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Congés d'été des soignants : pour l'instant, pas question d'y renoncer vu l'épuisement du personnel

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Les soignants épuisés pourront-ils prendre jusqu'à trois semaines d'affilée cet été ?
Les soignants épuisés pourront-ils prendre jusqu'à trois semaines d'affilée cet été ?
© Getty

Les soignants vont-ils pouvoir partir en vacances cet été ? Si les chiffres épidémiques vont plutôt dans le bon sens ces derniers jours, l'incertitude règne encore sur ce qu'on peut craindre en juillet/août. Mais les chefs de service de réanimation sont conscients aussi que leurs équipes sont exténuées.

Des vacances d'été 2020 déjà écourtées, pas de vacances de la Toussaint, pas ou peu de vacances de février, rien à Pâques, et des semaines à rallonge depuis des mois... Sans la perspective de vacances d'été, les soignants vont-ils tenir ? Si la décrue épidémique commence tout juste à se faire sentir, on ne sait pas encore à quoi ressemblera l'été. Les récentes modélisations de l'Institut Pasteur montrent d'ailleurs que la France n'est pas à l'abri d'une nouvelle vague cet été. La levée des mesures de freinage, associée à une plus grande contagiosité des variants, pourrait, si la vaccination ne va pas assez vite, conduire à une quatrième vague qui pourrait s'amorcer dès le mois de juin.

Les semaines à venir restent malgré tout difficiles à anticiper. Quel sera l'impact du climat, sachant que les scientifiques supposent que le virus est moins transmissible l'été ? Quel sera le rythme et l'étendue des vaccinations ? Quels seront les comportements individuels ? Quelle sera la circulation des variants ? Début juin, on sait que 20 à 25% de la population aura été infectée et que 15 à 20 millions de français auront été pleinement vaccinés.

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Un besoin impérieux de prendre des congés

Dans les services de réanimation en tout cas, on se dit que sans congés d'été, les personnels ne tiendront pas. Beaucoup de chefs de service prévoient donc des congés quoi qu'il arrive. Les infirmiers et aides soignants tournent à 60 heures par semaine, et accumulent des centaines d'heures supplémentaires depuis des mois. Idem pour les médecins : à l'hôpital Nord de Marseille, les médecins ont deux à trois gardes de plus tous les mois et passent au moins un week-end sur deux à l'hôpital, depuis des mois. "À ce rythme, si on ne leur promet pas des congés cet été, ils vont tous finir par quitter l'hôpital public !", prévient le professeur Marc Leone, chef de service de réanimation. "Il ne faut pas oublier", ajoute-t-il, "que ce sont des métiers en tension, ils sont très demandés, donc logiquement, ils iront au plus offrant si l'hôpital public n'est même pas capable de leur proposer un peu de répit, et on risque de les perdre".

"Chez moi, les infirmières et aides soignantes me disent déjà qu'une fois que le Covid derrière nous, elles quitteront le métier ou au moins Paris", renchérit le Professeur Jean-François Timsit, chef de service de réanimation à l'hôpital Bichat à Paris. "On les sent de plus en plus irritables, les personnels sont moins motivés aussi, le travail les épuise et tout ça est devenu très répétitif, avec toujours la même masse de patients, ce qui est très déprimant". En tout et pour tout, il n'a pris, lui, que trois jours à Noël cette année. "Et je ne dors plus, tellement je me fais du souci pour mon service et mes équipes". Il constate aussi, avec amertume, que les internes ont littéralement fui son service pour leur stage semestriel qui vient de débuter : il n'a que cinq internes au lieu des dix espérés. "La réanimation les fait fuir, ils préfèrent prendre les stages d'anesthésie. Ils voient bien que depuis des mois ce sont les soignants qui paient la relative liberté qu'on accorde à la population".

Alors cet été, il veut s'y tenir : ceux qui veulent partir trois semaines partiront trois semaines. Pour libérer du personnel, il fermera 20% de ses lits. "On devra tenir avec 20 lits au lieu de 26. Sans cette perspective, je vais avoir des arrêts de travail et des démissions en cascade, je le crains... ils vont craquer". Et s'il y a une quatrième vague ? "Je ne sais pas", concède-t-il.

D'autres chefs de service sont plus attentistes pour l'instant, et préfèrent se donner un peu de temps avant de se prononcer sur les congés : "En fait, c'est plutôt d'ici un mois qu'on saura vraiment à quoi s'attendre cet été", explique l'infectiologue Karine Lacombe. On sera alors quelques semaines après la réouverture des écoles et des terrasses, on en mesurera pleinement les effets.". À l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, la direction n'a pas encore communiqué aux équipes sur le sujet. "On n'en est pas là encore, explique le Professeur Alexandre Demoule, chef de service de réanimation à la Pitié Salpétrière, on gère toujours l'énorme troisième vague dont la décrue n'a pas encore réellement commencé dans nos services".