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COP27 en Égypte : qui est Alaa Abdel Fattah, ce militant dont l'ONU demande la libération

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Alaa Abdel Fattah lors de son procès en 2015.
Alaa Abdel Fattah lors de son procès en 2015.
© AFP - KHALED DESOUKI

Condamné fin 2021 à cinq ans de prison pour "diffusion de fausses informations", le militant Alaa Abdel Fattah est emprisonné en Égypte. À l'occasion de la COP27 dans son pays, il a durci sa grève de la faim, en refusant désormais de boire. L'ONU, Paris et Londres demandent sa libération.

Le sort d'Alaa Abdel Fattah s'est invité dans les discussions entre les dirigeants réunis à la COP27, à Charm el-Cheikh, en Égypte. Ce détenu politique britannico-égyptien est en grève de la faim depuis avril et en grève de la soif depuis dimanche. Ce mardi, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a réclamé sa libération immédiate. La vie de ce militant pro-démocratie "est en grand danger", a indiqué Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat. Quelques heures après, c'est le chancelier allemand Olaf Scholz qui a appelé à sa libération, disant craindre "une issue mortelle" à ses sept mois de grève de la faim.

Lundi déjà, le Premier ministre britannique Rishi Sunak et le président français Emmanuel Macron ont abordé ce sujet lors de leur entretien avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Rishi Sunak a indiqué qu'Alaa Abdel Fattah est "une priorité" pour Londres et s'est engagé à continuer à "faire pression pour qu'il y ait du progrès". Emmanuel Macron a assuré que le président égyptien s'était "engagé" à ce que la santé d'Alaa Abdel Fattah "soit préservée" et a dit espérer que "les prochaines semaines et les prochains mois permettront d'avoir des résultats".

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Un militant britannico-égyptien

Alaa Abdel Fattah, 40 ans, est un ingénieur et blogueur égyptien pro-démocratie. Il est issu d'une famille de militants politiques, fils du défenseur des droits de l'homme Ahmed Seif El-Islam, emprisonné sous Moubarak, et de l'universitaire Laila Soueif. Alaa Abdel Fattah est un opposant politique de premier plan en Égypte et un fervent militant des droits de l'homme, auteur notamment de "You have not yet been defeated", (Vous n'avez pas encore été vaincus), un recueil de textes dans lesquels il aborde la question de la résistance et de la construction de la démocratie. "De mon père, j'ai hérité d'une cellule de prison et d'un rêve", écrit-il dans son livre, rapporte The Guardian [en anglais].

En avril dernier, depuis sa cellule de prison, il est devenu citoyen britannique, sa mère Laila Soueif étant née à Londres. Cette nationalité britannique n'a pas été reconnue officiellement par l'Égypte, a précisé le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, président de la COP27.

Une figure de proue de l'opposition à Hosni Moubarak

Alaa Abdel Fattah a participé à quasiment toutes les révoltes en Égypte ces vingt dernières années. Il a été une figure de proue du mouvement d'opposition à Hosni Moubarak dans les années 2000, puis de la révolution de 2011, des manifestations contre l'islamiste Mohamed Morsi deux ans plus tard et de celles contre Abdel Fattah al-Sissi, président depuis 2014.

Son engagement lui a valu d'être emprisonné à plusieurs reprises depuis 2006. Depuis septembre 2019, il est incarcéré à la prison de Wadi al-Natroun, au nord-ouest du Caire, pour avoir tenu des propos hostiles au gouvernement al-Sissi. Il a été condamné fin 2021 à cinq ans de prison pour "diffusion de fausses informations" pour avoir reposté sur Facebook un texte accusant un officier de police de torture. D'après Amnesty international, "les autorités carcérales et les services de sécurité l’ont soumis à tout un éventail de violations des droits humaines, telles que la torture et d’autres mauvais traitements". D'après les ONG, le nombre de détenus d'opinion s'élève à plus de 60 000 en Égypte.

Manal Hassan, la femme d'Alaa Abdel Fattah, lui présente leur bébé né pendant son emprisonnement, en 2011.
Manal Hassan, la femme d'Alaa Abdel Fattah, lui présente leur bébé né pendant son emprisonnement, en 2011.
© AFP - FILIPPO MONTEFORTE

Son sort s'invite à la COP27

Alaa Abdel Fattah est en grève de la faim depuis avril dernier. Il n'ingérait alors qu'un verre de thé et une cuillère de miel par jour et mardi dernier, il a totalement cessé de s'alimenter et de boire dimanche, jour de l'ouverture de la COP27 à Charm el-Cheikh. En juin dernier, l'auteure altermondialiste canadienne Naomi Klein - qui a signé la préface du livre d'Alaa Abdel Fattah - avait appelé à utiliser la tenue en novembre de la COP27 en Égypte comme "un moyen de pression" contre le régime, coupable selon elle de "crimes contre l'humanité".

À l'ouverture de cette COP, trois journalistes égyptiennes ont également annoncé entamer une grève de la faim pour réclamer sa libération, un sit-in a été organisé au Caire, les messages avec le mot-clé #FreeAlaa se sont multipliés sur les réseaux sociaux et plusieurs orateurs de la société civile invités à la COP ont terminé leurs allocutions par la phrase "We are not yet defeated", en référence au livre d'Alaa Abdel Fattah.

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La sœur d'Alaa Abdel Fattah, Sanaa Seif, est présente à Charm el-Cheikh, où elle multiplie les rencontres avec des responsables et les interviews. Elle a d'ailleurs été prise à partie par un député égyptien alors qu'elle tenait une conférence de presse, a constaté un journaliste de l'AFP. "On parle d'un citoyen égyptien détenu de droit commun, pas d'un détenu politique, n'essayez pas de vous servir de l'Occident contre l'Egypte", a tonné le député Amr Darwich, de la majorité présidentielle. Alaa Abdel Fattah "s'en est pris à l'armée et à la police de son pays", a-t-il ajouté,.

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Son état de santé inquiète

L'état de santé d'Alaa Abdel Fattah inquiète ses proches. Pour sa mère Laila Soueif, il peut survivre "un jour ou deux, trois maximum""Il n'y a plus beaucoup de temps, au mieux 72 heures, pour libérer Alaa Abdel Fattah. Si les autorités égyptiennes ne le font pas, cette mort sera dans toutes les discussions à la COP27", avait prévenu dès dimanche la secrétaire générale d'Amnesty International, Agnès Callamard.

Le chef de la diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, a assuré à la télévision CNBC qu'il "bénéficie de tous les soins nécessaires en prison". Pour sa sœur, Sanaa Seif, ces "soins" pourraient en réalité signifier que son frère sera "nourri de force".

Il bénéficie de nombreux soutiens

Alaa Abdel Fattah a des soutiens tout autour du monde, à commencer par ses sœurs, sa mère et sa tante, l'écrivaine Ahdaf Soueif. Sa mère campe depuis deux jours devant sa prison dans l'espoir d'avoir de ses nouvelles. Sa sœur, Mona Seif, avait elle-même entamé une grève de la faim en juin dernier.

Il peut aussi compter sur son amie la canadienne Naomi Klein, qui multiplie les appels à sa libération sur les réseaux sociaux et dans les médias. Il bénéficie aussi du soutien de plusieurs ONG et associations, comme Amnesty international et Reporters sans frontières.

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Par ailleurs, la semaine dernière, quinze prix Nobel ont écrit aux organisateurs de la COP27 pour réclamer sa libération. Pamir eux, 13 lauréats du prix Nobel de littérature, dont les Français Annie Ernaux et Patrick Modiano.

Depuis dimanche, les mots-dièse #FreeAlaa, #SaveAlaa et #LiberezAlaa connaissent un pic d'activité, avec plus de 35 000 messages postés, d'après le compteur de tweets développé par le site spécialisé Visibrain.