, les agriculteurs qui bénéficient de ces bassines doivent, dans le protocole, réduire leur usage des pesticides. Mais aucun des dix agriculteurs utilisant la première retenue à Mauzé-sur-le-Mignon "n'a souscrit de réduction de pesticides", selon Vincent Bretagnolle, membre du comité scientifique et technique de suivi (CST) du projet, et depuis la signature, plusieurs associations se sont retirées du protocole.

Que dénoncent les opposants au projet ?

Les opposants dénoncent l'accaparement de l'eau par une partie des agriculteurs, ceux qui en utilisent le plus, alors que la sécheresse est de plus en plus importante. "Je ne supporte pas cette appropriation de l'eau pour une petite partie d'agriculteurs", explique par exemple Odile, présente à la manifestation. Ils dénoncent donc la privatisation de l'eau, mais prônent également un modèle agricole qui utilise moins cette ressource. Ils sont soutenus par de nombreux politiques, à l'instar de Yannick Jadot. "On est le 29 octobre, c'est sec partout, c'est aberrant d'accaparer toute l'eau disponible pour quelques cultivateurs de maïs", dénonce, sur place, l'eurodéputé. Parmi les autres personnalités politiques présentes : la maire écologiste de Poitiers Léonore Moncond'Huy et le porte parole du NPA Philippe Poutou.

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Depuis plusieurs années, plusieurs associations environnementales et organisation syndicales se sont rassemblée dans le collectif "Bassines non merci", qui organise régulièrement des manifestations. " Sainte-Soline, c'est 720.000 mètres cubes d'eau sur plus de 10 hectares, 18 kilomètres de tuyaux pour des agriculteurs, dont pas un n'a renoncé aux pesticides. On ne veut pas que ça se fasse ici, on ne veut pas que ça se fasse ailleurs" , a déclaré samedi Melissa Gingreau, porte-parole du collectif.

Que dit le gouvernement ?

Invité ce samedi matin sur France Inter, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu a assuré que “la mobilisation se comprend dans la finalité, mais quelle est la situation ? On a la moitié des départements de France encore en situation de sécheresse. L'agriculture est en première ligne, et il nous faut des alternatives pour continuer à nourrir les Français". Il a également rappelé que le "plan a été signé par tout le monde il y a quatre ans" après une longue concertation entre agriculteurs, élus, autorités et associations, conditionnait l'accès à l'eau à des changements de pratiques (réduction des pesticides, plantation de haies, conversion à l'agroécologie).