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Collège, lycée : les assistants d'éducation en fin de contrat dans le flou

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Une manifestation d'Assistants d'éducation en 2020
Une manifestation d'Assistants d'éducation en 2020
© AFP - Alain Pitton / NurPhoto

Des assistants d'éducation seront-ils mis à la porte à la rentrée prochaine ? Les AED sont les surveillants qui encadrent les élèves dans les collèges et lycées. Certains, en fin de contrat, est dans l'incertitude. Une loi devrait leur permettre d’obtenir un CDI mais elle n'est pas appliquée.

Jusque-là, les assistants d'éducation ont des contrats d'un an renouvelables 5 fois. Au bout de la 6ème année, ils sont remerciés.

Mais dans la loi, votée en mars dernier, contre le harcèlement scolaire, l'article 10 prévoit que les AED puissent passer en CDI après 6 années de contrat, car ce sont souvent eux qui repèrent les situations de harcèlement, et la stabilité des équipes est essentielle.

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Or les décrets d'applications ne sont toujours pas publiés. Ces personnels ne savent pas s'ils peuvent continuer leur mission. Les établissements ne savent pas non plus s'ils peuvent les garder ou s'ils doivent recruter d'autres assistants. En cette fin d'année scolaire, la situation est intenable.

Un décret repoussé plusieurs fois

"La publication du décret a été repoussée plusieurs fois, à fin mai, puis à début juin, en raison de la mise en place du gouvernement qui a pris du temps", explique Laurence Hopp, déléguée nationale des personnels de vie scolaire au syndicat Se-Unsa, et elle-même CPE, conseillère principale d'éducation, dans l'académie de Strasbourg. "On ne sait pas quand il sera publié. Là, c'est vraiment urgent parce qu'actuellement dans les vies scolaires, nous procédons au renouvellement des contrats et aux nouveaux recrutements, c'est maintenant qu'on organise la vie scolaire dans les établissements pour que la rentrée puisse se passer de façon sereine. Ces personnels ont besoin de savoir s'ils vont pouvoir continuer à travailler ou si d'ores et déjà ils doivent essayer de trouver un autre travail".

C'est le cas de Caroline, assistante d'éducation dans un collège d’Ille-et-Vilaine. Son contrat se termine le 31 août prochain. "Je suis stressée parce que je ne sais pas ce que je vais faire au 1er septembre. Je ne me vois pas retourner à Pôle emploi, je ne me vois pas faire autre chose puisque c'est un métier qu'on fait avec passion. Les collèges et les lycées ont du mal à recruter des assistants d'éducation alors que nous, on a l'expérience, on connaît les familles, on connaît les élèves, on nous fait confiance", dit cette femme de 42 ans, qui a 4 enfants. Sur 6 postes d'AED dans son collège, elle et une collègue sont dans leur 6ème année et une troisième est dans sa 5ème année. "Le collège devra repartir avec une nouvelle équipe qui ne sera pas du tout formée", regrette-t-elle.

Seulement 30% des assistants d'éducation sont des étudiants

"Nous sommes sans cesse obligés de renouveler nos équipes au sein des vies scolaires", reconnaît Laurence Hopp, du Se-Unsa, "alors que certaines personnes qui sont recrutées comme assistants d'éducation sont des personnels qualifiés, qui ont de l'expérience et qui permettent une certaine stabilité dans les équipes. Ce sont des personnes qui ont envie d'en faire un métier, ce qui n'était pas prévu au départ puisque normalement c'était une 'profession' qui s'adressait aux étudiants. Mais le profil a changé. On n'a plus autant d'étudiants : aujourd'hui c'est 30% environ de la population des assistants d'éducation. Tout le reste, ce sont des gens qui aimeraient pouvoir continuer à exercer ce métier. Surtout en milieu rural, pour beaucoup de mères de famille, c'est un métier qui est pratique et qui permet de concilier vie de famille et vie professionnelle. En moyenne les assistants d'éducation aujourd'hui ont une trentaine d'années, ce ne sont plus des étudiants de 20 ans qui font ça pour payer leurs études".

Audrey, AED près de Grenoble confirme : "Dans mon établissement, ce ne sont plus des jobs d'étudiants, on est toutes des mamans ! Dans les grandes agglomérations, oui, effectivement il y a des étudiants qui viennent bosser comme AED, mais sur des petits collèges comme le nôtre, on est plus âgés, on a une famille et on recherche une situation pérenne".

"Il y a quand même besoin d'une certaine maturité pour exercer ce métier", renchérit Héloïse, 31 ans, en poste à Clermont-Ferrand. "Les chefs d'établissement ont besoin de personnels qui sont là régulièrement, à temps plein. J'aurais voulu continuer, j'ai beaucoup aimé être surveillante, on a une relation particulière avec les élèves, je me sens utile. On est un peu les fourmis qui font tout le travail qu'on ne voit pas forcément au premier coup d'œil mais qui est nécessaire pour le bon fonctionnement de la vie au collège. Les élèves, je les connais bien, on a la mémoire de ce qui s'est passé les années précédentes, des problèmes qu'ils ont pu rencontrer, que ce soit au niveau scolaire ou au niveau personnel. On a tendance avec les années à avoir plus de facilité aussi à se positionner, on sait gérer une situation de crise. C'est justement pendant les 5ème et 6ème années que l'on commence à être à l'aise et à savoir exactement comment il faut réagir."

"Sentiment d'abandon"

Héloïse a monté un club littéraire pour donner aux jeunes l'envie d'écrire, elle s'occupe de "Devoirs faits", un dispositif d'aide aux devoirs pour les élèves en difficulté. Quand les assistants d'éducation ont passé plusieurs années dans un établissement, ils sont souvent plus investis, à l'image d'Isabelle, 55 ans, AED depuis 6 ans dans un lycée professionnel à Montrouge, en région parisienne. Elle s'occupe en particulier des élèves primo-arrivants, elle les accompagne dans leurs démarches. "Je suis incroyablement triste de les quitter, comme un sentiment d'abandon...", se désole-t-elle.

"Dans mon établissement on me dit qu'on aimerait me garder mais tout va dépendre de ce fameux décret, raconte Emmanuelle, surveillante près d'Annecy. On attend, on ne peut rien faire et puis on va peut-être se retrouver le bec dans l'eau à la fin de l'année. Les élèves me demandent en permanence 'tu vas rester, tu vas rester ?' et je ne peux pas leur répondre, on ne sait rien. J'aime mon métier, je trouve ça vraiment dommage ! Je n'ai pas envie de chercher autre chose puisque c'est ce que je veux faire donc j'espère vraiment que ce décret va sortir pour que je puisse continuer."