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Clubhouse, le club virtuel où la parole du monde arabe se libère

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Au Moyen-Orient, les discussions sur le réseau social Clubhouse échappent jusqu’à présent à la censure des régimes de la région
Au Moyen-Orient, les discussions sur le réseau social Clubhouse échappent jusqu’à présent à la censure des régimes de la région
© Getty - Rafael Henrique/SOPA Images/LightRocket

Lancé en avril 2020, ce réseau social qui organise des clubs de discussions thématique fait fureur au Moyen-Orient. Son secret : un accès sur invitation et des échanges instantanés exclusivement par la voix.

Assise sur sa terrasse de Beyrouth, Sarah regarde le coucher du soleil. "C’est la rupture du jeûne du ramadan. Après le repas, ça va vraiment démarrer", annonce-t-elle en rapprochant son téléphone portable. En deux clics, elle ouvre Clubhouse, qu’elle a pu rejoindre grâce à l’invitation d’une amie déjà membre, et fait défiler les groupes de discussions qui se multiplient à l’écran. "Il y a des sujets intéressants et pas mal de liberté, les gens parlent de la mode, des recettes, du sport, de la religion mais surtout, beaucoup de sujets tabous, comme la virginité chez les femmes arabes, la sexualité, les relations avant le mariage, beaucoup de chose qu’on n’ose pas dire dans nos sociétés, des femmes divorcées, comment elles peuvent vivre, etc.", décrit cette mère de famille d’origine palestinienne, avant de se connecter à l’un des groupes.

"Là par exemple, il y a 289 personnes qui sont en train de discuter, elles parlent de l’Islam : est-ce que l’Islam doit-être séparé de l’État ? Ce sont des habitants des pays du Golfe… Et il y a cette femme qui est en train de dire qu’elle est musulmane mais qu’elle refuse qu’on utilise l’Islam contre les femmes."

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Dans ces nouveaux salons arabes virtuels qui échappent jusqu’à présent à la censure des régimes de la région, la politique s’invite aussi. Des opposants bannis en Iran se font entendre, des Syriens échangent sur leur exil en Europe, des Égyptiens critiquent le régime militaire, des Saoudiens déplorent le conservatisme religieux. 

Révélateur de frustrations

On écoute, on échange, on débat. Pas d’image, pas de texte, juste la voix. Et pas de pugilat car pour intervenir, il faut demander la parole. "On est dans une région où on n’entend pas la voix du peuple, où on ne veut pas l’entendre, c’est vraiment une bouffée d’air, on donne le micro au peuple, ce ne sont pas des gens connus comme ceux qu’on voit toujours défiler sur les télés", souligne Sarah, qui dit écouter désormais ces échanges "comme de la radio ou un podcast".

"Ça dit beaucoup de la frustration des peuples de la région, qui ont déjà tenté de soulever pour changer leur destin, ça dit aussi l’énergie qu’il y a et qui finira par exploser", ajoute-telle, sans se faire trop d’illusion sur ces réseaux sociaux qui ont déjà porté les printemps arabes de 2011, avant d’être repris en main par les régimes autoritaires de la région. 

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