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Coupe du Monde 2022 : Amnesty accuse le Qatar de dissimuler la mort de travailleurs étrangers

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La construction du stade Al-Wakrah en février 2018 à Doha, en vue de la Coupe du monde 2022.
La construction du stade Al-Wakrah en février 2018 à Doha, en vue de la Coupe du monde 2022.
© AFP - Karim Jaafar

Combien de travailleurs sont morts sur les chantiers de la Coupe du Monde 2022 au Qatar ? L'ONG Amnesty International publie une nouvelle enquête et révèle que dans 70% des cas de décès, les causes ne sont pas déterminées.

Une nouvelle alerte, une de plus lancée par l'ONG Amnesty International. L'organisation de défense des droits humains Amnesty International appelle le Qatar, pays organisateur de la Coupe du monde de football en 2022, à enquêter sur la mort de travailleurs migrants. Plusieurs décès interrogent. Des centaines de milliers de travailleurs venus surtout d'Asie et d’Afrique sont employés sur les chantiers des stades et des infrastructures pour accueillir les équipes et les supporters.

Au moins 6 500 décès, selon une précédente enquête

"Les autorités qataries ont omis d'enquêter sur la mort de milliers de travailleurs migrants survenue au cours de la dernière décennie, malgré des preuves établissant un lien entre les décès prématurés et les conditions de travail dangereuses" estime l'ONG. Au Qatar, la chaleur est étouffante, jusqu'à 45 degrés l'été, et l'humidité est extrême.

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Le rapport "documente la façon dont le Qatar délivre régulièrement des certificats de décès de travailleurs migrants sans mener des enquêtes adéquates, attribuant les morts à des causes naturelles ou à des cas d'insuffisance cardiaque." Selon Amnesty International, dans 70% des cas de décès, les causes ne sont pas déterminées. L'ONG se base sur l'analyse de registres dans les pays d'origine des migrants décédés.

Dans une enquête publiée cet hiver par The Guardian, le quotidien britannique donnait une estimation de 6 500 travailleurs étrangers morts dans le pays depuis l'attribution du Mondial en 2010. La majorité de la main-d’œuvre est originaire d'Afrique ou d'Asie. Mais Doha ne veut pas communiquer sur le nombre exact de morts.

Les victimes étaient des hommes jeunes et en bonne santé

Pour son enquête, Amnesty a analysé 18 certificats de décès délivrés entre 2017 et 2021. 15 d'entre eux manquait de précision et paraissent très vague. On peut y lire que les causes n’étaient "pas liés au travail", mais plutôt : "insuffisance cardiaque non-spécifiée" ou encore "insuffisance respiratoire aiguë due à des causes naturelles". "Aucune des familles que nous avons interrogées ne s’est vu proposer une quelconque forme d’examen post-mortem pour déterminer les causes du décès de leur proche" affirme Amnesty.

L'ONG donne la parole aux familles de six victimes, originaire du Népal et du Bangladesh notamment. Tous avaient 30 et 40 ans. L'un d'eux cités dans le rapport s'appelait Manjur Kha Pathan, 40 ans. Ce conducteur de camion travaillait entre 12 et 13 heures par jour. La climatisation de sa cabine dysfonctionnait. Il a perdu connaissance dans son camion. "Sujan Miah, 32 ans, était tuyauteur et il travaillait sur un chantier dans le désert. Ses collègues l’ont trouvé mort dans son lit le matin du 24 septembre 2020. Pendant les quatre jours qui ont précédé la mort de Sujan Miah, la température avait dépassé les 40°C", précise le rapport.

Une étude publiée dans la revue Cardiology en 2019 estime qu'au moins 200 des 571 décès de travailleurs népalais sur les chantiers au Qatar "pourraient avoir été évités  avec des mesures efficaces de protection contre la chaleur".

La Qatar veut montrer patte blanche

De son côté, le Qatar assure que les conditions de travail des travailleurs étrangers se sont améliorées. Dans un communiqué, Doha rétorque par la voix d'un porte-parole : "Nous ne sommes pas d'accord avec la position qu'adopte Amnesty à l'encontre du Qatar. L'impact positif des réformes relatives à l'emploi au Qatar est clair pour tous." Il rappelle également que de nouvelles mesures sont entrées en vigueur ces dernier mois : l'instauration d'un salaire minimum, des tranches horaires réduites en été et de meilleurs logements. Il y a un an, en septembre 2020, le Qatar a également abolit la kafala pour les travailleurs migrants. Ce système permettait au patron d'avoir les pleins pouvoirs sur ses employés, en confisquant leurs passeports, et leur interdisant de changer de travail sans son autorisation écrite.

Suite à ce rapport, le député écologiste Matthieu Orphelin a écrit à la ministre des Sports Roxana Marcineanu et à la Fédération Française de Football "pour que notre pays pousse le Qatar et la FIFA à élucider les drames passés et en éviter de nouveaux football".

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