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Consultations, hospitalisations, décès : les canicules ont coûté entre 22 et 37 milliards d'euros depuis 2015

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À l'hôpital gériatrique d'Argenteuil (Val-d'Oise), en juillet 2013
À l'hôpital gériatrique d'Argenteuil (Val-d'Oise), en juillet 2013
© AFP - Fred Dufour

En plus du bilan humain, les vagues de chaleur enregistrées en France depuis 2015 ont coûté en moyenne 814 euros par habitant exposé, d'après une étude de Santé Publique France. Face à la multiplication prévisible de ces phénomènes climatiques extrêmes, il est urgent de prendre des mesures, soulignent les chercheurs.

De plus en plus fréquents, les épisodes caniculaires sont aussi de plus en plus intenses, et ont des impacts humains de plus en plus importants. Et si ces derniers semblent parfois n'inquiéter que modérément les gouvernements successifs ou les grandes entreprises, peut-être seront-ils plus alarmés par ce que cela leur coûte...

C'est cet impact financier que des chercheurs de Santé Publique France et de l'université Aix-Marseille ont voulu mesurer, dans une publication dévoilée ce mardi. D'après leurs estimations, entre 2015 et 2020, l'impact sanitaire de la canicule se chiffre entre 22 et 37 milliards d'euros (en fonction de la méthode de calcul adoptée). Explications.

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Seuls trois départements épargnés par la canicule depuis 2015

Quelques données brutes d'abord : sur les six années étudiées, seuls le Finistère, les Côtes-d'Armor et la Creuse ont échappé aux vagues de chaleur. Sur les 93 autres départements de France métropolitaine, 2 716 alertes canicule journalières ont été recensées. L'été 2019 a été particulièrement suffocant, avec un épisode exceptionnel fin juillet qui a conduit Météo France à placer vingt départements en vigilance rouge, du jamais vu.

Pour leur étude, les chercheurs ont pris en compte plusieurs données : l'excès de mortalité imputable à la canicule, les visites de SOS médecins ainsi que les passages aux urgences pour des motifs tels que des malaises, des coups de chaleur, des fièvres isolées ou encore une déshydratation. Ils ont tenu compte à chaque fois de la perte de production engendrée. Enfin, ils ont également calculé "la perte de bien-être" liée aux épisodes de vigilance rouge : évitement des déplacements et des activités, annulation d'événements, recours au télétravail, etc. En résumé, tout ce qui est lié  à une activité restreinte. 

814 euros par habitant exposé

Conclusion : c'est la mortalité qui pèse le plus, évaluée entre 15,9 milliards d'euros (si l'on prend en compte les années de vie) et 30,2 milliards (si l'on prend seulement en compte le nombre de décès). La différence entre ces deux valeurs s'explique par le nombre important de morts chez les personnes âgées, dont l'espérance de vie est logiquement plus faible que pour le reste de la population générale. 

Le surcoût engendré par le recours aux soins est lui estimé à 31 millions d'euros. De façon logique, ce sont les hospitalisations qui coûtent le plus cher. L'année 2019 concentre à elle seule plus d'un tiers de ce montant, en raison d'un nombre important de passages aux urgences, en particulier chez des personnes jeunes. Quant à la perte de bien-être, elle est chiffrée à 6,3 milliards d'euros pour les années 2019-2020, les seules concernées par des épisodes de vigilance rouge canicule. 

Autrement dit, rapporté à la population exposée, la canicule a coûté 814 euros par habitant entre 2015 et 2020. Et ce, sans prendre en compte les consultations médicales : celles-ci n'ont pas été comptabilisées en 2020 pour ne pas être biaisées par l'épidémie de Covid-19. Les chercheurs précisent aussi ne pas avoir tenu compte dans leurs calculs des impacts économiques en terme de productivité et de temps de travail, alors que ceux-ci peuvent être conséquents.

"Dans un contexte où les évolutions climatiques annoncent un accroissement des températures et des phénomènes de vagues de chaleur pouvant conduire à une aggravation des impacts sanitaires et économiques, les résultats obtenus soulignent l'importance et l'urgence de mesures d'action permettant de renforcer l'adaptation aux canicules", concluent les auteurs de l'étude.