Publicité

Comment écrire des thrillers ? Les conseils de Franck Thilliez, spécialiste du suspense

Comment écrire des thrillers ?
Comment écrire des thrillers ?
© Getty - Libre de droits

Que recherchons nous à travers les œuvres de fiction flippantes ? Comment écrire pour faire peur ? A quoi faut-il faire attention dans la rédaction d'un tel livre ? Les trucs de l'auteur de "Charybde et Scylla", "Vertige" et plus récemment de "Labyrinthes".

Le romancier publie « Le plaisir de la peur » (Le Robert), un recueil de ses notes qui propose des techniques d'écriture pour écrire des livres à suspense. Invité de l’émission Grand bien vous fasse consacré au frisson de la terreur, il a donné au micro d’Ali Rebeihi quelques pistes pour se lancer.

1 - Prendre du temps en amont

Pour Franck Thilliez : « L’art de faire peur est une mécanique de précision qui ne s'improvise pas. Il faut prévoir une grande phase de préparation.

Publicité

Le suspense ressemble à une montre avec de nombreux engrenages à assembler. Surtout, cette horloge doit donner l'heure exacte.

Dans un genre comme le thriller, les lecteurs sont souvent des experts. Comme c’est un type littéraire qui repose sur une fin réussie, il faut la soigner. Vous pouvez avoir 580 pages extraordinaires. Mais si les 20 dernières sont ratées, c'est tout le livre qui l’est ! Donc c'est très important de prendre le temps de construire son livre en amont. »

2 - Ne pas être trop explicite

Franck Thilliez le sait maintenant : « Il faut être très mystérieux, j'en suis convaincu. Quand j'ai commencé à écrire, je me disais que pour faire peur, il fallait y aller frontalement et exposer les scènes les plus terribles au lecteur. J'ai donc créé des histoires policières assez dures avec des scènes de crime telles que des policiers pouvaient les décrire. Mais je me suis rendu compte que cela ramenait les gens à la réalité. Or, quand on lit un roman, on cherche l’évasion, même s’il évoque notre monde.

Avec l'expérience, je me suis rendu compte que c'était beaucoup plus fort de suggérer des scènes, parce qu'en fait cela faisait l'imaginaire du lecteur. Chacun se représente ses propres monstres.

Et c'est ça qui génère la peur chez le lecteur. »

3 - Connaître les différentes sortes de peur

Pour écrire le suspense, il faut savoir avec quel type de peur, on veut jouer. Franck Thilliez explique : « Je crois que c'est Freud qui a divisé nos frayeurs en trois, en trois.

  • Il y a l'effroi, l'immédiateté, le fait d'être surpris. C’est le chat noir qui tout à coup va traverser l'écran.
  • Il y a l'angoisse, c'est la préparation à un événement qui nous fait peur.
  • Et puis la peur est centrée sur un objet bien précis : le vide, le noir

Et donc dans les romans, on joue avec ces différentes formes pour agir sur le lecteur.

4 - S’inspirer des très grands : « Le Horla » de Maupassant ou les livres de Stephen King

Le Horla de Maupassant, peut-être lu un peu trop jeune, a terrifié Franck Thilliez. « Peut-être justement, parce qu’on ne voit pas le monstre, dont on soupçonne la présence. On a envie de le voir, mais en même temps, on ne sait pas qui il est. Comme chacun imagine son propre monstre… On a peur. Et lorsqu’on se couche le soir, on imagine qu’il pourrait être dans notre chambre.

Je l'ai relu, il n'y a pas si longtemps pour savoir pourquoi l’enfant que j’étais avait eu peur. Et ça fonctionne encore très bien, car il fait appel à notre imaginaire, aux présences invisibles, et à tous ces bruits que l’on peut entendre quand on se couche.

Stephen King a déclenché mon envie d’écrire les thrillers. Peut-être parce que je l’ai lu adolescent à l’âge où on absorbe beaucoup les émotions, où l’on cauchemarde beaucoup. J'étais effrayé à la limite du traumatisme, et en même temps, j’y retournais. Ce sentiment ambivalent d'avoir du plaisir à s'effrayer m’a toujours fasciné. »

5 - Inventer des monstres qui nous ressemblent

« Le monstre qui fait le plus peur est celui qui nous ressemble le plus » disait Stephen King. Franck Thilliez raconte que quand il dédicace son livre Labyrinthe, il « Parle de ce labyrinthe où se cachent nos minotaures ou nos monstres. Ils sont finalement au fond de chacun d'entre nous. Et quand on lit ces romans-là et qu'on voit les personnages qui sont eux-mêmes des monstres, on s'interroge sur soi. Et on s’inquiète. »

6 - Emmagasiner vos cauchemars

J’ai vu L'Exorciste à douze treize ans. Peut-être mes parents n'ont pas fait suffisamment attention. C'est un film traumatisant. Il m’a fait peur, et m'a touché psychiquement. À un point tel que j'avais peur d'aller me coucher, que je laissais la lumière allumée, je me cachais sous mes draps, je me réveillais en pleine nuit et j'ai commencé à faire des cauchemars récurrents.

Et je pense avoir ensuite accumulé un tas d'images terrifiantes qui ressortaient au moment de l'écriture.

7 - Jouer avec l’attraction des images tordues étranges

Pourquoi les lecteurs se ruent-ils sur les thrillers ? Pour Franck Thilliez : « Ils recherchent de l'émotion brute, des montées d'adrénaline, des sensations de plaisir. Les hormones de la peur sont assez proches dans le cerveau de celles du plaisir.

Mais avant tout, dans l’envie de trembler se trouve une volonté de transgression. Dans une société normée, sécurisée, aller vers la peur, c'est franchir des normes sociales auxquelles on n’est pas habituées. C’est un peu le manège, on ressent des sensations au rythme d'une peur sécurisée.

On se confronte au danger, mais on est protégé. Avec un livre, si je veux arrêter d'avoir peur, je referme le livre et ça cesse. »

N’oublions pas que la peur est au départ l'émotion de la survie et du danger. Finalement, si l'espèce humaine existe aujourd'hui, c'est parce que les premiers hommes ont eu peur.

C'est parce que le lapin a peur, qu’il court plus vite et il a survécu. Et finalement, aujourd'hui, on est dans une société où cette peur, on ne peut plus la tester. Aller vers des livres d'horreur, c'est un moyen d'exercer cette peur nécessaire au cas où il arriverait quelque chose. »

8 - Mettre de la distance

C’est une question d’hygiène pour Franck Thilliez : « Je m’impose une certaine distance. Un peu comme un journaliste d'investigation, ou un photographe de guerre qui va prendre du recul entre ce qu'il découvre et la personne qu'il est. Pour rendre compte d’un fait de société absolument terrifiant, j'ai cet œil assez distant par rapport à ce que je vis. Ce qui n'empêche pas d'avoir parfois de temps en temps des périodes de transfert. Quand j'imagine des histoires de rapts d'enfants. Les miens sont un peu grands maintenant, mais je pense toujours à la possibilité que cela leur arrive. »

9- Peaufiner l’ambiance

Enfin, Franck Thilliez insiste sur un point : « L'ambiance est essentielle dans les romans. Dans Labyrithe, l’une des cinq femmes vit dans une cabane au fin fond d'une forêt des Vosges parce qu'elle est électrosensible, et ne supporte plus les ondes.

Elle est toute seule, il fait -20 degrés, il y a de la neige et on se doute, même s’il ne se passe rien qu’il va arriver quelque chose. On est dans ce genre-là, et on attend ça. Ce processus fonctionne en soi et c’est ce qui est fort ce genre littéraire.

ECOUTER | Grand bien vous fasse avec Franck Thilliez