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Constance Debré : "Je crois que tous les milieux sont détestables, quels qu'ils soient"

Par
Constance Debré
Constance Debré
© AFP - Joël Saget

Après "Play boy" et "Love me tender", Constance Debré publie une nouvelle autofiction où elle poursuit son processus de dépouillement intérieur au ton musclé, son refus des normes dont celles induites par son propre "Nom". Elle est en compétition pour le 48è Prix du Livre Inter

La narratrice dit 'Je'. Il n'y a pas de cache et d'ailleurs il ne peut pas y en avoir qu'en Constance, puisque la narratrice du livre c'est Constance Debré, pense que la littérature doit être exemplaire. Constance Debré poursuit donc son travail de dépouillement et d'écriture et les deux sont intimement liés. Après Love Me Tender, nous savions qu'elle avait choisi de ne plus être avocate, de ne plus avoir d'appartement. Et là, elle va plus loin. Mais est ce qu'on peut aller plus loin ? Est ce qu'on peut se débarrasser de ses origines ? Le titre du livre, c'est nom. N. O. M. Il s'agit de refuser la famille, l'enfance. Et pourtant, c'est elle, Constance, qui accompagnera son père dans les derniers moments de sa vie. Refuser, est ce que ça veut dire ne pas aimer? Ce n'est pas sûr. Ce qui va plus loin. Parce qu'il nous interpelle. Il nous dit Il faut se barrer, il faut refuser la vie lamentable !

La grande peur, c'est le désordre

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Il faut donc qu'on soit bien rangé, explique Constance Debré, bien rangé dans nos familles, dans notre travail, mais poursuit-elle : "Pour qu'on soit bien rangés dans toutes ces structures, il faut qu'on y croit. On nous inculque la foi dans la famille et qu'il n'y a pas de vie qui puisse se dérouler hors de ces structures. Donc, je pense juste qu'il faut se dire 'mais non, ces structures n'existent pas en tant que telles'."

Ce cheminement, philosophique et intérieur, devient aussi un cheminement politique : "Critiquer la famille, la foi dans cette société matérialiste, que ce soit par la consommation ou la propriété, c'est critiquer la société. Donc c'est évidemment une position politique."

Avec ce livre, Constance Debré va plus loin et tente de nous atteindre, nous, lecteurs.

"La littérature, c'est quand même essayer de parler plus largement d'à peu près tous les sujets et en son nom, en mettant son nom sur la couverture et son corps dans les pages. C'est quelque chose d'absolument essentiel. Donc oui, bien sûr que je m'adresse aux lecteurs en leur disant : 'Moi, je fais comme ça, je pense comme ça. Venez avec moi. Ne vous laissez pas enfermé par des fausses pensées, par des croyances. Essayez de voir en vous même si toutes ces choses, ce sont des choses que vous pensez vraiment, ou si vous avez pris pour acquis des pensées, des croyances qu'on vous a inculqué. Mais regardez moi, j'essaye de déplacer un peu les choses. Et alors, vous en êtes vous ?' "

Constance Debré et Eva Bettan

7 min