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Covid-19 : organiser les élections régionales, l'insoluble casse-tête des petites villes

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Les élections départementales et régionales sont prévues les 20 et 27 juin.
Les élections départementales et régionales sont prévues les 20 et 27 juin.
© AFP - Christophe ARCHAMBAULT

Les maires ont reçu mercredi 28 avril une circulaire du Premier ministre précisant les conditions d'organisation des élections départementales et régionales les 20 et 27 juin. Pour les élus de Bouray-sur-Juine dans l'Essonne, ces contraintes sont impossibles à mettre en place. Reportage.

"Allo ? Je me permets de t'appeler par rapport à la tenu du scrutin" : Stéphane Galiné, maire sans étiquette de Bouray-sur-Juine (Essonne) multiplie les coups de téléphone aux élus de sa commune de 2 000 habitants. "Je fais le tour de tous les gens qui ne peuvent pas être là", explique-t-il. Objectif : trouver les 56 bénévoles nécessaires au bon déroulé des élections départementales et régionales prévues les 20 et 27 juin. "Tu nous as répondu que tu étais en vacances les deux week-ends", poursuit-il, l'oreille collée au combiné, "mais les vacances ne sont pas forcément une raison suffisante pour être absent du bureau de vote..."

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Difficile de remplir les bureaux de vote

Pour la première fois en quatre mandats, le maire doit rappeler à l'ordre les élus qui refusent de participer aux scrutins. "On a du mal à remplir les bureaux de vote", confie l'édile. "Donc on se réserve le droit de peut-être lancer une démarche juridique contre certains. Bien sûr, avant je leur parle, je discute avec eux."

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"[Des régionales] pas chaotiques mais franchement difficiles à organiser" (Gilles Voise, élu de Bouray-sur-Juin)

"On n'a jamais fait ce genre de menaces mais chacun doit être conscient de son rôle d'élu. Il le tient ou il le tient pas. Je dirai qu'il faut le tenir", insiste Gilles Voise, élu en charge de l'urbanisme et de l'organisation des scrutins depuis 26 ans. "Ces élections-là, si elles ne semblent pas chaotiques, elles sont franchement difficiles à organiser." En cause, le recrutement, donc, et les nouvelles contraintes sanitaires.

Deux mois avant les scrutins, le maire Stéphane Galiné (à gauche) et l'élu Gille Voise courent après les volontaires.
Deux mois avant les scrutins, le maire Stéphane Galiné (à gauche) et l'élu Gille Voise courent après les volontaires.
© Radio France - Matthieu Bonhoure

Dans une circulaire ministérielle publiée mercredi 28 avril, le Premier ministre recommande aux maires de rechercher en priorité comme bénévoles des personnes âgées de 50 ans et plus, vaccinées d'au moins une dose. Jean Castex demande également aux édiles d'identifier les membres des bureaux pas encore vaccinés hors de cette catégorie d'âge, pour leur remettre "sans délai une attestation de priorité d'accès à la vaccination".

"Ça peut être un petit plus pour les gens", réfléchit Stéphane Galiné. "Ils pourraient se dire : 'J'ai droit à une dose, je vais pouvoir tenir le bureau de vote.' Après tout pourquoi pas ? Mais il faut être sûr que la règle de priorité soit mise à jour. Il y a toujours des gens prioritaires qui n'ont pas été vaccinés aujourd'hui. D'ici les élections en juin, il faut espérer avoir réglé tous les problèmes prioritaires et là, on pourra effectivement faire passer les membres des bureaux de vote en priorité."

Le problème de l'AstraZeneca

Gilles Voise ne voit pas la chose du même œil. Il s'inquiète du vaccin des laboratoires AstraZeneca, accusé de pouvoir provoquer de très rares mais graves effets secondaires chez les personnes de moins de 55 ans. "AstraZenaca, Johnson & Johnson font peur à certaines personnes", assure-t-il. "J'en connais quelques-unes parmi le personnel et aussi dans mes amis. Des gens qui seraient volontaires pour tenir le bureau de vote ou dépouiller, mais qui ne veulent pas se faire vacciner car ils ont peur."

"Personne ne voudra se rentrer un truc dans le nez pour dépouiller" (Stéphane Galiné, maire de Bouray-sur-Juine)

Les deux élus essonniens pointent du doigt un autre souci : les volontaires qui n'auront pas pu être vaccinés devront réaliser un test PCR, antigénique ou un autotest "dans les 48 heures précédant le scrutin". "On n'aura personne qui aura envie de se rentrer un truc dans le nez pour savoir s'il peut tenir un bureau de vote ou faire un dépouillement", assure Stéphane Galiné.

Alors le maire de Bouray-sur-Juine (Essonne) n'a qu'une crainte : "Que les élections soient invalidées par manque de bénévoles. Je suis peut-être très pessimiste, mais c'est possible, surtout dans les petites communes, parce qu'il y a encore des petites communes en France."