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Mondial au Qatar : la ministre des Sports encourage les Bleus à défendre les droits LGBT+... sans succès

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Les joueurs allemands ont mis leur main devant leur bouche en signe de protestation, avant leur match contre le Japon mercredi.
Les joueurs allemands ont mis leur main devant leur bouche en signe de protestation, avant leur match contre le Japon mercredi.
© AFP - Ina Fassbender

La ministre des Sports a invité, ce jeudi, les Bleus à utiliser les "espaces de liberté" qu'il reste dans le Mondial au Qatar pour exprimer leur "engagement en faveur des droits humains". De quoi, peut-être, emboîter le pas aux Danois et Allemands, qui mènent la fronde contre la Fifa.

La France amorce un changement de ton face aux manifestations de soutien à la cause LGBT+ au Qatar. La ministre des Sports a ouvert la porte à un geste de soutien des Bleus ce jeudi, alors que la Fifa a menacé de sanction les capitaines d'équipe qui auraient décidé de porter le brassard inclusif "One Love" lors du Mondial. Sur Public Sénat, Amélie Oudéa-Castéra a encouragé l'équipe de France à utiliser les "espaces de liberté" qu'il reste pour "continuer à exprimer son engagement en faveur des droits humains". Un changement de cap par rapport à la semaine dernière, quand la ministre estimait sur France Inter qu'il fallait "préserver les joueurs des polémiques, les laisser se concentrer sur le jeu".

Les Fédérations allemandes et danoises ont elles, d'ores et déjà, fait savoir leur "colère" face aux décisions et déclarations de la Fifa. Elles mènent la fronde contre l'instance internationale. Politiques et joueurs ont mené plusieurs actions pour faire entendre leur positionnement en faveur des droits humains dans un pays où l'homosexualité est passible de poursuites pénales.

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La France va-t-elle emboiter le pas à l'Allemagne et au Danemark ?

D'après Amélie Oudéa-Castéra, les joueurs français portent eux aussi ces valeurs d'humanisme. "Ils appartiennent à un pays qui les porte haut et c'est important qu'ils en soient les représentants", a-t-elle estimé sur Public Sénat. "Il y a encore des semaines devant nous dans lesquelles ils pourront être libres de s'exprimer", a-t-elle souligné.

Les Bleus n'ont pas souhaité répondre pour le moment à l'invitation de leur ministre. "Il y a eu beaucoup de polémiques. Nous ne sommes pas insensibles à cette situation mais nous sommes là pour jouer, pour être sur le terrain ", a réagi le milieu de terrain de l'équipe de France Mattéo Guendouzi.

Du côté de la Fédération, le président de la FFF Noël Le Graët a jugé mercredi sur RTL que les critiques à l'endroit du Qatar étaient "excessives". Il s'était déjà montré réticent à ce que le capitaine de l'équipe de France Hugo Lloris porte un brassard multicolore "One Love". Un capitaine qui n'a pas, lui non plus, brillé pour son engagement ces derniers jours, déclarant notamment préférer "rester dans son (mon) cadre, celui de joueur et de compétiteur. Il y a différentes causes qui sont louables, qu'il faut soutenir. Mais la Fifa décide de l'organisation."

Les gestes de protestation des Allemands

Les Allemands ont, eux, décidé de ne pas laisser passer la décision de la Fifa. L'Allemagne faisait partie des sept nations européennes (Allemagne, Angleterre, Belgique, Danemark, Pays-Bas, pays de Galles et Suisse) qui avaient décidé de porter le brassard "One Love" pour promouvoir l'inclusion et la diversité. Elles ont dû reculer face aux menaces de sanction de la Fifa et après les déclarations de son président Gianni Infantino, qui a estimé que "la provocation n'est pas le bon chemin", que les droits des homosexuels sont "un processus" et a regretté les "leçons de morale" venues d'Occident.

Mercredi, les joueurs allemands ont cependant choisi de manifester leur désapprobation en mettant leur main devant leur bouche au moment de la traditionnelle photo d'équipe qui précède le coup d'envoi. Le capitaine Manuel Neuer ne portait pas le brassard mais avait sur ses chaussures, les couleurs de l'arc-en-ciel. Dans le même temps, dans les tribunes, la ministre allemande de l'Intérieur, chargée des Sports, Nancy Faeser, a enfilé le fameux brassard inclusif "One Love". Et ce, sous les yeux de Gianni Infantino.

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Dans un communiqué, la Fédération allemande a écrit qu'il ne s'agit pas d'un message politique : "Les droits humains ne sont pas négociables. Cela devrait être une évidence. Malheureusement, ce n'est toujours pas le cas. C'est pourquoi ce message est si important pour nous. Nous interdire de porter le bandeau, c'est nous interdire de parler", indiquait le texte publié sur les réseaux sociaux.

Il faut dire que l'équipe d'Hansi Flick est soumise à une autre pression que celle de la Fifa, venue de l'intérieur : en Allemagne, de nombreuses voix s'élèvent pour appeler les joueurs de la Mannschaft à ne pas céder à l'instance du football mondial. L'enseigne de supermarchés REWE a par exemple indiqué ne plus vouloir prolonger son partenariat avec la Mannschaft après la décision de ne pas porter le brassard "One Love".

La "colère" de la Fédération danoise

Le même jour, la Fédération danoise a organisé une conférence de presse exceptionnelle consacrée à l'attitude de la Fifa. "Je ne suis pas seulement déçu. Je suis en colère. Je n'ai jamais rien vécu de tel", a déclaré le président de la Fédération Jesper Møller, qui a annoncé que le Danemark ne soutiendrait pas Gianni Infantino lors de la prochaine élection à la Fifa : "Il y a une élection présidentielle à la Fifa. Il y a 211 pays affiliés à la Fifa et j'ai cru comprendre que 207 pays soutenaient l'actuel président. Le Danemark n'en fait pas partie."

Après cette conférence de presse, plusieurs médias ont aussi indiqué que la Fédération danoise envisageait de se retirer de la Fifa. Une information démentie par un responsable de la communication auprès de Reuters, qui évoque "un malentendu".

Par ailleurs, mardi, l'ex-première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt s'est présentée dans les tribunes avec une robe bleue aux manches aux couleurs de l'arc-en-ciel. Une tenue qu'elle a renommée sur Instagram "la robe Coupe du monde".

Helle Thorning-Schmidt portait une robe aux couleurs de l'arc-en-ciel lors du match entre le Danemark et la Tunisie mardi.
Helle Thorning-Schmidt portait une robe aux couleurs de l'arc-en-ciel lors du match entre le Danemark et la Tunisie mardi.
- Mads Claus Rasmussen / Ritzau Scanpix