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Climat : même l'Agence internationale de l'énergie dit désormais "stop" aux nouveaux projets hydrocarbures

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Pipeline à Apollensdorf (Allemagne)
Pipeline à Apollensdorf (Allemagne)
© AFP - HENDRIK SCHMIDT / dpa-Zentralbild

À quelques mois du sommet climat des Nations Unies, la COP26 en Écosse, l'Agence internationale de l'énergie dévoile sa feuille de route pour décarboner le secteur de l'énergie. Parmi ces mesures, un investissement massif dans le renouvelable et l'abandon de tout nouveau projet pétrolier ou gazier.

Le chemin est "étroit" mais encore "praticable" pour parvenir à la neutralité carbone en 2050 note l'Agence internationale de l'énergie dans ce nouveau rapport commandé par la présidence de la COP26.

Dans son scénario idéal, en 2050, les énergies renouvelables produisent 90 % de l'électricité mondiale contre 29 % aujourd'hui. Le reste (sous la barre des 10 %)  est fourni par le nucléaire. Quant aux ressources fossiles, elles ne fourniront plus qu'un cinquième de l'énergie (contre 4/5 aujourd'hui), pour des usages comme les plastiques.

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Pour parvenir à la neutralité carbone en 2050, qui consiste à ne pas émettre plus de gaz à effet de serre que le monde ne peut en absorber, il faudra aussi moins de gaspillage d'énergie. D'après la feuille de route de l'AIE, il faut augmenter l'efficacité énergétique de 4 % par an dès cette décennie, soit trois fois plus que le rythme moyen des deux 20 dernières années.  

Dans son rapport, l'Agence internationale de l'énergie anticipe un système énergétique de 2050 très différent de celui d'aujourd'hui. "La demande globale en énergie aura diminué de 8 %", malgré les 2 milliards d'habitants supplémentaires sur la planète, et "la demande en électricité aura doublé". Dans 30 ans, l'économie misera également sur d'autres énergies, "les besoins en hydrogène devraient ainsi être multipliés par six".

Investissements massifs dans les énergies renouvelables et dans les innovations

Ce big bang du secteur de l'énergie a un coût. D'après l'AIE, il faut entre 2 000 et 5 000 milliards de dollars d'investissements par an d'ici 2030.  Des investissements massifs sont nécessaires pour les solutions existantes comme l'électrification du secteur automobile ou le déploiement des énergies renouvelables, mais il faut aussi financer les innovations.

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Or les technologies qui doivent décarboner les secteurs très polluants comme l'aviation, le ciment, l'acier ou la chimie n'en sont encore souvent qu'au stade de prototype ou de démonstrateur, note le rapport. C'est le cas par exemple des systèmes de captage de CO2 ou des procédés de fabrication d'acier à partir de l'hydrogène. Pourtant, rappelle le rapport, "ces nouvelles technologies sont censées contribuer à la moitié de la baisse des émissions de gaz à effet de serre en 2050".

En 2035 : fin des ventes de voitures neuves thermiques  

Pour que l'objectif de neutralité carbone en 2050 ne soit pas qu'une belle promesse, l'Agence internationale rappelle que l'année 2021 devrait être l'une des pires en matière de hausse d'émissions de CO2 - il faut fixer des jalons intermédiaires.

Le rapport propose 400 étapes à franchir pour les dix prochaines années, cruciales.    Parmi elles, en 2030 il faudra que 60 % des voitures vendues dans le monde soient électriques contre 5 % aujourd'hui. Au chapitre des énergies propres, d'ici 2030, chaque année il faudra installer quatre fois plus de capacités solaires et éoliennes que le niveau record enregistré en 2020 soit 630 gigawatts (GW) de solaire et 390 GW d'éolien.  En 2040, 40% des bâtiments devront avoir subi une rénovation énergétique performante.

Enfin et surtout, il ne faut plus aucun investissement dans de nouvelles installations pétrolières et gazières (hormis les projets qui ont déjà été approuvés), ni dans de nouvelles centrales à charbon qui n'ont pas prévu de système de captage et de stockage de CO2. Pour l'Agence internationale de l'énergie, c'est un changement de doctrine radical, après avoir soutenu pendant des années l'industrie des hydrocarbures. Pour Dave Jones, du think tank Ember, spécialisé dans l'énergie, ce rapport est en tout cas "un revirement complet par rapport à l'AIE orientée fossiles d'il y a 5 ans". D'après l'expert interviewé par l'Agence France Presse, c'est même "un vrai couteau planté dans l'industrie des énergies fossiles".