Comment un jeu vidéo ultra-réaliste sert à créer de fausses images de la guerre en Ukraine

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Comment un jeu vidéo ultra-réaliste sert à créer de fausses images de la guerre en Ukraine

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Ces images, présentées comme l'attaque d'un convoi de l'Otan en Ukraine, sont en fait tirées d'un jeu vidéo
Ces images, présentées comme l'attaque d'un convoi de l'Otan en Ukraine, sont en fait tirées d'un jeu vidéo
- Capture d'écran YouTube / MILMAN

Le studio indépendant tchèque Bohemia Interactive a publié un communiqué pour dénoncer l'utilisation récente de vidéos tirées de son jeu de guerre ultra-réaliste "Arma 3", pour faire croire à de vraies vidéos de conflits en cours, en particulier de la guerre en Ukraine.

Savez-vous ce qu'est un "mod" ? Dans le monde du jeu vidéo, ce terme (diminutif de "modification") désigne la possibilité pour les joueurs de "bricoler" les ressources d'un jeu pour y ajouter par exemple de nouvelles fonctions, changer le comportement des adversaires, ou intégrer des objets qui n'y existent pas à l'origine. Ces "mod" peuvent ensuite être partagés avec d'autres joueurs, et dans certains cas, transforment tellement l'expérience d'origine qu'elle devient presque un nouveau jeu. Parmi les exemples les plus célèbres, on peut citer "Defense of the Ancients", à l'origine un mod du jeu de stratégie "Warcraft 3" qui a fini par inspirer notamment "League of Legends", l'un des jeux en ligne les plus joués au monde actuellement.

Concrètement, dans le cas d'un titre comme "Arma 3", jeu de tir tactique sorti en 2013 sur PC et Mac qui simule une guerre imaginaire se déroulant en 2035, il suffit d'installer quelques mods pour recréer dans leurs moindres détails d'autres conflits. Et ce, qu'ils soient historiques (guerres mondiales, Vietnam...), imaginaires mais réalistes (un conflit mondial dans les années 80 suite à une invasion de l'Allemagne de l'Ouest), ou totalement fantaisistes (apocalypse zombie ou invasion extraterrestre). Il y a de quoi faire : il existe aujourd'hui plus de 20.000 mods téléchargeables pour "Arma 3" sur la boutique en ligne Steam.

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Afghanistan, Syrie, Palestine, Inde, Pakistan, Ukraine...

Le problème, c'est qu'il suffit également de quelques mods pour ajouter des véhicules et des armes contemporains, et recréer un conflit bien réel et en cours, y compris pour alimenter de la propagande de guerre. Dans un communiqué publié ce lundi, le développeur de "Arma 3" s'inquiète ainsi de voir apparaître de plus en plus souvent de fausses vidéos présentées comme tournées en Ukraine. "Cela s'est déjà produit par le passé", explique Pavel Křižka, responsable des relations publiques de Bohemia Interactive. "Des vidéos d'Arma 3 auraient illustré des conflits en Afghanistan, en Syrie, en Palestine, et même entre l'Inde et le Pakistan. Mais aujourd'hui, ce contenu a pris de l'ampleur dans le contexte du conflit en Ukraine."

Il faut dire que les images du jeu sont souvent criantes de réalisme. Comme par exemple sur la chaîne YouTube MILMAN, qui publie régulièrement des extraits de séquences du jeu (en précisant bien leur origine). On voit par exemple ici la destruction imaginaire de deux tanks russes par un missile anti-tank ukrainien (à partir de 2'37" dans la vidéo).

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Un extrait modifié et réutilisé en octobre 2022 par un compte basé au Mali, selon nos confrères de France 24, mais avec une nouvelle légende, pour faire croire à la destruction d'un convoi de l'Otan par l'armée russe.

Le développeur avait déjà averti sa communauté de l'utilisation de plus en plus importante d'images tirées de son jeu dès les débuts de la guerre en Ukraine, fin février 2022.

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Une utilisation qui ne plaît pas du tout au studio indépendant tchèque, qui demande systématiquement le retrait de ces vidéos sur les différentes plateformes concernées (de Twitter à YouTube en passant par Instagram et Facebook). Souvent en vain : "Pour chaque vidéo retirée, dix autres sont mises en ligne chaque jour", regrette Pavel Křižka. La société a donc décidé d'apporter son expertise sur son propre jeu pour aider le travail des journalistes chargés de vérifier ces informations. "Nous avons constaté que la meilleure façon de résoudre ce problème est de coopérer activement avec les principaux médias et agences de vérification des informations (comme l'AFP, Reuters et autres), qui ont une meilleure portée et la capacité de lutter efficacement contre la diffusion de ces informations trompeuses."

Des astuces pour ne pas se faire piéger

En marge de ce travail avec des professionnels, Bohemia Interactive a également publié des conseils et une vidéo pour apprendre à ne pas tomber dans le panneau. Les principaux indices sont :

  • une mauvaise résolution d'image : les fausses vidéos sont souvent floues et pixelisées pour éviter qu'on les identifie comme tirées d'un jeu vidéo
  • une caméra qui tremble : une autre astuce censée accentuer le côté "réaliste" de la vidéo
  • une absence de son et des images obscures ou de nuit, là encore pour ne pas permettre d'identifier l'origine de l'extrait
  • l'absence d'humains visibles, les déplacements naturels étant encore trop difficiles à reproduire en jeu vidéo

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