Comment parler de la guerre en Ukraine avec les enfants ?

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Comment parler de la guerre en Ukraine avec les enfants ?

Comment parler de la guerre en Ukraine avec les enfants ?
Comment parler de la guerre en Ukraine avec les enfants ?
© Getty

Doit-on l'aborder avec eux même s'ils ne posent pas de question ? Comment s'adapter à leurs âges ? Et doit-on les rassurer ? Dans Barbatruc, avec Dorothée Barba, Marie-Rose Moro, pédopsychiatre et directrice de la maison de Solenn à Paris répond à ces interrogations.

Doit-on leur parler du conflit ?

Pour Marie-Rose Moro, il est essentiel de parler du conflit aux enfants et aux adolescents. Car même s'ils ne posent pas de questions sur ce sujet, ça les concerne. Les enfants sont en contact avec des témoignages plus ou moins directs de la guerre en Ukraine, même en dehors du foyer. Sur les réseaux sociaux, ils peuvent aussi être exposés à des images plus ou moins difficiles. Pour eux, ce sont des choses exceptionnelles qui naturellement les inquiètent.

Il faut bien se rendre compte que certains de nos enfants, mais aussi de nos adolescents, peuvent imaginer des choses encore plus tragiques que ce qui se passe.

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Dans tous les cas pour Marie-Rose Moro, en parler avec ses enfants, c'est prendre en compte au sein du cercle familial la gravité de la tragédie qui est en train de se passer. C'est une étape indispensable pour préserver une bonne relation entre parents et enfants.

Comment leur en parler ?

S'il est essentiel de parler du conflit russo-ukrainien aux enfants et aux adolescents, il ne faut pas pour autant le faire dans la précipitation. Pour la pédopsychiatre, il est préférable de préparer le sujet en amont. La première chose à faire, nous dit elle, c'est de laisser retomber nos émotions si la situation nous émeut. Dans le cas contraire, l'inquiétude ou le stress du ou des parents risque de déteindre sur l'enfant.

Il faut leur en parler de manière tranquille et de manière juste et authentique.

Une fois les émotions retombées, il faut créer les conditions nécessaires pour pouvoir en parler. Marie-Rose Moro préconise de choisir un ou plusieurs moments où la discussion va se dérouler. Au cours de cet instant, il est important de relier l'échange à quelque chose de concret comme un extrait de journal télévisé, pour contextualiser la discussion. Tout ceci permet de répondre aux questions de l'enfant, mais aussi de lui transmettre nos inquiétudes légitimes, tout en restant rassurant. L'autre chose importante est d'éviter de parler trop souvent du conflit et de l'actualité en leur présence. Car oui, au même titre que l'actualité permanente peut être anxiogène, évoquer un sujet sensible trop souvent risque de perturber le ou les enfants.

Comment s'adapter à leur âge ?

Les enfants et les adolescents ne réagissent pas de la même manière à ce genre de situation. Par exemple, la pédopsychiatre explique qu'en fonction de l'âge, l'enfant pose des questions plus ou moins directes. Comment donc adapter son discours au besoin de son enfant ?

  • Les adolescents ont souvent besoin de faits géopolitiques. Ils ont aussi besoin parfois de dire leur colère contre ce monde-là où les crises se succèdent les unes derrière les autres. Dans ce genre d'échanges, ils attendent un certain pragmatisme de la part de leurs parents. La présence d'un cadre et de lucidité sur la situation va les rassurer.
  • Les plus petits ont plutôt besoin de pragmatisme. Ils veulent comprendre concrètement comment ça marche. Marie-Rose Moro donne comme exemple de questions : « Mais comment on peut envahir son voisin ? Comment on peut menacer des enfants ? » Répondre pas-à-pas à ces questions leur donne une meilleure visibilité sur le sujet tout en évitant qu'ils imaginent des choses plus graves.

L'impact des crises successives sur les enfants et adolescents

Marie-Rose Moro souligne que les enfants d'aujourd'hui traversent successivement des crises. Le terrorisme, les questions climatiques, la Covid-19 ou encore la guerre. Tout ceci les marque, mais peut aussi impacter leur futur. La pédopsychiatre explique que la légèreté et l'insouciance sont des caractéristiques nécessaires pour la construction de l'enfant. 

Il ne faut pas oublier que nos enfants et nos adolescents ont besoin de jouets, de rêves, de beauté, d'émerveillement, mais aussi d'idéaux.

Mais lorsque les enfants sont confrontés à des événements difficiles de manière répétée, ils finissent par douter et avoir des difficultés pour se projeter, et rêver : « Les guerres ont des effets non seulement ici et maintenant sur la violence de ce qui se passe. Mais il y a aussi comment elles vont impacter demain. » La guerre s'impose aux enfants et va les marquer en tant que génération. Pour passer outre, il est donc nécessaire de les soutenir et de leur permettre de continuer à s'évader, en leur garantissant un cadre familial propice.

Barbatruc
56 min