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Condamné à dix mois de prison pour des mails malveillants à 42 députés : "J'ai été piraté !"

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L'homme a été condamné à dix mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé des menaces de mort à 42 députés
L'homme a été condamné à dix mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé des menaces de mort à 42 députés
© AFP - Hans Lucas / Juliette AVICE

Un homme de 34 ans a été condamné ce jeudi 15 avril à dix mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé des menaces de mort à 42 députés, début mars. Le trentenaire, déjà condamné pour des faits similaires, nie en être l'auteur, affirmant avoir été piraté.

Pendant deux jours, les 5 et 6 mars derniers, 42 députés français ont reçu de mystérieux – voire inquiétants – mails, sur leur adresse de l'Assemblée nationale. Les destinataires, de tous bords politiques, avaient ceci de commun que leurs noms commençaient par la lettre C, ou la lettre M. L'une de ces missives était, par exemple, envoyée avec, pour objet "Menace de décapitation symbolique". Dans d'autres était écrit : "Je rêve d'un 'Case départ ' 2 [comédie sur l'esclavage, ndlr] où ce sont les Africains qui envahissent la France et la rendent esclave", "Ce qu'ils nous ont fait on fait, ils, continueront à le faire, ces chers Calimero", "Vous allez payer bande d'enc*** de merde" ou "La France, on va vous faire votre fête bande d'arrogants". 

Certains mails sont accompagnés d'images : pèle-mêle une photo de personne en train de se faire égorger, une affiche du film Tanguy2 ou la Une de Charlie Hebdo qui montrait des dessins de tête décapitées accompagnées du titre "A qui le tour ?". Quelques jours après réception, Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, saisit la justice.

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Un mois et demi plus tard, l'homme soupçonné d'avoir envoyé ces messages malveillants l'assure, devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris : ce n'est pas lui qui a émis ces courriers, partis de sa boîte mail. Il est victime de ce qu'il nomme "une piraterie". Comprenez : son adresse a été piratée. Déjà condamné en 2018 à quatre mois de détention pour des menaces réitérées en ligne, cet homme de 34 ans, originaire du Cameroun, est vite apparu comme le suspect numéro un aux yeux des enquêteurs de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), chargée du dossier. D'autant que son nom apparaît en toutes lettres dans l'adresse de l'expéditeur. 

"Comment savez-vous que vous avez été piraté ?", lui demande la présidente, visiblement sceptique. "Je voyais des messages envoyés de ma part à d'autres personnes depuis quelques temps", répond le prévenu, qui comparaît détenu. Il semble groggy, dans son box, à tel point que la juge doit lui demander s'il "est avec nous".

Un ordinateur utilisé à son insu

Autre piste avancée par la défense : quelqu'un se serait servi de l'ordinateur du prévenu à son insu, ce-dernier expliquant ne pas verrouiller la porte de son logement fourni par le Samu social. Le trentenaire a perdu son emploi après un burn-out, et vit depuis du RSA et de la livraison de repas pour des plateformes internet. À la question de savoir pourquoi il n'a pas soumis cette piste aux enquêteurs, ce-dernier rétorque avoir pensé que "ça allait s'arrêter-là".

"Fantaisiste", juge la procureure, pour qui l'homme est complètement coupable, et responsable. Une expertise psychiatrique a conclu que cet homme ne souffre d'aucune pathologie, tout en soulignant son fort penchant "mégalomane" et "narcissique". La représentante du ministère publique rappelle que "Charlie Hebdo, aujourd'hui, c'est tout un symbole, celui de la liberté d'expression à laquelle nous sommes tous attachés" tout en ajoutant que cette liberté "connaît certaines limites et doit être encadrée". Elle revient sur le côté mégalo du prévenu : "Le fait d'envoyer des mails à 42 députés, il se doute bien que ça va remuer certains interlocuteurs. Alors, monsieur qui aime bien faire la lumière sur lui, il a réussi son coup", dit-elle, en référence aux journalistes présents dans la salle. Après avoir rappelé que, en état de récidive légale, il encourt jusqu'à dix ans de prison, elle réclame une peine de quinze mois de détention, dont neuf avec sursis.

Parquet en copie et vrai nom d'expéditeur

Son avocat insiste sur l'hypothèse du piratage, demande la relaxe. Il estime que l'enquête n'a pas été menée à charge et à décharge, comme il se doit. Selon lui, il aurait fallu "regarder l'historique de consultation des pages web" de son client pour voir s'il avait une sorte de "monomanie anti-colonialiste". L'avocat ajoute trouver "curieux" que l'expéditeur mette le parquet en copie des mails, et utilise une adresse avec un vrai nom. Quant au fait que les députés aient la même initiale, ce serait le signe d'un piratage à partir d'un listing.

Sentant peut-être que l'argumentation ne fait pas mouche, il décide de changer de stratégie, avançant que ces mails – que son client nie toujours avoir rédigés – ne peuvent pas nécessairement être assimilés à des menaces de mort, que la qualification n'est peut-être pas la bonne. "On a dans l'objet du mail le fait que c'est symbolique", argue le défenseur, estimant que, lorsqu'il est précisé que c'est symbolique, on "n'a pas autant peur".

Condamnés à 18 mois de détention, dont huit fermes, le trentenaire est également soumis à une obligation de suivre une formation, et de se faire soigner.