Covid-19 : dans les écoles, les Atsem et AESH, au plus près des élèves, face au risque de contamination

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Covid-19 : dans les écoles, les Atsem et AESH, au plus près des élèves, face au risque de contamination

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Dans une salle de classe à Perpignan, le 12 mai 2020.
Dans une salle de classe à Perpignan, le 12 mai 2020.
© AFP - Arnaud Le Vu

Tous les jours, ils aident les tout-petits et des élèves en difficulté ou handicapés de l'école maternelle au lycée. Les Atsem et AESH sont en première ligne dans les classes, alors que le Covid-19 se propage à toute vitesse dans les établissements scolaires. Témoignages.

Ils sont d’une certaine manière les "anges gardiens" de milliers d’enfants à l’école. Les Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) en maternelle, et les accompagnants d’élèves en situation de handicape (AESH) sont au plus près des élèves. Et donc, en première ligne face au Covid-19. Preuve que le virus circule à grande vitesse dans les écoles, plus de 9.000 classes sont fermées dans le pays à cause de l’épidémie, un record.

Entre la crainte d’être contaminé, la surcharge de travail pour compenser les arrêts maladies liés au coronavirus, le quotidien est rude pour ces accompagnants. Car leur métier, c’est la proximité. Ils témoignent auprès de France Inter.

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Le sentiment de "s’exposer", la crainte "de choper le Covid"

À Eysines en Gironde, Marine, 55 ans, travaille dans un ÉREA, un établissement régional d'enseignement adapté. Elle accompagne des lycéens, de 16 ans jusqu’à 21 ans. Chaque jour, elle est au plus près d’eux, pour les aider dans les tâches du quotidien. Elle travaille par exemple avec une adolescente atteinte d’une myopathie : "Je pose sa main sur sa manette pour diriger son fauteuil, je pose sa main sur la souris pour qu'elle puisse travailler sur l'ordinateur. Je repositionne son masque, je lui redresse la tête." 

Le sentiment de "s’exposer" face au virus, comme le dit Marine, Nassera l’a également. Elle reconnaît partir au travail "avec la boule au ventre", par crainte "de choper le Covid". Cette AESH stéphanoise suit quatre élèves. Elle est "en première ligne", car elle aide les enfants à "s’habiller, à aller aux toilettes, à les coucher pour la sieste". Impossible de ne pas avoir de contact physique. "On est sans arrêt en train de se passer du gel dans les mains"

Les AESH sont unanimes. Tous achètent leur propre masque en attendant la distribution de masques chirurgicaux d’ici la fin du mois, comme l’a promis Jean Castex

Un élève accompagné contaminé, mais pas cas contact

Un exemple dans la Loire interpelle Julien, le secrétaire départemental de la CGT Education. Le mois dernier, une AESH a côtoyé un élève handicapé. "À la cantine, elle devait aider l’élève à manger, car il était dans l’incapacité de le faire tout seul". L’enfant s’est révélé positif au Covid. "Pourtant, la collègue n’était pas considérée comme cas contact, car elle portait un masque". Quasiment tous les AESH ou Atsem interrogés par France Inter ont une histoire similaire.

"Etre cas contact, c’est notre quotidien", souffle Sylvia, Atsem à Saint-Etienne. Dans le Var, les deux élèves accompagnés par Romain ont attrapé le Covid. "Il y a quelques jours, j’ai aidé l’un des enfants à se moucher". Mais selon le protocole sanitaire dans les écoles, il n’est pas considéré comme cas contact, car tout le monde est censé porter un masque. "Pourtant, c’est un jeune autiste, il ne le porte pas du tout", précise Romain. Il n’a pas eu l’obligation de se faire tester. Les deux élèves qu’il suit sont absents, il a donc été affecté dans une autre classe pour accompagner un autre enfant. 

"On est des agents de diffusion du Covid", clame Jérôme, 47 ans, AESH dans un collège de Nogent-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. "Depuis lundi, on serre les fesses". Deux de ses collègues sont "salement malade" depuis les vacances, sous oxygène, sans savoir s’ils ont été contaminés à l’école.

Un rôle essentiel auprès des enfants

Touchée par le Covid, Sylvia n’a pas fait sa rentrée. Elle compte revenir dans les prochains jours. Par chance, elle a été remplacée dans son école. Mais ce n’est pas le cas partout, assure-t-elle. "Je connais des écoles où, au lieu d'être trois Atsem, il n’y en a plus qu’une."

Les Atsem, comme les AESH, sont essentiels dans une classe. Et leur absence se fait ressentir. Sylvia passe 41 heures par semaine auprès des enfants, "pendant le temps de classe, la cantine, quand les enfants vont aux toilettes. Sans Atsem, il serait très, très difficile d'accueillir dans de bonnes conditions les enfants." Un élève sans AESH, "c’est une galère sans nom", ajoute Jérôme.

Un mouvement de protestation qui dure

Dans son établissement bordelais, Marine constate que les jeunes "sont particulièrement affectés par l'ambiance générale" liée au Covid. "J'ai des collègues qui essayent de se tenir loin des élèves parce qu'elles savent qu'elles sont fragiles. Ça crée un climat d'insécurité particulièrement délétère pour les élèves", regrette-elle.

En 2021, les AESH sont descendus dans la rue à plusieurs reprises pour protester contre leurs conditions de travail. Nassera décrit un métier "précaire". Avec dix ans d’ancienneté, elle travaille 24 heures par semaine et gagne 850 euros par mois. Dans le Val-de-Marne, les accompagnants d’élèves en situation de handicap démarrent une grève illimitée lundi. Magalie, professeur des écoles à Orly, en charge des Aesh au SNUipp, a envoyé un courrier au rectorat en fin d’année dernière, pour tenter de faire bouger les lignes et obtenir une meilleure protection sanitaire. Sans réponse jusqu’à présent. "Il y a un sentiment de mépris pour les AESH", résume-t-elle.