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Comment repenser notre manière de consommer la mode et de nous habiller

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Boutique d'occasion, "Les Grands Voisins" à Paris, octobre 2017. October 1
Boutique d'occasion, "Les Grands Voisins" à Paris, octobre 2017. October 1
© AFP - STEPHANE DE SAKUTIN

La pandémie a indéniablement bousculé nos habitudes de consommation de vêtements suite à la fermeture des magasins pendant de longues semaines. Si elle a motivé les achats en ligne, elle semble aussi permettre une réflexion sur nos manières de consommer.

Friperies, troc, ventes d'habits de seconde main en ligne, nombreuses sont les initiatives qui se sont développées ces dernières années pour favoriser la vente de vêtements d’occasion. Mais comment faire en sorte que ces initiatives se poursuivent et se pérennisent ? C'est ce que sont venus discuter Serge Carreira, maître de conférences à Science Po spécialisé dans la mode et le luxe et Etienne Djelloul, vice-président de la Fédération nationale de l’habillement, au micro de Marion L'Hour dans l’émission “Le téléphone sonne”.

L’achat réfléchi postpandémie

Etienne Djelloul : **"**Les boutiques de dépôt vente ont toujours existé, mais maintenant elles sont actualisées avec l'effet de mode et l'ajustement de marché, mais aussi parce que beaucoup de jeunes réfléchissent à cela. Et c'est favorable à la consommation. 

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La façon de consommer va être différente, des réflexions vont être engagées dans une intelligence de consommation et de proximité."

Stéphanie Calvino, qui participe au projet Résilience de Roubaix, confirme : “La pandémie a été un déclic puisque l’urgence était de fabriquer des masques. On a construit un atelier en 3 jours dans lequel 250 personnes ont travaillé.

On a éduqué les gens à acheter sans valeur. On fait croire aux gens de la consommation rime avec bonheur et accumulation”, regrette-t-elle.

Une forte demande d'éthique de consommation

Serge Carreira : "Il y a une explosion du marché de l’échange ou de la vente de vêtements d’occasion chez les jeunes, mais il faut des achats au départ pour activer cette économie circulaire dans la mode. Il y a définitivement une envie de consommer mieux de la part des consommateurs.

Si l'on veut que les normes environnementales sur les matériaux et les normes sociales sur les personnes qui réalisent ces vêtements soient respectées, il faut effectivement des niveaux prix non pas de luxe mais plus justes.

Il faut des initiatives de transparences ou d’engagement sociétaux qui permettent d’être en interaction et en communauté avec ses consommateurs. Ils sont aujourd'hui plus des 2/3 à être en demande d’une certaine éthique."

Le prix, un frein à l'engagement ? 

“Il y a un modèle à ajuster, admet Etienne Djelloul. Il me paraît évident que tant que nous aurons des différences importantes dans les prix de vente entre le made in France et les produits venant de l'extérieur, il y aura des familles qui ne pourront pas honorer cet achat."

Serge Carreira : "Il y a surtout une nécessité d'échange et de dialogue pour permettre à un produit de durer un peu plus longtemps et non un produit périssable ou à obsolescence immédiate au bout de 4-5 semaines : le paramètre de qualité et de durabilité est à prendre en compte. Concernant la différence de prix, il ne faut pas non plus être schizophrénique si on souhaite une mode responsable, éthique, et si l'on veut que l'ouvrier derrière sa machine à coudre ne soit pas un enfant de 5 ans. Un t-shirt ne coûte pas 5 euros.

Le consommateur doit être dans une démarche d’acte militant et le commerçant indépendant aussi en s'engageant vis-à-vis de ses fournisseurs français.

Ces échanges doivent se faire avec un changement de paradigme : ce qui doit être demandé aux prestataires et aux fournisseurs, ce n'est pas le prix le plus bas, ce qu'on leur demande aujourd'hui, mais le prix qui permet de respecter l'ensemble des standards."

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Le téléphone sonne par Marion L'Hour : La mode du monde d'après